UNE POPULATION NOUVELLE POUR UNE ÉPOQUE NOUVELLE.

En 1963, dans le cadre de mon cursus, j’ai réalisé une étude sur notre commune. Le Louannécain Edouard Ollivro, maire de Guingamp et professeur d’Histoire et Géographie – il deviendra député en 1967 - m’avait conseillé dans la façon de structurer mon plan. Cette monographie me sert aujourd’hui de point de départ pour évaluer l’importante évolution qu’a connue Louannec en un demi-siècle. Que représentait Louannec, il y a une cinquantaine d’années ? C’était une commune rurale de 1.100 habitants à vocation agricole. Elle était connue pour avoir un maire, Pierre Bourdellès, conseiller général et député. Pour avoir un foyer rural très fréquenté par la jeunesse trégorroise lors de bals animés par des orchestres de renom. Et pour avoir une équipe de football, Louannec-Sports, qui commençait à vivre sa trentaine d’années glorieuses. Et puis, c’est tout… Aujourd’hui, Louannec avec ses 3.200 habitants est une commune semi-urbaine. La composition de sa population, dans sa structure socioprofessionnelle, a été complètement chamboulée. La grande perdante dans cette modification est la tranche agricole. Les terres se sont concentrées dans quelques mains ; les techniques de culture et d’élevage se sont modernisées. Dans le même temps, on a assisté à l’arrivée de nombreux cadres supérieurs dont la majorité travaille dans « la haute technologie de la Trégor Valley ». Les plus de 60 ans, les retraités, représentent 36% de la population…

Classe de CE1 en 1961.
Sur les 20 élèves de ce groupe, seuls 4 vivent aujourd'hui à Louannec.
Ce qui va dans le sens de notre démonstration.
Classe du CM2 de M. André Le Moal en 1982. Combien de ces élèves vivent aujourd’hui à Louannec ? Très peu sans doute. Du CM2 qui a suivi, deux années plus tard (1983), seule Rozenn Richard, née Lissillour, ex-conseillère municipale, vit à Louannec.

1 – UNE POPULATION QUI A TRIPLÉ : ON PASSE DE 1.100 à 3.200 !

En 1964, on dénombre 1.073 habitants à Louannec. C’est le chiffre le plus bas recensé à ce jour, le premier recensement ayant été fait au lendemain de la Révolution de 1789. Aujourd’hui, on compte le triple d’habitants. Dans un premier temps, cet apport de population est lié à l’industrialisation de Lannion qui commence au début des années 60. En effet, dans le cadre de la décentralisation, prônée par le Général de Gaulle, président de la République, le gouvernement dote Lannion du CNET (Centre National d’Etudes des Télécoms) et Pleumeur-Bodou, avec le Radôme, capte la première liaison par satellite le 11 juillet 1962. C’est l’acte 1 de la Mondiovision.
Le choix du site de cette nouvelle zone industrielle a été souhaité et guidé par le Lannionnais Pierre Marzin, haut fonctionnaire des postes et télécommunications. Ce qui vaudra à ce haut fonctionnaire de devenir par la suite sénateur-maire du Grand Lannion. Grand Lannion, disait-on alors, parce qu’il a fallu que la ville s’agrandisse en absorbant Brélévénez, Servel, Loguivy et Buhulien pour disposer de terrains nécessaires à l’installation des nouvelles usines. Parallèlement, l’enseignement supérieur s’implante à Lannion avec l’ouverture de l’IUT ( Institut universitaire de technologie) et de l’ENSAT ( Ecole publique d’ingénieurs formés à la recherche et à la haute technologie)
Arrivent aussi des sociétés annexes comme Alcatel, la SAT, la SOCOTEL. Ce sont des milliers de personnes qui viennent travailler dans ces usines et qui, par ricochet, contribuent à faire de Louannec une cité qui prend de l’ampleur.
Dans les faits, cette croissance se traduit en premier lieu par la construction de nouvelles cités : celle de Villeneuve en 1963, celle de Carlouar en 1964, celle de Saint-Yves en 1970, celle de Croaz Nevez en 1972 et celle de Mabiliès en 1974. Louannec compte alors 2.200 habitants.
Ce qui peut paraître paradoxal, c’est que cette dynamique démographique ne se dément pas alors qu’elle aurait pu être freinée par deux phénomènes : le départ des jeunes Louannécains vers d’autres métropoles et la crise de l’emploi sur le plateau lannionnais dont ont été victimes les opérateurs et les opératrices. Comme en cette année 2002 où Alcatel liquide 1.500 emplois…
La guerre 14-18 avait été lourde en pertes humaines (25 tués au champ d’honneur par an pendant quatre ans). Elle a eu une incidence sur la courbe démographique. Eh bien, depuis trente années, c’est à peu près à ce rythme, que les jeunes scolarisés à Louannec partent. Certes, ils ne sont pas morts mais ni ces jeunes ni leurs enfants ne figurent plus dans les statistiques INSEE de la commune !
Vue aérienne du lotissement du Carlouar en 1963. En arrière plan, Perros-Guirec et la Pointe du Château.
Le bourg et l´église.
Les lotissements.
Louannec, à la fin des années 50, est une commune rurale. La moisson vient d’être faite dans les champs presque tous recouverts de lotissements aujourd’hui. Entre le Kinn et la côte, on voit la partie polderisée traversée par le Ru de Truzugal.
Le camping Ernest Renan, inauguré en 1976.
Pierre Marzin, à gauche, est à l’origine de l’industrialisation du Trégor. Il a oeuvré pour que les télécoms viennent à Lannion.
Le graphique de l’évolution de la population louannecaine.

Jean Nicolas, quatre mandats de maire, explique le pourquoi de cette croissance démographique : « Louannec a de nombreux atouts : la proximité de Lannion et de Perros-Guirec, une fenêtre sur la mer, une vie associative dense, des terrains à un prix abordable. A mes permanences, chaque matin, j’ai accueilli à la mairie beaucoup de jeunes couples d’ingénieurs, des dizaines et des dizaines de personnes qui ont connu la commune en venant l’été dans notre camping. Par moments, je ne savais que faire des gens qui venaient me voir et qu’il fallait loger… Tout ce monde est venu se greffer à la population existante jusqu’à franchir le cap des 3.000 habitants pour lesquels, bien sûr, nous avons réalisé de nombreux lotissements.»
Pour satisfaire une demande incessante, la municipalité encourage et se lance dans la construction de lotissements hauts de gamme qui sortent de terre comme crocus au printemps : Clos des Chênes (10 lots + HLM, 1994), Jacques Cartier (13 lots, 1994), Kernasclet (17 lots, 1996), Goascabel (25 lots, 1998), Park Uhellan (15 lots, 1999), Ty Pors (8 lots, 2001), Jardellec (18 lots, 2002), Kermeur (11 lots, 2002), La Vallée (16 lots, 2003), Penker 1 (43 lots, 2003), Penker 2 (61 lots, 2004), Roch Gwenn Uhellan (26 lots, 2005), Kerespertz 1 (18 lots, 2006), Le Tossen (32 lots, 2006), Kerespertz 2 (20 lots, 2009), Le Croajou (3 lots, 2011), Poulajou Bihan (16 lots, 2012), Trouz ar Mor (13 lots, 2013). Il convient d’ajouter à cette liste pas forcément exhaustive des constructions émanant d’initiatives privées.
En plus de la construction de maisons nouvelles, on assiste à la rénovation de nombreux corps de ferme et de « longères » qui, en temps normal, auraient été laissées à l’abandon. Ce passage du patrimoine bâti agricole dans de nouvelles mains -généralement aisées- a grandement contribué à l’embellissement de la commune.
Jean Nicolas affirme que cette croissance a été favorisée par la politique mise en place par la Communauté des communes : «Joël Lejeune, le président a été un visionnaire. Il a fait beaucoup pour Lannion et pour les communes périphériques en s’engageant dans la recherche d’emplois. »
Certes, la zone d’emplois de Lannion a subi une crise sévère, ses deux secteurs de pointe – électronique et télécommunications ayant été touchées. Mais, aujourd’hui, la presse spécialisée fait état d’un renouveau en termes plutôt dithyrambiques, parlant de « la mini Silicon Valley bretonne » ou encore de « la haute technologie de la Trégor Valley où foisonnent des centaines de start-up innovantes adossées aux géants mondiaux que sont Alcatel-Lucent (aujourd’hui Nokia) et Orange France Télécoms »
Le mandat de Gervais Egault a commencé sous les mêmes auspices en termes de développement. Le chiffre des constructions neuves repart à la hausse avec le lancement de Poulajou Braz (51 lots).

2 – UNE POPULATION AGRICOLE RÉDUITE À SA PLUS SIMPLE EXPRESSION : de 60 %, ELLE TOMBE A 2,6%

En 1964, on compte sur le territoire de la commune 120 exploitations agricoles. Ce secteur (exploitants + salariés) représente 60% de la population active ! Le nombre important de fermes permet à trois entreprises de battage de la commune – on dirait aujourd’hui « battages à l’ancienne » - d’offrir leurs services. Jean Le Garrec (Mabiliès), Yves Le Marrec (Pontallec) et Edouard Nicol (Le Cra) se concurrencent la clientèle sur le territoire de Louannec et dans les communes environnantes. Ils sont suivis par des « escouades » de travailleurs qui se créent par solidarité entre voisins. Les jours de battage donnent lieu à des « fricots » ou repas de fête.
Ces années-là, on recense 150 chevaux de trait à Louannec. Ce nombre est alors jugé insuffisant puisque l’élevage du cheval est encouragé. Une prime de 500 francs est offerte pour toute jument de 4 à 6 ans qui met bas. A croire, avec le recul, que les décideurs avaient des bandeaux sur les yeux pour ne pas voir venir la mécanisation. Cette incitation à accroître le cheptel chevalin sera sans suite, balayée par la mécanisation, beaucoup d’exploitants faisant l’achat d’un tracteur.
A cette même période, on compte 500 porcs. Dérisoire quand on sait que la GAEC Daniel (Kergueno) a élevé à elle seule, un temps fut, plus de 5.000 têtes !
Le nombre de bovins était évalué à 1.200 soit 10 en moyenne par unité. Aujourd’hui, on compte au moins 120 laitières et autant de génisses dans chacune des GAEC qui se sont spécialisées dans la production de lait. En passant devant les deux GAEC voisines de Cabatous et de Kerallain, le promeneur découvre dans les prés d’importants troupeaux. Daniel Rolland, l’un des éleveurs, plaisante : « Ici, on est sur le plateau des Mille Vaches ! »
Petit à petit, les exploitations de taille modeste ont disparu. Ce processus irréversible a été accéléré par des mesures telles que l’IVD (indemnité viagère de départ). La tendance est à l’encouragement vers l’agriculture de groupe par la création de GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun) si bien qu’aujourd’hui, le nombre d’exploitations se compte sur les doigts des deux mains (8 en tout et pour tout) et que la population agricole pèse moins de 3% du total de la population active ! Signe des temps : le conseil municipal qui était naguère entièrement composé de cultivateurs ou de négociants liés à l’agriculture n’a aujourd’hui aucun représentant au sein de l’assemblée communale ! Un exploitant agricole explique cette situation par la difficulté de se libérer pour assister à des réunions à des heures où la présence est nécessaire aux travaux de la ferme, pour la traite par exemple…
En 1964, le monde paysan pèse de tout son poids sur la politique locale. Sur les 13 conseillers municipaux que compte alors la commune, dix sont agriculteurs, deux sont négociants en produits agricoles et un artisan. Ce sont : Pierre Bourdellès, député-maire, Mabiliès ; Yves Saliou, Coadénec ; Pierre Colin, Kerbellec ; Yves Daniel, Kerizout ; Louis Daniel, Kerguénou ; François Nicolas, Kernasclet ; Alain Saliou, Guernabacon ; Roger Prat, Kerfanouil ; Joseph Tinévez, Le Mouster, Yves Menguy, Golven ; Amédée Le Maillot, Bourg ; Albert Le Saux, Pont-ar-Saux ; Jean Derrien, Nantouar.

Une photo du Conseil municipal datant des premières années 50 le jour du vote du budget. On appelait cette réunion annuelle « Conseil méo » (= Réunion suivie d’un repas d’où on sort un peu éméché !). Figurent également sur ce document les membres du Bureau d’Aide Sociale. De gauche à droite : Charles Goasampis, Pierre Crocq, Joseph Bodiou, Yves-Marie Saliou (Coadénec), Yves-Marie Saliou (Kerargoguen), Pierre Bourdellès, Jean Rolland, Yves Menguy, Yves-Marie Prat, Louis Daniel, Amédée Le Maillot, Guillaume Morvan, Pierre Colin, Yves Crocq (secrétaire de mairie) et Yves Rolland qui deviendra plus tard maire de Kermaria-Sulard.

Gérard Goasampis et son épouse Marie-Claire qui ont tenu le domaine de Cabatous de 1972 à 2010, ont vécu directement cette profonde évolution. Dès 1974, ils ont effectué une première amélioration dans leur exploitation en construisant une stabulation équipée d’une salle de traite. La surface cultivable est alors passée de 18 à 45 hectares pour produire herbe et maïs nécessaires à l’alimentation de leur cheptel. En 2006, ils se sont mis en GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun) avec leur fils Thierry et Daniel Rolland (Goasquéo). La GAEC dépasse alors les 170 hectares. Il y a cinquante ans avec 20 hectares et trois chevaux, comme c’était le cas dans cette ferme, on était considéré comme un « gros » cultivateur. Les temps ont changé...
Autre pratique intéressante : le prêt de terre ponctuel. Une fois l’orge coupée, l’éleveur cède son champ pour une durée de 9 mois à un légumier qui cultive le chou-fleur, par exemple. Ce prêt présente deux avantages : primo, le primeuriste amende et améliore le sol qui sera de qualité pour recevoir la graine de maïs ; secundo, la pression foncière de la part des légumiers se fait moins forte à l’encontre des éleveurs.
Gérard Goasampis exprime le mal-être du monde paysan d’aujourd’hui confronté à la crise du lait et à celle du porc : « Avant, on vivait mieux avec 20 hectares qu’actuellement sur 200 hectares. Les prix n’ont pas évolué. Un veau de huit jours, on le vendait plus cher en 1972 qu’aujourd’hui ! En plus, nous avons à faire face aux contraintes exigées par les nouvelles normes. Ca n’arrête pas ! On est sur le point de nous demander des couvertures sur les silos de stockage des fumiers. Aurons-nous les moyens de le faire ?… »

Hier, on travaillait comme Yves Prigent qui conduit le cheval et François-Marie Goasampis qui tient les manches
de la houe. Aujourd’hui, on élève les bovins comme cela, à Cabatous, en stabulation libre.

Dans les années 50, la culture du lin est abandonnée. Pierre Saliou, propriétaire d’un teillage qui employait une quinzaine d’ouvriers à Kerscouah, déplace son activité dans la région de Caen.

3 – ARRIVÉE EN NOMBRE DES COLS BLANCS : DE 1 SEUL ON PASSE A 270 CADRES SUPÉRIEURS !

En 1964, Louannec ne compte qu’un cadre supérieur – M. Stoll, éditions Jack -. Les lignes ont bougé depuis. La haute technologie demande des cadres compétents si bien qu’ont afflué sur Louannec un grand nombre d’ingénieurs. On note aussi sur le territoire communal une assez forte présence de spécialistes de la santé et d’enseignants du secondaire ou du supérieur.
La compétence exige un niveau d’instruction élevé si bien que Louannec se situe à la troisième place des communes du département au pourcentage de bacheliers. Autre chiffre impressionnant : le tiers de la population active est titulaire d’un diplôme de l’enseignement supérieur ! Pour conséquence : des salaires élevés qui contribuent à rehausser le niveau de revenu moyen par habitant. Louannec pointait à la première place du département en 2015 : (32 067 euros de moyenne annuelle par foyer)
Un dossier paru dans le Trégor en mai 2015 précise qu’à Louannec, les 23 foyers les plus riches ont des revenus mensuels supérieurs à 20 685 euros. 65% des 1651 foyers fiscaux sont imposables et paient un impôt moyen de 3 025 euros. A ce hit-parade, Louannec devance dans l’ordre deux autres communes du canton : Saint-Quay-Perros et Pleumeur-Bodou.

La population de Louannec est considérée comme aisée (Dessin paru dans le Trégor).

4 – UNE POPULATION VIEILLISSANTE : 36% DE PLUS DE 60 ANS

Ce regain démographique après un siècle de déclin et d’exode agricole est marqué par une arrivée massive de retraités, gagnés par l’engouement que suscite le littoral. A tel point que les plus de 60 ans représentent aujourd’hui plus du tiers de la population (36%) alors qu’en 1975 les retraités n’étaient que 16%. Il est vrai que depuis 50 ans, l’espérance de vie s’est considérablement étirée : 10 ans de plus pour  les hommes (de 68 à 78 ans) ; 13 ans de plus pour les femmes (de 73 à 86 ans).
Le dernier recensement, celui de 2010, n’est pas encourageant pour l’avenir. La pyramide des âges montre clairement un déficit chez les 15-29 ans au nombre de 291 alors que la tranche 60-74 ans affiche 675 personnes soit 2,3 fois plus ! Ce qui confirme la forte arrivée de retraités sur la commune. Il est vrai que des personnes qui ont fait leur carrière dans des grands centres urbains et qui vendent leur maison dès la retraite réalisent pour la plupart une opération blanche en venant s’installer ici. Le pourcentage important de personnes âgées explique aussi le nombre de plus en plus grand de biens immobiliers à la vente sur la commune à la suite des décès.
Le revenu moyen des retraités de Louannec -36.200 euros- est considéré comme élevé. Leurs ressources jointes à celles des cadres supérieurs contribuent à donner de Louannec l’image d’une commune huppée.
A la cérémonie des vœux 2016, le maire Gervais Egault a exprimé devant ce vieillissement de la population son inquiétude de devoir peut-être bientôt fermer des classes dans une école maternelle pourtant récente et très moderne. En effet, durant l’année 2015, il y a eu à Louannec 38 décès pour 15 naissances ! « C’est une raison qui nous encourage à faire venir sur la commune des jeunes couples. Dans cette optique, le lotissement de Poulajou Braz est une réussite » commente Gervais Egault.
L’ARAL (Amitié, Rencontres, Activités, Loisirs) est une association très active ouverte aux retraités. Elle a été créée en 1976 par Madeleine Porchou. Elle n’a cessé de prospérer (225 adhérents). Cette association, actuellement présidée par Carmen Laizet, organise des activités hebdomadaires (marches, informatique, belote, scrabble), des excursions, des voyages à l’étranger.

Une pyramide des âges saine a l’aspect d’une Tour Eiffel (base large et sommet effilé). Ce n’est pas le cas de Louannec où les plus de 60 ans représentent plus du tiers de la population totale.
Si on compare ces deux pyramides : celle de 1976 à celle de 2010, qu’observe-ton ?
1 - Le creux des 16-29 ans (pyramide 2010) confirme l’hypothèse que nous avons avancée : le départ des jeunes scolarisés à Louannec, lorsqu ‘arrive le moment de trouver un emploi.
2 - Dans les strates juste au-dessus, le regain est dû à une population nouvelle appelée en majeure partie sur le bassin d’emploi de Lannion.
3 - La pyramide de 2010 fait apparaître un fort vieillissement : la frange 60-75 ans est la plus nourrie. Elle arrive en première place alors qu’en 1976 (strates sur 5 ans), les seniors n’apparaissaient qu’en 12ème position. Nous avons expliqué ce phénomène dans notre texte.

EN VRAC…
Louannec, 3.900 ème commune de France au nombre d’habitants
L’âge moyen est de 43 ans.
13.605 ème commune de France au niveau superficie (13,91 km2)
La population active très équilibrée : 50,5%  hommes ; 49,4% femmes.
Le pourcentage de familles monoparentales est de 6,45%
Sont diplômés de l’enseignement supérieur : 32,4%
La zone artisanale de Mabiliès est gérée par la Communauté de Communes.
En 1964, il y avait 10 artisans à Louannec. Il y a aujourd’hui 39 artisans et 29 commerces.
Le taux de chômage est de 9,1%
Le nombre d’employés communaux est passé de 5 en 1975 à 30 en 2016.
82 % des foyers sont propriétaires de leur habitation.
Les surfaces individuelles dans les lotissements sont passées de 800 m2 en 2015 à 550 m2 actuellement.
371 ménages n’ont pas de voiture ; 601 en ont une ; 666 ménages ont deux voitures ou plus
8.000 voitures traversent le bourg chaque jour.

5 – TOPONYMIE OU NOMS DES LIEUX-DITS

Maudez Glandour, reconnu pour être l’un des meilleurs linguistes bretons, explique l’origine des noms de certains lieux-dits de Louannec. Je l’ai rencontré dans sa propriété de Keresperzh en 1976.

LOUANNEC : L’explication étymologique demeure hypothétique. Ce qui est sûr, c’est qu’on trouve dans ce mot le radical LOU suivi de deux diminutifs AN et EG. Reste donc à définir le sens de LOU. A vrai dire, ce radical se retrouve dans la plupart des langues indo-européennes. LOUAN signifierait alors ECLAIRE, LUMINEUX. Louannec pourrait donc vouloir dire LE PETIT ENDROIT LUMINEUX. Le nom a évolué au fil du temps comme l’attestent actes et écrits : Loguanoc (en 1160), Loanec (1330), Louhannec (1399), Louanec (1612) et l’orthographe actuelle Louannec dès 1730.

CABATOUS : On y voit une ferme avec un grand et beau bâtiment. Mais quel est le sens du nom ? Pour l’instant, on ne voit pas. La forme CABATOUS est pourtant bien attestée, même si dans certains répertoires anciens, elle est notée CABATOUCHE. Ce domaine est tombé à partir de 1688 sous la domination de la famille Pelletier de Rosanbo dont le château et le parc sont ouverts à la visite à Lanvellec.

KERALAIN : KERALAN en breton. Petite seigneurerie qui existait déjà à l’époque de Saint Yves au 13ème siècle puisque notre saint fit un miracle en faveur du propriétaire du domaine. Il ressuscita le fils de Keralain qui s’était noyé dans le lavoir ou dans la fontaine un peu plus bas. Tout cela ne semble pas avoir beaucoup changé depuis cette époque. La chapelle rappelle cet événement, chapelle qui a été rebâtie au moins trois fois depuis sa première édification au 14ème siècle. Mais que veut dire Keralain ? Comme dans la plupart des cas, après KER nous avons un nom d’homme, le nom du premier propriétaire ou d’un des premiers, si bien que des noms comme Keralain remontent à fort loin, au temps où après les invasions normandes, la Bretagne rurale s’organise et se fonde (11ème siècle). La chapelle a été reconstruite prenant sa forme actuelle en 1932 – 1933.

La chapelle porte l’inscription suivante : « A l’honneur de Mgr Saint-Yves, cette chapelle de Kerallain érigée vers l’an 1350, restaurée en 1655 et 1874, a été rebâtie pour la quatrième fois par la piété des prêtres et des fidèles de Louannec l’an du Seigneur 1933 ».

KERGRIST : Le nom est simple. Et tout le monde, au premier coup d’œil, y reconnaît le mot Krist, et c’est bien cela. Les Kergrist sont fréquents. On en compte 16 rien que dans les Côtes d’Armor, sans comptetr la commune de Kergrist-Moelou.
KERHUADO : Ici, on supposerait volontiers KER-C’HOADO, c’est-à-dire la ferme de Le Coadou ou la ferme aux bois. Le nom de famille ou nom d’homme KOADOU, vient évidemment de KOAD, le bois.
KERIZOET OU KERIZOUT : Lorsque nous allons de Mabiliès vers Pen-an-C’hoad et Petit-Camp, nous passons à proximité de la ferme de Kerizoet, c’est en effet la graphie que nous trouvons dans le vieux cadastre. Aujourd’hui, tout le monde prononce KERIZOUT. Quelle est donc la forme correcte et que signifie-t-elle ?
Kerizoet est la prononciation ancienne d’un mot qui signifie La Cerisaie, le lieu planté de cerisiers. Kerizoet remonte donc à une forme celtique KERISETUM, le lieu aux cerises. Le mot passe au Moyen-Age par la forme Kerizoet pour se prononcer aujourd’hui Kerizout.
Vous allez me dire qu’il n’y a plus de cerisiers dans le secteur. C’est exact. Qu’il y en a peu sur Louannec, et que ceux qui s’y trouvent ne produisent pas grand-chose. C’est tout-à-fait vrai. Mais cela ne veut pas dire qu’il en ait toujours été ainsi. En fait, notre climat change. Il y a encore quelques cerisiers sauvages sur Keresperz. Ils fleurissent mais ils ne donnent rien. Pourquoi ? La réponse est simple. Pour produire, les arbres à fruits à noyaux ont besoin de repos hivernal, c’est-à-dire d’un arrêt assez long de la sève dû aux glaces de l’hiver. Cela leur sert en quelque sorte de ce qu’est la taille pour les poiriers. Or nous n’avons plus de glaces d’hiver ou si peu que rien. Quand j’étais jeune, je me souviens que dans les marchés de la région, à la mi-juillet, on vendait à pleins paniers des cerises sauvages noires ou rouges, les babu. Depuis, il n’y a plus de babu. Nous payons  nos hivers trop doux avec le manque de cerises.
En Bretagne, beaucoup de noms de lieux présentent une formation semblable, à savoir le nom d’un végétal suivi d’une désinence. Il y a tout un bon lot. En voici quelques-uns assez connus : HALLEGOET = le lieu planté de saules, BEZOET = le lieu planté de bouleaux, TANOT ou DANOT = le lieu planté de chênes, KOLLOT = le lieu planté de coudriers (La Coudraie), FAOUET, FOD = le lieu planté de hêtres.

Délimitations de la commune sur une vue satellite (Photo CNET).
Louannec, située au fond de la baie de Perros-Guirec, a une façade maritime qui exerce un fort pouvoir d'attraction.
(Photo IGN).

KERVEGAN : Le « t » est en trop dans l’orthographe ordinaire. Encore un nom bien fréquent. Il y a 27 Kervegan ou Kerveguen, rien que dans les Côtes d’Armor. Le mot est simple ; nous avons KER plus un nom d’homme bien connu, GWEGAN, orthographié couramment comme GUEGAN. Le nom GWEGAN-GWEGEN est très vieux, il signifie l’homme de combat. Les anciens Bretons étaient volontiers des gens qui allaient guerroyer en dehors de la Bretagne au service du Roi de France ou du Roi d’Angleterre.
KERVELO : Nous avons aussi le nom noté KERMELO. Cette graphie nous indique clairement que nous avons avec MELO un nom d’homme. MAEL qui signigie Noble, Grand. Nos ancêtres prenaient volontiers des noms redondants, ils avaient conscience de leur valeur. La finale O est ici un diminutif.
Rappelons que le mot MAEL lui-même est porté par les communes de Mael-Carhaix, Mael-Pestivien.
KERNU : Comme tout le monde le sait, Ker signifie : maison, villa et même ville (sans l’article dans ce cas-là). Nu, est un ancien nom d’homme, qui remonte à un dieu celtique, Nuz. Il existe également en Lézardrieux un Kernu, et plusieurs Kernu, Kernuz (dont un château célèbre) dans le Finistère.
KERVOUSTER : La maison du monastère. Quel monastère ? Il n’y en a plus de vestiges, sinon le nom. Notons qu’à l’autre bout de la commune, nous avons un autre Kervouster..
KOADENNEC : KOAD + EC = le lieu boisé.
KOSKER : La bonne orthographe est Koz-kêr (Attention, le nom est féminin. En breton, on dit : ar Gozh Ker). Le sens est simple, c’est la vieille ville. En pays francisant, on trouve souvent : La Vieuxville. La formation est la même.
MABILIES : La bonne orthographe bretonne est : MABILIEZH. Le sens du mot est clair, il signifie enfantillage. Comparez le mot : mibiliach, mibiliachoù, toujours en usage , et qui signifie la même chose. Pour ce qui est du sens de Mabiliezh, veuillez vous référer à des lieux (des maisons) dénommés, La Folie, La Haute Folie, Bagatelle…Mabiliezh a dû connaître dans les temps anciens un étrange petit pavillon de campagne qui lui a valu son nom.
NANTOUAR : Surtout ne pas orthographier avec un « h » après le « t » ! On dit en breton An Nantouar, et c’est déjà meilleur. Nous avons là la déformation d’un ancien An Landouar. Ce qui veut dire : Lann, petit monastère, établissement religieux ; douar, terre, continent. Rappelons-nous que Nantouar avait une chapelle jusqu’à la Révolution, et que le cadastre porte toujours le nom Park Ar Chapel, le Clos de la Chapelle. Ce nom nous plonge dans l’époque ancienne, où les moines qui avaient un monastère marin sur l’Ile aux Moines, avaient également un autre établissement à terre, dans la riante vallée sur la limite de la Paroisse. Etait-ce pour fuir pendant l’hiver les rigueurs des tempêtes, ou bien parce que là il y avait un petit village de pêcheurs ? Sans doute l’une et l’autre raison ont joué.
Rappelons que Nantouar était au Moyen-Age un point de départ pour Saint-Jacques de Compostelle. Les pèlerins embarquaient là et devaient affronter les tempêtes du Golfe de Gascogne. Malgré cela, la voie maritime était encore plus sûre que la voie terrestre où les pèlerins avaient à affronter toutes sortes de brigands.
La même appellation de Landouar se retrouve au monastère de Saint-Jacut. A Saint-Jacut de la Mer, comme ici, il désignait l’établissement monastique bâti sur le continent, par rapport aux monastères des Iles (les Iles anglo-normandes actuelles)

Le phare de Nantouar vu par Charles-Yves Godé et Maguy Vogt Crocq.

Et dire que devant ce phare, il y a moins de 80 ans, il y avait un jardin-potager destiné au gardien. Tout a été emporté par les flots. La falaise subit chaque année un fort phénomène érosif sous l’effet conjugué des marées et de l’écoulement des eaux pluviales.
Lien conduisant à la vidéo de la vente du phare par la commune de Louannec en février 1994 :

PENN-AN C’HOAD : Ce nom signifie le bout du bois.
PETIT-CAMP : Ce nom fait allusion à la présence d’un ancien camp romain.
ROZMAPAMON : Ce mot vient de ROZ : colline, MAB : fils, AMON : Hamon. C’est-à-dire La colline du fils Hamon.
TRUZUGAL : A se fier à la forme actuelle du nom, cela ne voudrait rien dire : mais il est clair que nous avons ici une déformation, et que l’appellation ancienne était : TRAOUSEGAL, traou signifiant : vallon, et segal : seigle. Le vallon du seigle. Tout devient très clair, c’est-à-dire que nous avions là des champs cultivés comme aujourd’hui à côté des bois de Rozmapamon.

Vers la route de Lannion.
De la route de Perros.
De la route de Tréguier.
La rue des Écoles.
L´église et son parvis.
Le château de Barach (XV–XVIIème siècle).
Le bourg.
La montée du Truzugal vers le bourg de Louannec.
La plage de Nantouar.


EN FAISANT LE TOUR DU BOURG…

KARR-PONT : Nous sortons de l’école, mais nous ne savons pas tout. En effet, nous voici devant le KARR-PONT (Carpont) et nous nous demandons ce que ce mot signifie. Ce mot se compose de KARR = charrette, voiture et de PONT = pont, passage. Dans cet endroit, autrefois marécageux, au-dessus du ruisseau maintenant recouvert par la route, il y avait donc un passage allant vers le KROAJOU, un pont sans doute fait de quelques grandes pierres.
Derrière l'enceinte de la propriété du Manoir de Carpont se cache une jolie fontaine, dite Fontaine de Saint-Yves.

On l’appelait Chapelle Saint-Yves parce que du temps de ce Recteur (XIV ème siècle), c’est là qu’on baptisait les nouveaux nés de la paroisse.

KERANGUEN : Saluons au passage KERANGUEN = la maison de Le Guen. Souvent, sur Louannec, le deuxième terme d’un nom désigne le bâtisseur ou le premier propriétaire.
GWAZH-KEO : Nous atteignons maintenant Gwazh-Keo. Ce mot n’a pas de secrets. GWAZH = ruisseau et KEO est un adjectif qui signifie creux, encaissé. C’est bien le cas. C’est toujours le même ruisseau qui a passéau Karr-PONT et qui, plus haut, longe GWAZH-KABELL.
GWAZH KABELL : Kabell est un nom de famille. Il signifie chapeau, chaperon.
POULL-FANK : Nous passons Poull-Fank (poull = mare, marécage, fank = boue). Nous saluons au passage KROAZ POULL-FANK = la Croix de Poull-Fank. Nous laissons AN GER NEVEZ (la maison neuve) à gauche et nous prenons vers la grève AN HENT NEVEZ (la route nouvelle) qui n’est plus ni neuve ni nouvelle et nous arrivons à PENN-AN-HENT-NEVEZ qui veut dire le bout de la route nouvelle.
KERESPERZH : En prenant par les champs, pourquoi pas ? Nous sommes à KERESPERZH. KER ne nous fait pas de problème, maison, villa, ville…mais ESPERZH ? Ce mot veut dire partie. Ce mot doit signifier : Domaine, propriété détachée pour une veuve.
KROAS-HENT : Le carrefour (kroaz = croix ; hent = le chemin)
CACOUZIRIS : Cacous voulant dire le lépreux, on peut dire qu’à cet endroit il y a eu autrefois une léproserie.

LE LEC’H – Dans l’enceinte de l’ancien presbytère se dresse une roche pyramidale sur laquelle on déchiffre : Desideri fili Bodognous. Ce qui signifie (La Pierre) de Désiderius, fils de Bodognous. Cette pierre, antérieure au IX ème siècle, aurait été érigée à l’endroit où ce personnage a été inhumé. Ce genre de monument funéraire est commun aux branches de la race bretonne. On en trouve au Pays de Galle, en Cornouaille anglaise et dans la zone ouest de l’Angleterre.

LE LIT DE SAINT-YVES (Goële Sant-Erwan) – Au lieu-dit Barac’h-Philippe, près de Petit-Camp, se trouve une table rocheuse sur laquelle se dessine une empreint semblable à la trace que laisserait un coup de bêche dans un tas de sable. Ce qui a fait naître la légende. Saint-Yves qui se serait assoupi là, aurait évité de peu l’outil d’un paysan menaçant, dénommé Péron. On raconte encore que, voulant déplacer ce rocher, on aurait composé l’attelage le plus fort qui soit. Les chevaux eurent beau fournir les plus gros efforts qu’ils purent, ils n’arrivèrent même pas à tendre les liens attachés au fardeau ! Ceci rajoutant un peu plus au caractère ésotérique et sacré de cet endroit…

Vue générale du "Lit de Saint-Yves" et gros plan sur l´empreinte en forme de bêche qui a donné naissance à la légende.

UN PEU D´HISTOIRE…

Du XIème au XVIIIème siècle, deux puissances ont exercé leur pouvoir sur la paroisse de Louannec.
1 - Coat-Guézennec est une propriété qui est un peu en retrait de la route qui mène de Pen-ar-C’hoad à Rospez. On n’y voit plus le colombier ni la chapelle dédiée à Saint-Sébastien. La statue tumulaire de Tristan Coetmen (15è siècle) a été placée dans le transept droit de l’église de Louannec. Cet enfeu représente le seigneur tel qu’il fut exposé à sa mort les mains jointes, son épée reposant sur l’armure dont il est revêtu. Le blason, avec 9 annelets d’argent 3, 3, 3, atteste que Coat-Guézennec dépendait de la puissante famille du Vicomté de Tonquédec.

Dessin de René Glorion.

2 – On n’accède plus au château de Barac’h depuis l’interdiction faite par les nouveaux propriétaires. Ce château se trouve au bord du ruisseau de Truzugal qui descend en cascade auprès du moulin qui vient d’être restauré. Barac’h était la propriété des Tournemine. Trois d’entre eux perdirent la vie lors de la Guerre de Succession de Bretagne qui opposait Bretons du Parti de Jean de Montfort soutenu par les Anglais aux troupes françaises et bretonnes menée par Charles de Blois. Geoffroy fut tué à la Bataille de La Roche-Derrien (1347) où 5.000 hommes croisèrent le fer ; Olivier mourut à la bataille d’Auray en 1364 et Jean à Pontorson en 1427.
On prête à l’un des chevaliers de Barac’h la construction de la chapelle de La Clarté (17 ème siècle). Au retour d’une croisière sur la côte anglaise, le Marquis de Barac’h qui commandait une division navale française, fut surpris derrière les Sept-Iles par une brume si épaisse qu’il était devenu impossible de gouverner. Les vents et les courants portaient sur les récifs. Il fit alors à la Vierge le vœu de construire une chapelle s’il avait la vie sauve. C’est alors, dit-on, qu’apparut le rayon de clarté salvateur…

1371 : Guillaume de Kerimel, chevalier de la paroisse de Louannec, est témoin au Procès de Canonisation de Charles de Blois.

1593 : Une imposition de guerre est décidée par le Duc de Mercoeur sur les paroisses des ressorts de Lannion et de Tréguier. Louannec est redevable de 30 sous.

1651 : Vincent Pezron, menuisier et maître charpentier, répare le jubé de l’église.

1657 : Le Père Maunoir prêche une mission à Louannec et à Kermaria, sa trêve (= paroisse dépendant de Louannec)

1785 : Une guérisseuse, Mademoiselle de Kerallain a une forte renommée. Elle reçoit de nombreux malades qu’elle guérit charitablement avec un traitement à base d’huile d’olive. Elle constate que la plupart des maladies viennent des vers.

1789 : Yves Le Bricquir et François Arzur représente la paroisse à l’assemblée de la Sénéchaussée (= juridiction d’un grand officier du Palais royal) de Lannion-Tréguier.

1790 : Louannec devient commune du canton de Perros-Guirec. Cette même année, Nicolas Jégou, curé, François-Marie Prigent et François Nicolas prêtent serment à la Constitution civile de Clergé tandis que Toussaint-Marie Biez reste concordataire.

1874 : Création du Bureau de Bienfaisance.

1875 : Yves Tassel, notaire à Lannion, est élu député. Il sera inhumé au cimetière de Louannec.

1879 : Adjudication des travaux de l’école. A cette époque, pas un enfant de Louannec ne sait lire le français ! A onze ans, on garde les vaches. Ernest Renan insiste auprès du maire pour cette création. C’est lui-même qui recrute la première institutrice, Marie Blanchard. Un certificat de bonne moralité était le seul document nécessaire pour pouvoir enseigner !

1880 : Nicolas, instituteur à Louannec pendant 44 ans, est promu Officier d’Académie.

LES MOULINS – Par le passé, il y avait huit moulins à Louannec : moulins à farine ou teillages de lin. Parmi ceux-ci, il y avait un moulin à vent à Kerjean.

L’ÉGLISE ACTUELLE – Elle a été construite de 1896 à 1898 d’après les plans de l’architecte Ernest Le Guerranic à l’emplacement de l’église primitive qui datait du XI ème siècle… Si la tour n’est pas surmontée d’une flèche, ce serait parce qu’entre temps avaient été dessinées les cartes marines. Et comme le clocher servait d’amer ou de repère pour la navigation, il n’était plus possible de mener la construction plus en avant.
Cette version ne convainc pas tout-à-fait Serge Urvoas, professeur agrégé d’Histoire et de Géographie : « Regarde, me dit-il, à Kermaria-Sulard, à Rospez, à Penvénan, l’église est comme celle de Louannec, sans flèche. C’est que dans la deuxième moitié du 19è siècle, la culture du lin qui était la richesse du Trégor a été concurrencée par l’industrie du coton. Il s’en est suivi une crise économique. Donc moins de richesses, donc des coupes sombres dans les budgets alloués à la construction des églises »
Ceci s’est confirmé à Louannec puisque dans le dernier procès-verbal, le Recteur de la paroisse, Joseph Allain (1893-1900), se plaint d’avoir été obligé de mettre de ses deniers pour financer le dallage de la nef et des transepts.
Vous êtes-vous aussi demandé pourquoi sur le haut de nos clochers c’est un coq qui sert de girouette. J’avais toujours pensé : coq emblème de la France. Eh bien non ! Le coq, comme le Messie dans la religion catholique, symbolise le passage des ténèbres à la lumière. Cette coutume ne date pas d’hier puisqu’elle a été instaurée par une « bulle » du Pape au 12è siècle…
Concernant le mobilier de l’église, on retiendra surtout la chasuble dite de Saint-Yves, la statue tumulaire de Tristan de Coëtmen, sieur de Boisguézennec , (dans le transept droit), une chaire due à l’atelier Le Merrer, les vitraux modernes réalisés par les ateliers Champigneulle.
Une toile représentant « Jésus chez Marthe et Marie », oeuvre de Henry Scheffer (1842). Sa fille Cornélie épousa Ernest Renan en 1856.

BATIMENT ÉCOLE DIWAN – Cet ensemble abritait une école primaire catholique de jeunes filles. L’enseignement était dispensé par des religieuses. L’une d’elles exerçait aussi les fonctions d’infirmière. C’est dans une de ces pièces, appelée dispensaire, qu’on allait se soumettre à l’épreuve très redoutée des séances de vaccinations ! On en sortait le plus souvent avec une épaule ankylosée et des douleurs à peine supportables pendant trois jours…
Lors de la terrible épidémie de grippe de 1950, cette religieuse-infirmière a utilisé sa bicyclette personnelle pour se rendre au chevet des malades de la commune. Une délibération du Conseil municipal de l’époque évoque l’achat d’un vélomoteur à son intention...

QUEL AVENIR POUR LE BRETON ?

Quand j’étais enfant, tout le monde – ou presque – parlait breton à Louannec. Le prêche ou sermon du dimanche dans uns église pleine, se faisait en breton aussi. Plusieurs camarades arrivaient à l’école primaire – à 6 ou 7 ans, comme c’était l’usage- sans connaître un seul mot de français ! Mais la règle voulue par l’école, pour nous les jeunes, était de ne pas utiliser la langue de nos parents. Nous répondions donc en français aux adultes qui s’adressaient à nous en breton. Ce qui a fait de notre génération un ensemble « d’unijambistes » de la langue bretonne. Pour la compréhension, pas de problème ; pour l’expression orale, c’est une autre histoire ; pour l’expression écrite, n’en parlons pas ! Notre difficulté à utiliser notre langue a fait de nous un maillon faible qui aura besoin d’être réparé pour assurer la pérennité du breton. Nos parents croyaient bien faire en ne transmettant pas leur propre langue maternelle d’autant plus que le prestige dont bénéficiaient à l’époque les enseignants était fort, surtout à la campagne.
En 1985, Pêr Denez disait déjà : « La situation de la langue bretonne est le résultat d’une politique consciente de destruction. L’Etat français a donc aujourd’hui des obligations vis-à-vis de la Bretagne. »
Certes, on peut louer les efforts réalisés depuis avec la mise en place de classes bilingues dans certaines écoles publiques, avec le travail réalisé par Diwan sur différents sites de la Bretagne dont Louannec. Ces classes sont plutôt convoitées dans la mesure où elles sont devenues des structures d’élite, tout au moins à leurs débuts, avec certains avantages inhérents : effectifs réduits, élèves motivés et ouverts sur la culture de leur pays : littérature, musique, traditions, possibilité d’améliorer son capital points aux examens. C’est avec plaisir que j’ai pu voir , le jour du marché à Lanniojn, certains de ces jeunes se transformer en chanteurs de rue avec une qualité de musique tout-à-fait remarquable.
Quel sera donc l’avenir du breton à Louannec ? Est-ce que ce sera seulement un échange entre les heureux initiés qui ont eu accès à cet apprentissage ? Ceux-ci formeront-ils un levain assez important pour entraîner un mouvement de regain dans la population ? A chaque décès d’un ancien Louannécain, c’est un locuteur qui disparaît. On peut donc évaluer à des centaines voire un millier le nombre de bretonnants qui nous ont quitté au cours de ce demi-siècle. Un des derniers sondages réalisés (TMO) indique : 5% déclarent bien parler le breton ; 8% disent le parler assez bien ; 24% connaissent quelques mots. Ce qui montre l’ampleur de la tâche…
Ces dernières années, le Bulletin municipal de Louannec présentait une rubrique en breton. Le tour avait été donné par François Bozec qui, dans les années 80, avait réalisé une excellente série de portraits de Louannécains dans le « De Nantouar à Kernu », un bulletin de liaison à l’initiative des élus de gauche. Nicole Chapelain, alors élue, avait pris le relais dans le Bulletin municipal. Une autre Louannécaine Stéphanie Stoll, un des piliers de l’école Diwan à Louannec, publie des articles dans une revue départementale dans un breton plus raffiné et plus littéraire appris sur les bancs de l’Université.
Une autre chance pour que le breton résiste à Louannec, c’est que depuis un certain temps déjà le « syndrome du plouc » a disparu et que les initiatives qui mettent en valeur la culture bretonne sont plutôt bien perçues. La commune compte un club de danses bretonnes. Les festou-noz organisés regroupent un grand nombre de danseuses et de danseurs. Ceux-ci marchent dans le sillon creusé par des pionniers trégorrois comme Roger Laouénan. Ce journaliste du Télégramme avait mis en place les Veillées Bretonnes avec la troupe de Maria Prat dans laquelle notre barde local Jean Derrien exprimait son talent à chaque représentation.

LE P´TIT TRAIN...
Louis Le Luyer conduisait ce train...

Le train sur le point de monter la côte de Kernu.

Louis-Paul Le Luyer, alias « L’Inspecteur », est une figure perrosienne bien connue. Son père, Louis, employé des chemins de fer des Côtes-du-Nord, était le conducteur de la locomotive sur la ligne Tréguier-Lannion-Perros. Le fils se rappelle :
« Les jours où mon père n’avait pas le temps de venir manger à la maison, il actionnait trois fois le sifflet du train. Ce qui voulait dire que je devais lui porter la gamelle qu’il saisissait au passage ».
Ou encore :
« Mon père avait un autre code avec le boucher Boubennec. Celui-ci mettait son camion de travers sur la voie et ils allaient boire un coup tous les deux ! Philippe, le chef de gare, n’appréciait pas trop ! ».
Ou encore :
« Mon père m’a dit qu’un jour qu’il conduisait un train de marchandises, un wagon s’est détaché dans la côte de Kernu et a traversé Perros à toute vitesse comme un camion fou... ».
Ou encore :
« Mon père écoutait sa machine. Il me disait que le bruit était en montant la côte de Kernu : Nouké cap’ ! Nouké cap’ ! (=Tu ne peux pas ! Tu ne peux pas !) et, en descendant : Suk’ a café ! Suk’ a café ! (=Sucre et café ! Sucre et café !).
Ou encore :
« Une fois, j’étais allé avec lui dans la locomotive. J’avais une tenue de petit marin comme on le faisait autrefois. Je ne te dis pas dans quel état j’étais en rentrant. Autant de lessive pour ma mère qui n’était pas contente… »

La gare de Petit-Camp où la « loco » faisait le plein d´eau. Ici, la photo du réservoir d'eau aujourd'hui disparu.
La gare de Mabilès vue par Marcel Le Toiser... Cherchez l’erreur ! Le peintre perrosien a pris la liberté de transposer sur sa toile le réservoir d’eau de la gare de Petit-Camp que l’on voit juste au-dessus. Cette photo a visiblement servi de modèle à l’artiste car le bâtiment en briques y est représenté trait pour trait.

La gare de Mabiliès se trouvait à l’emplacement de l’actuel château d’eau, près des locaux des Editions Jack.
Un dimanche, le 6 septembre 1936, comme il n’y avait pas de passage protégé, le train est entré en collision avec un car de tourisme venant de Tréguier. La locomotive à vapeur termina sa course contre la bascule municipale et plusieurs wagons déraillèrent. Les premiers soins furent donnés aux 9 blessés dans le débit de boissons Le Garrec qui se trouvait juste à côté. Dans un article signé Christiane Bouvier, paru dans un bulletin municipal, on peut lire : Les victimes étaient blessées aux jambes pour la plupart. Marie Le Garrec, à cours de pansements, puis de torchons, donna pour éponger le sang des blessures l’ensemble de son service de table –cadeau de mariage- qu’elle ne revit jamais !
Cause de l’accident : Connaissant les horaires du train, le conducteur du car n’avait pas marqué l’arrêt matérialisé par un panneau avec la croix de Saint-André. Malheureusement, il s’agissait d’un train supplémentaire !

LA FALAISE MORTE DE NANTOUAR

Dans les années 70, j’ai sillonné la commune avec Jean-Pierre Pinot, professeur agrégé de géologie à la Faculté de Brest. Ce Lannionnais recensait tous les calvaires et toutes les croix. Il les situait, les dessinait, notait leurs caractéristiques : mensurations, forme, etc… Il m’a dit que Nantouar était connu des géologues du monde entier pour sa falaise morte. C’est-à-dire qu’à la fin de l’ère quaternaire, la mer venait jusqu’au versant abrupt que l’on voit derrière les maisons sur notre droite quand l’on va à Trélévern. D’où le nom de « falaise morte », pour en savoir plus : google + louannec + falaise morte. Il m’a montré près de la cale de Pen An Nen Nevez, les restes de glaciers datant de la même époque. Il m’a expliqué que, si la flèche de galets du Kinn existe, c’est parce que le courant de la rivière de Truzugal faisait obstacle au sable et aux galets qui, sinon, auraient été au niveau de la route départementale.

Une légende est dédiée à ce "mini-sillon de Talbert louannécain"...
Il est question du géant Gevr, ce Gargantua breton qui vivait du côté de Huelgoat. Il était si grand que, peut-on lire "le sommet des arbres lui chatouillait l'entrejambe"! Un jour, son épouse passait par là, transportant des pierres dans son tablier. Fatiguée de porter son fardeau sur une si longue distance, elle le laissa tomber à cet endroit, chez nous. C'est devenu le Kinn, cette flèche de cailloux qui délimite aujourd'hui le plan d'eau du Lenn.

A la fin du 19ème siècle, il y avait sur le Kinn, en plein milieu une cabane dans laquelle vivait une femme, Daniel de son nom de famille, sans doute encore plus pauvre que ses voisins de Truzugal. Celle-ci a souvent vu passer auprès de sa modeste demeure Ernest Renan qui, tout dans sa réflexion, y faisait sa promenade quotidienne.

Ces propriétés se sont établies, à Nantouar, au pied de la falaise morte dont le flanc est boisé.
On peut douter de l’efficacité de l’enrochement pour éviter le recul de la falaise. Sur cette photo, on remarque que les vagues des grandes marées ont contourné l’obstacle pour rogner jusqu’au chemin piétonnier qui n’existe plus entre Pen An Nen Nevez et Nantouar. Les clôtures des propriétés riveraines sont même sur le point de tomber.

GESTION MUNICIPALE ET POLITIQUE LOCALE.

5 - ÉLECTIONS MUNICIPALES : LA GAUCHE RAVIT LA MAIRIE À LA DROITE EN 1989

De 1935 à 1983, la commune est gérée par Pierre Bourdellès, de sensibilité centriste, cultivateur à Mabiliès, qui cumule fonctions de maire, de conseiller général, de député, de président de syndicats intercommunaux.

Pierre Bourdellès, au centre, en compagnie d'Edouard Ollivro, le Louannécain qui vient d'être élu député de la circonscription de Guingamp. A gauche, Pierre Rolland.

De 1935 à 1971, pratiquement aucun conseiller municipal n’appartient à la liste de gauche si l’on excepte la présence d’Yves Menguy et celle épisodique d’Amédée Le Maillot.
En 1977, première brèche dans le mur centriste, la gauche hisse deux de ses candidats au conseil municipal.
En 1983, lorsque Pierre Bourdellès décide, à 74 ans, pour des raisons de santé, de se retirer de la vie municipale, la gauche pense qu’elle a un rôle important à jouer. La gauche le pense d’autant plus que la commune est mûre pour virer de bord. Elle a été majoritaire aux présidentielles et aux législatives de 1981. Au premier tour, elle obtient 7 élus contre 5 pour la liste de droite. Retournement de situation au deuxième tour où les électeurs votent massivement à droite. Sous l’impulsion d’un tract de Pierre Bourdellès qui apporte son soutien à son équipe. Il reproche aux socialistes de présenter un programme qui augmenterait très fortement la pression fiscale. En cause : la proposition de doter la commune d’une salle omnisports. Les paroles du maire sortant sont suivies d’effet. La droite se maintient à la mairie avec 11 sièges au conseil municipal, 3 de plus que la gauche. Malgré cela, la nouvelle municipalité fait construire la salle qui a valu sa défaite à la gauche !
Aux élections de 1989, les électeurs louannécains mettent leur vote local en accord avec les scrutins nationaux. Donc, après une soixantaine d’années à droite, la commune vire à gauche. Les électeurs mettent en place 18 conseillers de gauche sur 19 sièges.

Le graphique qui montre le basculement

L’accession de la gauche à la mairie est fortement corrélée avec l’arrivée massive d’une nouvelle population dans les années 60 et 70. Cette population jeune, qui travaille dans l’industrie et le tertiaire, a des idées différentes de celles de la population rurale et plutôt conservatrice.

Jean Nicolas au milieu de son équipe qui a mis fin au règne de la droite en 1989.
Au premier rang, de gauche à droite : J-C Bizeul, R. Auffret, F. Bozec, M. Porchou, J. Nicolas, D. Penndu, C. Hamant, N. Chapelain, R. Queffeulou, P. Cojean et D. Laurant. Au deuxième rang : P. Josselin, J-Y Stevennou, F. Le Levier, P. Darrort, C. Bouvier, J-P Morvan, R. Martin et I. Le Guyader.

Cette tendance se confirme en 1995. Les électeurs ne laissent aucune place à la liste de droite conduite par Denise Le Penven.
En 2001 et en 2008, il n’y a pas de match. La liste Jean Nicolas est seule en lice, aucune tête de liste ne se manifestant à droite.
En 2014, Gervais Egault entre en mairie à la tête d’une liste unique « plurielle » de 23 membres.
Ceci étant, la gauche reste majoritaire comme l’atteste le score réalisé au deuxième tour des élections régionales par Jean-Yves Le Drian.

6 - LE TOURISME

Le tourisme à Louannec, avant l’ouverture du camping Ernest Renan en 1976, se résume par le retour au pays pour les mois d’été des Louannécains, émigrés à Paris ou dans d’autres métropoles. Le camping change la donne. A l’origine, deux champs dont le propriétaire, François-Marie Goasampis, s’apprête à créer un lotissement. Le Maire Pierre Bourdellès a, de son côté, une idée derrière la tête d’autant plus qu’une grande partie du Lenn, alors vasière ou polder derrière les deux champs en question a été remblayée et gagnée sur la mer. La commune achète les champs qui, rajoutés à la surface prise sur le domaine maritime, font un ensemble important. La côte est enrochée pour créer une défense contre l’assaut des vagues ; le Lenn, le lac, est dévasé à l’aide d’une « suceuse » qui déverse les sables, les boues et les sédiments sur le Kinn, le cordon littoral ; un plan d’eau permanent est créé pour l’école de voile en construisant un mini-barrage au niveau de Pont-ar-Saux.

Sur cette photo aérienne prise à la fin des années 50, nous avons représenté en vert la surface qui est devenue
le camping : les deux champs Goasampis + la partie gagnée sur le domaine maritime.
Vue générale du camping et du plan d'eau du Lenn.
Le camping Ernest Renan a accueilli ses premiers estivants le 15 juin 1976..

Cet investissement communal a été une bonne opération. Il crée une animation dans la commune. En période de pointe, en juillet-août, près de 2.000 vacanciers y vivent. Ce camping assure des emplois saisonniers pour un bon nombre de jeunes. Le camping, classé catégorie « trois étoiles », dispose de 294 emplacements.

Deux hôtels (Le Village et les Sternes), un motel (Pen-ar-Garenn) accueillent une clientèle de passage ou à la semaine.

Dans le cadre de la rénovation de fermes se sont aussi implantés gîtes ruraux et chambres d’hôtes dont la clientèle recherche les bords de mer et la beauté des sites de la Côte de Granit. La récente distinction attribuée à Ploumanach – village préféré des Français – a créé un appel qui s’est traduit en bonus par les chiffres de fréquentation la saison dernière.
Plusieurs cultivateurs, l’heure de la retraite ayant sonné, ont rénové leurs anciennes dépendances : étable, écurie, grange, remise pour en faire des gîtes ruraux. Cabatous (famille Gérard Goasampis) et Kerruado (famille Louis L’Hévéder) sont deux exemples de réussite d’embellissement de leur patrimoine. Parmi de nombreux autres Gîtes Ruraux de Louannec qui reçoivent vacanciers rompus à ce type d’accueil à la ferme.

Guernabacon est une maison noble qui vient de perdre sa fonction de bâtiment de ferme. Ce manoir qui possédait une chapelle appartenait à l’origine à Maître Nicolas Meur, Sieur de Kerozan en Guerlesquin. En 1532, le manoir et ses dépendances tombent sous la suzeraineté directe du Roi, puis devient la propriété des Guales de Keryvon.
Alain Saliou a été l’un des maillons de la famille qui a exploité cette ferme pendant près d’un siècle. Alain était une figure marquante dans le paysage agricole du département des Côtes d’Armor. Il avait des responsabilités dans le syndicalisme paysan, dans des coopératives, au Crédit Agricole. Il avait été conseiller municipal à Louannec.
Francis Le Merrer était son fidèle employé. Francis était aussi connu pour assurer le contrôle aux entrées au Foyer Rural à l’occasion des soirées dansantes et au stade municipal les jours de matches de football.

7 - QUATRE MAIRES DEPUIS 1935

PIERRE BOURDELLÈS, LE RECORD DE LONGÉVITÉ (1935 –1983)

Pierre Bourdellès avec quelques membres de son équipe municipale.

Le baccalauréat en poche, Pierre Bourdellès se destine à des études de médecine. Le décès de son père va l’obliger à rester exploiter la ferme de Mabiliès. En 1935, avec une équipe de jeunes –un peu par défi contre le maire sortant, Yves Le Bihan qui les a « snobés » - il compose au pied levé une liste qui, contre toute attente, renvoie l’équipe en place à ses prés et à ses labours. Ceci provoque chez les parents des jeunes « rebelles » une certaine crainte. Car, le perdant de ces élections est le propriétaire de beaucoup de fermes de la commune et il pourrait, pour satisfaire sa rancœur, revoir à la hausse quelques baux et loyers de fermage ! Pour le vainqueur, Pierre Bourdellès, c’est le début d’une longue carrière municipale dans un premier temps et nationale dans un deuxième.
En fait, l’infortuné Yves Le Bihan fait partie d’une famille qui, comme les Lissillour et Tassel (notaire à Pluzunet), se sont enrichis au sortir de la Révolution de 1789 en acquérant les biens des nobles et ceux de l’Eglise. Ils se sont partagé les terres de Louannec. D’une manière générale, ces nouveaux nantis, ces notables, comme ceux des autres communes, ne se sont pas accrochés au pays. Ils ne se sont pas soucié de la modernisation de la Bretagne. Ils s’en sont détachés pour se lancer dans la politique parisienne et nationale.
Pierre Bourdellès – l’un des plus jeunes maires de France, il a 27 ans - a en tête cinq commandements. Pour lui, une commune bien administrée doit posséder : 1 – l’électricité, 2 – l’eau courante, 3 – un terrain de sport, 4 – un foyer rural, 5 – de bonnes routes.
Mais, à cette époque, les citoyens sont peu exigeants et raisonnent comme ceci : « L’électricité ? A quoi bon, nous avons des lampes à pétrole. Et puis ça coûte cher. L’eau courante ? A quoi bon, nos puits et nos citernes sont bien suffisants. Et puis ça coûte cher. Un terrain de sport ? Nos gars prennent déjà suffisamment d’exercice quand ils travaillent aux champs, pendant la semaine. Et puis enfin, tous ces grands travaux, c’est très joli, mais il faut les payer…» (Extrait du Magazine Réalités, juillet 1953)
Le jeune maire passe outre ces observations et fait aboutir ses projets et son programme point par point.
Dans les années 50, Pierre Bourdellès, encouragé par le Président René Pléven, se lance dans une carrière politique départementale et nationale tout en faisant de Louannec une commune moderne.
Il réalise l’électrification, l’adduction d’eau, un stade municipal, un Foyer rural amorti en trois ans, les bals étant une véritable poule aux œufs d’or. Il est à l’origine du camping municipal Ernest Renan, la mairie, si l’on ne retient que l’essentiel.

Pierre Bourdellès sur le plan d´eau du Lenn.

Après 48 années d’activité, il se retire de la vie publique. Il a alors 74 ans. Il présente une carte de visite bien remplie : maire de Louannec, Conseiller général du canton de Perros-Guirec de 1949 à 1979, secrétaire général de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) avant d’être élu député de 1951 à 1956, puis de 1958 à 1978, parlementaire européen de 1969 à 1978.
Pierre Bourdellès s’enferme dans sa tour d’ivoire à Mabiliès, donnant la priorité à deux passions : la culture des orchidées sous serre et le suivi de l’émission télévisée « Questions pour un champion »
Compte tenu de ses états de service, Pierre Bourdellès mérite un espace de la commune qui soit dédié à son nom et qui perpétue sa mémoire. Pourquoi pas le Foyer Rural qui est une de ses réalisations?

L´heure de la retraite a sonné.

CHARLES LINDBERGH À LOUANNEC...

En 1927, l’aviateur américain Charles Lindbergh réussit le premier la traversée sans escale de l’Atlantique nord à bord du Spirit of Saint Louis. 300.000 personnes l’accueillent dans la liesse au Bourget. Véritable star de l’époque, le héros fait la une de tous les journaux et magazines. Pierre Bourdellès me dit ceci un jour : « Un matin, qui je vois arriver dans la cour de la ferme ? Je n’en croyais pas mes yeux. C’était Charles Lindbergh. Il me dit : Monsieur le Maire, la vallée du ruisseau de Nantouar est la plus belle que je n’aie jamais survolée de ma vie. Y aurait-il là une habitation qui pourrait me convenir ? »
Comme l’affaire ne peut être conclue à Nantouar, l’aviateur américain jette son dévolu sur Plougrescant où il fait l’acquisition de l’Ile Illiec.

DEHORS ! DEHORS !

C’est un jour de juillet 1954. La construction du Foyer rural touche à sa fin. Le maire Pierre Bourdellès s’impatiente. Il craint que tout ne soit pas prêt pour le bal inaugural. Il demande à une poignée de jeunes de 10 à 13 ans dont je fais partie de venir donner un coup de main.


Un matin, nous embauchons sur le coup de 9 heures. C’est un travail que nous trouvons plus agréable que certains travaux des champs comme le ramassage des pommes de terre. Il consiste à accoler sur la chape de ciment des morceaux de carrelage préalablement cassés à la masse par un ouvrier. Un carreleur passe derrière nous avec une batte pour mettre le tout de niveau. Nous – les jeunes - étions pleins d’application sur la partie surélevée quand, peu avant midi, arrive M. Groleau ou M. Coulombeau - je ne sais plus exactement lequel - . Nous voyant là, il s’écrie : « Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Les gosses dehors ! » Devant une telle autorité, nous avons pris nos cliques et nos claques sans demander notre compte. Nous avons enfourché nos vélos pour filer à Pont-ar-Stang où ce jour-même passait le Tour de France. Ce soir-là, le coureur Dominique Forlini remportait au sprint l’étape Saint-Brieuc–Brest. Finalement, nous n’étions pas trop mécontents de la tournure des opérations.

Repas des Anciens au Foyer Rural, trois ans après son inauguration. On est en 1958. Comme dans l’église, selon la tradition, les femmes se sont regroupées ensemble. Coiffes du Trégor et tenues noires. On est à mille lieues des actuels bals à papa et à papy !

SOUVENIR...
L'inauguration du château d'eau de Mabiliès...

L'inauguration du château d'eau de Mabiliès, construit à l'emplacement de l'ancienne gare de chemin de fer, a eu lieu en mars 1955. Le hameau ne comptait alors qu'une dizaine de maisons.

Deux enfants du quartier, René Le Garrec et moi-même, avions été désignés pour couper le ruban tricolore et offrir un bouquet de fleurs à René Pléven, ancien Président du Conseil, ce qui sous la Quatrième République équivalait au poste de Premier Ministre.

FRANCOIS NICOLAS, UN MANDAT DE TRANSITION (1983 – 1989)

François Nicolas, alors premier adjoint, remet la coupe à Lilou Crocq au tournoi de football inter-quartiers en 1979.

Etant le premier adjoint, François Nicolas a hérité de la tête de liste de droite quand Pierre Bourdellès a passé la main. Cultivateur à Kernasclet, il a géré la commune pendant un mandat (1983-1989). De cette période, on retiendra surtout la construction du Centre de loisirs (salle omnisports), la création de la bibliothèque communale, du centre aéré.

JEAN NICOLAS, UN MAIRE BATISSEUR (1989 – 2014)

Un Nicolas chasse l’autre. François cède la place à Jean. Ce dernier est âgé de 56 ans lors de son intronisation. Inspecteur des grands travaux aux PTT, il vient de faire valoir ses droits à la retraite, ce qui lui laisse beaucoup de temps à consacrer à sa commune. Le nouveau maire se tourne délibérément vers une politique de croissance en aménageant dans la commune des lotissements haut de gamme : « Je ne savais plus quoi faire des clients qui débarquaient à la mairie à la recherche d’un endroit où construire ! » se rappelle-t-il. Il va donc faire de sa commune un vaste chantier qui fait passer la population de Louannec, sous ses 25 ans de gestion, de 2.000 à plus de 3.000.
Son action et celle de son équipe s’est aussi concrétisée par la rénovation de l’école primaire et la construction d’une école maternelle citée en exemple et de pavillons HLM, par la rénovation du Foyer Rural, par la construction d’une maison d’accueil pour les personnes âgées dépendantes (MAPAD), par la sécurisation et l’aménagement du bourg.
L’année 2012 aura été marquée par « l’affaire » qui a opposé la municipalité et l’école publique d’un côté à l’école « Diwan » : « Ce dossier m’a traumatisé » se souvient encore Jean Nicolas.
Jean Nicolas a une particularité, il a été le trentième maire de la commune et le premier qui ne soit pas cultivateur.

GERVAIS EGAULT, AUX COMMANDES (ÉLU EN 2014)

Quatrième adjoint en charge des affaires scolaires et de l’informatique précédemment en tant qu’élu, Gervais Egault prend du galon. Il est le trente-et-unième maire de la commune et le premier non bretonnant ! Rappelons que la fonction de maire a été instaurée au lendemain de la Révolution en 1790, lorsque le statut de la commune est fixé avec précision.
Né à Saint-Malo, Gervais Egault, 48 ans, est ingénieur à Alcatel. On pouvait lire dans sa profession de foi :
« J’ai à cœur d’agir pour Louannec, dans la continuité, sachant que nous partageons tous deux (ndrl : Jean Nicolas et moi), depuis longtemps, la même sensibilité de gauche. Notre collaboration au travers de deux mandats effectués ensemble, avec une certaine complicité, me permet de revendiquer son héritage. Autour de moi, j’ai constitué une équipe qui me ressemble, plurielle et solidaire… »
Gervais Egault a réuni une équipe sans « clivage politique » dans laquelle cohabitent élus à sensibilité de gauche et élus à sensibilité de droite. Une de ses adjointes –Nicole Michel- a été élue conseillère départementale du canton de Perros-Guirec sous l’étiquette « Divers Droite ». Depuis les élections de 2014, quatre conseillers ont présenté leur démission.
L’équipe en place s’est engagée à agrandir la salle de sports (les travaux sont en cours), à construire une résidence services pour seniors, à réviser le plan d’urbanisme, à moderniser la voirie, à améliorer le cadre de vie, à préserver et à mettre en valeur les espaces naturels.

ET AVANT EUX QUATRE...

1789 : La Révolution gronde à Paris. A Louannec, loin du tumulte, la vie s’écoule au rythme des récoltes. La Convocation des Etats-Généraux par le Roi Louis XVI a fait naître de vastes espérances, comme l’atteste l’extrait de délibération du Corps Municipal de Louannec en date du 9 février 1789. Les esprits bouillonnent : ils demandent plus de justice, plus d’égalité.
Les faits se précipitant, la suppression des privilèges et des droits féodaux frappe dans la nuit du 4 août les seigneureries de Barac’h et de Coat-Guézennec, les maisons nobles de Cosquer, Guernabacon, Kernu…. Et aussi le clergé.

1790 : Les décrets des 16 et 22 décembre 1789 font triompher le système des petites communes, dont c’est la création.
La paroisse, « territoire de la juridiction spirituelle du curé », de Louannec devient l’une des 44.000 communes de France. Elle se sépare de Kermaria-Sulard, sa « trêve », qui dépendait d’elle jusqu’alors. La langue bretonne n’a pas encore, de nos jours, enregistré cette modification. On dit toujours : « Ar barrouz Louaneg » (= la paroisse de Louannec)

1792 : Louannec compte alors 1.209 habitants, Perros : 1.663. La République est proclamée. La première municipalité a été mise en place le 1 mars 1790. Un certain Tily est le premier Maire de la commune « républicaine ». Il est assisté par un corps municipal (adjoints ou officiers municipaux) et un conseil général (conseillers ou notables) élus. Elus par qui ? Par un petit nombre, une centaine d’électeurs peut-être. Seuls participent au vote les citoyens actifs, ceux qui paient un impôt équivalant à trois journées de travail. Une frange importante de la population (domestiques, pauvres) n’a pas la voix au chapitre. Quant aux femmes, elles n’obtiendront le droit de vote que..153 ans plus tard !

1795 ou An III : La Constitution du 5 fructidor crée la municipalité de canton. Louannec est rattachée à Perros-Guirec. La fonction de maire est supprimée. Le Goff, Le Brozec, P. Le Bricquir et Denis siègent tour à tour à l’Assemblée cantonale avec le titre d’Agent communal.

1801 ou An VIII : Le système actuel (maire, adjoints, conseillers municipaux) est institué. Tous sont nommés car Bonaparte qi veut affermir son pouvoir, se méfie des assemblées issues de la Révolution. On voit réapparaître, à la tête de Louannec, P. Le Bricquir.

1831 : Sous la monarchie de Juillet, on revient à l’élection. Yves Tassel occupe la fonction de maire.

1837 : Le conseil municipal que préside L. Le Bricquir voit ses attributions élargies.

1848 : Election au suffrage universel. Mise en place à la tête de la commune Le Scornet, puis Y. Le Bricquir.

1852 : Second Empire. Le suffrage universel est à nouveau abandonné. Le Maire J. Riou et ses conseillers sont nommés.

1882 : C’est à cette date que se codifient les textes législatifs relatifs à l’administration des communes. Le mode de scrutin institué n’a pas beaucoup changé depuis.

Que s’est-il passé durant ce premier siècle d’émancipation communale ? Au sortir de la Révolution, Louannec devient la propriété de deux ou trois familles qui se sont accaparé les biens des nobles et les biens de l’Eglise : la famille Lissillour notamment et Tassel, un notaire de Pluzunet. Ceci étant, il faut attendre 1880 pour voir apparaître bun début de réalisations municipales. Tout est à faire. L’église est en mauvais état. Elle sera détruite et reconstruite. Il n’existe pas de bâtiments communaux : école, mairie. La population vivote. Des textes de l’époque font état de « processions loqueteuses » venant mendier à Rosmapamon, résidence de vacances d’Ernest Renan. L’écrivain lui-même mentionnait dans l’un de ses discours : « Je passe l’été à Louannec au milieu d’un hameau de très pauvres gens. Notre petite aisance doit leur paraître la richesse… » Les municipalités précitées étaient composées de gens peu formés pour assumer les fonctions qui leur avaient été attribuées. Ils se sont surtout occupés de la levée des volontaires pour les armées, du système d’impositions à revoir suite à l’abolition des privilèges, de l’entretien des routes, de la répartition des rochers pour la coupe annuelle du goémon…
Les choses commencent à bouger sous la municipalité de Jean Rolland (1896-1923). Le bourg se transforme pour prendre l’allure qu’on lui a connu jusqu’aux années 60. (Historique d’après Jacques Royant)

Ils ont été maires : Tily (1792-1795) ; Le Goff (1795-1797) ; Le Brozec (1797-1798) ; P. Le Bricquir (1798-1799) ; Denis (1799-1800) ; P. Le Bricquir (1800-1808) ; Daniel (1808-1813) ; Pasquiou (1813-1817) ; F. Tily (1817-1821) ; Le Poncin (1821-1823) ; Perrot (1823-1830) ; F.Tily (1830-1831) ; Y. Tassel (1831-1836) ; Le Bricquir (18365-1844) ; Y. Tassel (1844-1848) ; Le Scornet (1848-1850) ; Y.Le Bricquir (1850-1852) ; J. Riou (1852-1865) ; Y. Tassel (1865-1875) ; Y. Le Bricquir (1875-1881) ; Y.M. Lissillour (1881-1887) ; J. Riou (1887-1890) ; Y.M. Daniel (1890-1896) ; J. Rolland (1896-1923) ; F. Saliou (1923-1929) ; Y.Le Bihan (1929-1935) ; Pierre Bourdellès (1935-1983) ; François Nicolas (1983-1989) ; Jean Nicolas (1989-2014) ; Gervais Egault (depuis 2014)...

LE BLASON DE LOUANNEC…

Albert Rigondaud dit « Rigo » a créé le blason de Louannec.

Le blason de Louannec est dessiné en mai 1982 par le Louannécain Albert Rigondaud dit : « Rigo » : peintre officiel de l’Armée, chargé de recherches sur les uniformes de l’Armée française de 1715 à 1815, spécialisé dans la période napoléonienne. L’artiste commente : « Sur le côté gauche du blason, nous avons reproduit les armes des Seigneurs de Barach qui gouvernaient le pays avant la Révolution de 1789. Comme, à cette époque, la vocation de la commune était l’agriculture, nous y avons introduit une gerbe de blé en argent. Nous avons réservé le côté droit pour le Louannec moderne, résolument tourné vers les loisirs et les sports. Le ciel et la mer bleue où se détache la silhouette noire d’une sterne volant au-dessus d’un chevron d’argent, symbolisant une tente du camping municipal. En bas du blason, nous avons ajouté trois besants d’argent symbolisant le football, le tennis et le tennis de table.
Le tout étant relié en haut par une bande d’argent ornée de cinq mouchetures d’hermine, représentant nos cinq départements bretons… car, n’oublions pas que, depuis 1491, les Rois de France ont autorisé les villes bretonnes à conserver les hermines alors que d’autres cités comme Paris, Bordeaux, Toulouse ont des fleurs de lys.
En nous inspirant d’un triptyque conservé depuis le XVIè siècle dans l’église de Louannec ; nous avons fait « tenir » notre blason par le riche et la pauvre qui encadrent Saint-Yves.
Le tout se termine par la devise : WAR ARAOK BEPRED (Toujours de l’avant !). » (Extrait de la Revue municipale)

UN « CAFÉ » POUR… 64 HABITANTS !

Dans les années 50, il y a à Louannec un café pour 64 habitants. On retrouve auprès de presque tous ces estaminets une allée de boules, lieu de rendez-vous des dimanches après-midi. La notion de service prime sur celle de profit. Une activité artisanale spécifique est le plus souvent liée à ces bistrots et débits de boisson : bourrellerie (réparation des harnais de chevaux) à Petit-Camp, cordonnerie à Pen-ar-C’hoat, forge sur le chemin de Poulajou, boulangerie à Cabatous et au Croajou, négoce de produits agricoles au bourg et à Pont-ar-Saux, battage de trèfle et concassage de céréales à Mabiliès, maréchal-ferrant au Croajou.

CHEZ GOURIOU (actuel Bar Le Village) Anne-Marie Gouriou a cédé l’exploitation à ses filles Yvonne et Jeanne. Les bâtiments sont rénovés, les mansardes aménagées. Cet hôtel-restaurant, situé en plein bourg, est fréquenté, l’été, par les touristes. Autres activités : tabac, cartes postales, bals dans le garage, soirées « théâtre » dans l’allée de boules couverte.
CHEZ MARIE ADAM (A l’emplacement du Salon de coiffure). « Le dimanche, après la messe, dit un témoin de l’époque, ça marchait mieux que chez Gouriou ! » La clientèle locale, rurale, s’y sent probablement dans une plus grande simplicité.
CHEZ AMÉDÉE LE MAILLOT (Bar face à la Place du Foyer Rural) Amédée tient un dépôt de pommes de terre. Il assure aussi un service pressoir et abattage de bois. L’activité du bar gagne en intensité au moment où le négoce bat son plein.
CHEZ MARIE MAO (Entrée du Croajou en venant du Bourg) Couturière de son état, Marie assure, en plus d’un café, un commerce de mercerie. Des banquets, des bals ont lieu dans l’allée de boules couverte.
CHEZ YVES CROCQ (Croajou) Yves Crocq est le secrétaire de mairie. De 1935 à 1960, son épouse tient une épicerie-tabacs. Bernadette prendra la succession. Le premier dimanche d’août, avant la guerre, y était organisée une fête appelée le « Pardon du Croajou ».

Jour de fête au café du Croajou tenu par l'épouse d'Yves Crocq, puis par Bernadette.

CAFÉ-BOULANGERIE LAURENT (200 mètres plus bas que chez Yves Crocq). Jusqu´en 1947, la distribution du pain se fait en échange de tickets. « Un vrai casse-tête pour la Mairie, ce système de tickets, se rappelle Yves Crocq. Il y avait sept catégories différentes ! »
LE CAFÉ DE LA FORGE
(Dans le virage du Croajou avant d’amorcer la montée vers Pen ar C’hoat). Jean Jannou, maréchal-ferrant très réputé, ferre les chevaux. Il a de quoi faire avec les 150 chevaux de trait que compte alors la commune.
LE CAFÉ DE PEN-AR-C’HOAT.
Dans une pièce qui jouxte le bar-épicerie, Yves Rémond a son échoppe de cordonnier. Outre la réparation de chaussures, il assure au besoin le remplacement du facteur. Il est aussi sacristain.
LE CAFE DE PETIT-CAMP.
Ce café bénéficie de la proximité de la gare de chemin de fer où la locomobile fait le plein d’eau. Il y a un dépôt de pommes de terre pour Auguste Adam. Pierre Crocq, artisan-bourrelier, assure avec Louis Guégan, son ouvrier, la réparation des harnais, des colliers de chevaux.
LE DÉBIT SIMON (A l’ancien carrefour de Mabiliès) Ce débit de boissons doit sa clientèle à la proximité du commerce de primeurs que tient Auguste Adam et à celle du teillage de lin de Pierre Saliou (Kerscouac’h). Suite à la suppression de la voie ferrée, il y a un arrêt des cars CAT (Compagnie Armoricaine de Transports) devant la maison, qui délivre même les tickets aux voyageurs.

Le débit Simon à Mabiliès. Un p’tit verre avant de déposer la récolte de pommes de terre chez le voisin Auguste Adam !

LE CAFÉ LE GARREC (En face du Château d’eau) Marie Cogan est la tenacière. Jean Le Garrec gère une entreprise de battage très sollicitée. Le matériel se déplace de ferme en ferme. Le trèfle est battu à Mabiliès. Les céréales y sont concassées pour en faire de la farine pour le bétail. Des bals sont organisés dans le hangar, animés le plus souvent par les orchestres Hélios ou les Cuban’s Boys. La gare se trouve à proximité.
LE CAFÉ RAYMOND LE BRICQUIR (A Cabatous) Elisa tient le bar-épicerie tandis que Raymond a son fournil de l’autre côté de la route.
CHEZ FRANCINE GEFFROY « A la Forge » disait-on. Juste quand on prend la direction de Poulajou. Albert Geffroy y ferre les chevaux et assure le cerclage des roues de tombereaux.
CHEZ AUGUSTINE CARLUER. Café-restaurant au Bourg, à proximité des marches qui montent vers l’église. Augustine passe pour une excellente « cordon bleu »
CHEZ LOUISE DUVAL. A Truzugal, juste au bas de la côte, à gauche en descendant. Au départ, ce café se justifie par la présence du teillage de lin de « Soazh ar Vilin » (Françoise Rivoallan). Il bénificie d’une situation de passage et d’un jeu de boules.
LE CAFÉ « LES MOUETTES ». A Pen ar Garenn, aujourd’hui motel. Marie Rouxel doit sa clientèle au charroi du goémon comme l’atteste le tableau du peintre perrosien Marcel Le Toiser.
CHEZ ALBERT LE SAUX. A Pont-Couennec, à Pont ar Saux plus précisément. La clientèle du magasin Morvan, qui assure le commerce d’engrais, de pommes de terre, d’aliments pour bétail, y fait halte.

LOUANNEC EN TEMPS DE GUERRE

(Extraits du Bulletin Municipal de Louannec, juillet 2014)

GUERRE 39-45.

A l’issue de cette Guerre, on grave sur le monument aux morts les noms de onze hommes de Louannec, morts pour la France.

Faisons une place particulière à l’un d’entre eux, Yves Nonen (1916-1944). Il s’ engage dans la Marine à l’âge de 16 ans et devient fusilier-marin. A l’appel du 18 juin 1940, il rallie la France Libre. De 1940 à 1942, il se fait remarquer en Angleterre, à Dakar (Sénégal), en Syrie, en Libye. Il est décoré de la Croix de Guerre pour son action à Bir-Hakeim. Lors de combats en Italie, il se distingue près de Tivoli. Lors de la Libération de Toulon, il est fait état de sa bravoure « ne quittant son poste qu’après le repli du dernier blessé ». C’est encore en restant le dernier sur le terrain à la tête de son Peloton, lors des combats au Ballon d’Alsace, qu’il est fauché d’une balle en pleine tête (24 novembre 1944). Il n’avait que 28 ans…
Yves Nonen a reçu un grand nombre de décorations : Chevalier de la Légion d’Honneur, Compagnon de la Libération, Croix de Guerre (avec citations), Médaille de la Résistance, Médaille Coloniale, Médaille Commémorative (39-45).
La Place de l’ensemble Mairie-Poste-Courts de Tennis porte son nom.

GUILLORS

FAIT DE RÉSISTANCE À LOUANNEC.
L’ ACCROCHAGE AU GUILLORS COÛTE LA VIE À CINQ RÉSISTANTS.

Mai et juin 1944 ont été deux mois où plusieurs évènements liés à la Résistance ont secoué le Trégor :
18 mai : premières exécutions à Servel.
23 mai : Evénement de Kerguiniou à Tonquédec.
29 mai : Grande rafle de Lannion.
4 juin : Rafle de Perros-Guirec. Une quinzaine de membres du Réseau Gabriel Péri et plusieurs de leurs proches sont arrêtés. Sur dénonciation, semble-t-il.
9 juin : Accrochage de Kernu à Louannec.

J’ai eu le contact avec deux Résistants qui ont vécu cette journée dramatique, à Kernu.
Edouard Quemper, Maire-Adjoint de Saint-Brieuc m’écrit dans une lettre datée du 19 février 1990 :

« Vers deux heures du matin, l’on vint nous dire : Préparez-vous, vous partez !
On se mit par rang de deux et on prit le chemin de Perros-Guirec, puis de Louannec. Nous étions une quarantaine mais nous n’avions que quatre mitraillettes. J’étais l’un des privilégiés à en avoir une. Deux FTP armés ouvraient la marche et deux autres la fermaient. Le trajet se passa bien. Nous avions passé la nuit dans les granges de la ferme de Monsieur Terrien. Toutes les deux heures, on se relayait pour la garde. Le mot de passe était « Bagneux » et nous avions l’ordre de tirer sur tout ce qui passait. Mais la nuit fut calme, il n’y eut aucun passage.
Le matin venu, on nous répartit en deux groupes. Chaque groupe construisit son abri.
Dans l’après-midi, on nous prévint que des Allemands avançaient vers le bois. L’on me demanda d’aller prévenir, avec Alexandre Le Loet dit Godel, l’autre groupe.
Je donnais ma mitraillette à Marcel Belloir qui nous protégeait, camouflé sur le haut d’un chemin creux. En arrivant à la sortie du chemin, on entendit à quelques pas des bruits de bottes. Impossible de faire marche arrière. Alexandre eut la réaction de s’enfuir. Je lui tins la main et lui dis : Faisons comme si de rien n’était. Continuons !
On se trouva immédiatement nez à nez avec deux soldats allemands qui ne s’opposèrent pas à la poursuite de notre chemin. Ils nous prirent sans doute pour deux jeunes inoffensifs. Quelques secondes après, des mitraillettes crépitèrent. C’est sans doute Marcel Belloir qui passait à l’attaque.
Alexandre et moi, nous poursuivîmes notre chemin sans jamais retrouver l’autre groupe FTP qui s’était déplacé.
Des renforts allemands continuaient d’arriver et encerclaient le bois. La fusillade s’intensifiait.
Arrivés dans la nuit, Alexandre et moi avions du mal à nous situer. Je dis à mon ami : Inutile de revenir sans armes. Allons chercher du renfort à Saint-Samson.
Je savais que Fanfan Prigent y était avec son groupe. On traversa un cimetière en rampant. Je crois que c’est celui de Saint-Quay-Perros. En cours de route, on retrouvait ici et là des FTP qui s’enfuyaient faute d’armes. Lorsque nous arrivons à la Chapelle de Saint-Samson, c’était déjà trop tard.
Je proposais aux combattants de la Résistance d’aller passer la nuit à la ferme d’un cousin, Auguste Quemper à Ker-Daniel en Pleumeur-Bodou. »

Lisez ce que m’a dit André Bonnot le 18 novembre 1989 à Perros-Guirec où il vivait sa retraite après avoir exploité une pisciculture à Plouzélambre. André Bonnot a été responsable des effectifs sur un secteur s’étalant de Trébeurden à Perros-Guirec. Il hérita du surnom de « P’tit Gris » à cause de la couleur de son pantalon et de son blouson taillés dans une couverture de toile grise..

« Le débarquement des Américains du 6 juin 1944 a stimulé le mouvement de la Résistance. On enregistre de nouveaux volontaires. Un regroupement inattendu se fait à Kernu. L’objectif des Résistants était de s’écarter de la côte et de rentrer davantage dans les terres pour mener des actions qui devaient être programmées. Le gendarme Andrieux qui commandait le groupe de 50 à 80 hommes pense que le site de Kernu fera l’affaire. Partisan de l’action militaire, il installe des volontaires armés tout autour du maquis pour faire le guet. Une sentinelle se sentant menacée par deux Allemands, abat l’un d’entre eux. Le soldat rescapé court chercher du secours et les Allemands nous tombent sur le poil ! Face au grand nombre d’Allemands qui arrivent à la rescousse, Andrieux décrète le repli : dix par ci, dix par là. Les Allemands essuient des pertes, entre dix à quatorze hommes. Mais Andrieux, Chauvel et P’tit Campion sont tués.
Je me suis caché dans le creux d’un talus raviné par la crue de la rivière près de la Compagnie des Eaux. D’autres étaient planqués dans les ronces. Les Allemands avaient tout bouclé. On était encerclés.
Vers minuit, je me suis réfugié chez Mme L’Hévéder, négociant en vins et spiritueux. Elle me connaissait puisque j’étais voisin. Je suis resté là quelques jours, caché dans une barrique défoncée.
Après, je suis reparti dans le maquis de Coat-Guézennec. Nous sabotions les lignes téléphoniques et les lignes électriques pour priver de courant les radars allemands. Nous avons fait sauter les rails sur le Kinn où circulaient deux locomotives avec des wagonnets remplis de galets et de sable pour la construction de blockhaus sur la côte. »

André Bonnot m’a ensuite parlé des jeunes Résistants, souvent courageux et fougueux, parfois inexpérimentés, de faits d’armes réussis. Il n’a pas occulté certains événements qui, après analyse, se sont révélés être des erreurs. Il a souligné le sens civique de la population, même si de temps à autre, çà et là, on se laisse aller « à trafiquer avec l’Occupant » pour de petits bénéfices immédiats. Il a mentionné quelques dérives dues « à la faiblesse de la chair » qui furent punies au moment de la Libération.

UNE STÈLE À LA MÈMOIRE DE CINQ RÉSISTANTS

Le monument est situé à environ 1.2 km du rond-point du bord de mer de Pont-Couennec, en prenant la côte de Kernu.

Yves Le Campion est tué au cours de l’engagement. C’était un Louannécain. Pendant de longues années, un tournoi de football annuel a porté son nom.
Le lendemain de l’accrochage, un officier allemand dit avoir formellement reconnu l’identité du Louannécain tué : il s’agit d’ Yves Campion, dit-il. Par mesure de rétorsion, il décide d’incendier la ferme des parents Campion et souhaite que le Maire, Pierre Bourdellès, l’accompagne. Pierre Bourdellès essaie de détourner l’Allemand de son projet. Rien n’y fait. Le Maire a alors l’idée de décrire Yves Campion, pourtant employé à l’étude du Notaire Me Toudic, comme un voyou notoire, délinquant, désobéissant à sa famille dont il fait le malheur depuis plusieurs mois. Il plaide que les parents Campion sont de braves gens que l’on punirait injustement en brûlant leurs biens. Le Lieutenant renonce alors à son projet. Il en conclut que ses troupes se sont heurtées au Guillors à un groupe de Résistants isolés de passage à Louannec. (D’après une enquête menée par Christiane Bouvier)
Furieux d’avoir subi des pertes au Guillors le 9 juin 1944, les Allemands se demandent quelle autorité ils pourraient bien arrêter pour frapper la population et obtenir des renseignements : l’instituteur ou le curé ? Le Sergent opte pour le Recteur et pénètre au presbytère. L’Abbé Jean-Baptiste Guégou est un brave vieillard qui a participé à la Grande Guerre et sa santé physique et mentale en est restée gravement affectée. L’irruption brutale des soldats et la fouille systématique de son logement le choquent et le désespèrent. Soudain, un soldat allemand découvre une seule et unique cartouche, souvenir de ses combats livrés à Verdun. Il est impossible de faire entendre raison au Sergent qui tient le Recteur pour un dangereux terroriste. Malgré les supplications de Pierre Bourdellès et les pleurs du Recteur, il est conduit avec Pierre Bourdellès et Auguste Adam , prisonniers vers Pont-Couennec. Le Sergent se laisse enfin convaincre par la plaidoirie du Maire et l’Abbé peut retourner chez lui… (D’après une enquête menée par Christiane Bouvier)

Henri Chauvel s’est retrouvé là alors qu’en tant qu’agent de liaison il revenait d’une mission à Callac. Réfractaire au STO, il s’était réfugié à Saint-Brieuc. Il a été tué au cours du repli.

Le gendarme Gabriel Andrieux, né en 1907 à Maroué (22) est tué dans la lande en direction de Saint-Quay.

François Potin, né à Louannec en 1921, travaille à la ferme du Guillors que tiennent ses parents. Il est arrêté à Quemperven le 7 juillet 1944. Il travaillait à la ferme de Kerlosken chez M. Le Caer. Les Allemands découvrent sa véritable identité. Peut-être suite à des documents trouvés à Kernu ? Il est emprisonné dans les caves-cellules à la Kommandantur de Lannion. Il a été assassiné par la Feldgendarmerie de Lannion. Son corps n’a pas été retrouvé.

Ce 9 juin 1944 était une journée d’Occupation allemande comme les autres. Marie Le Grossec, priée de quitter avec sa famille sa maison de Truzugal, était hébergée chez Yvonne Meudal à Convenant Sant-Erwann près du Vouster. Elle ignorait qu’un Officier allemand venait d’être abattu tout près de là et que son corps avait été déposé dans la rivière Le Cruguil avec une pierre dessus. Comme tous les jours, elle allait chercher son lait à la ferme Potin. Elle raconte : « Ce jour-là, à peine arrivée dans la cour, je vois Marthe Potin qui était dans tous ses états. Elle me dit en breton : « Retourne chez toi, vite ! » Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Peu de temps après, j’ai vu arriver en trombe un convoi allemand : avec un lance-flammes, des soldats à moto en grand nombre, des voitures. Peu après, des Allemands ont surgi chez nous brandissant des mitraillettes et cognant contre les cloisons en criant : Terroristes ! Terroristes ! Ils ne montraient aucune hostilité envers nous. C’était chaud… Une demi-heure après, qui voit-on arriver chez nous ? François Potin, le fils de la ferme que nous connaissions bien et qui faisait partie du groupe de Résistants impliqués dans cette affaire. Bien qu’il eût plus de 20 ans, on l’aurait pris pour un adolescent, affolé, pas préparé à contrer ce genre d’attaques. Il avait le visage livide sous son béret basque. Il avait des sabots, ce qui n’était pas l’idéal pour prendre la fuite. Ma mère lui a donné des espadrilles. Tremblant de peur, François est reparti. Il a contourné un champ de blé et est sans doute entré dans le bois de Barac’h. Il courait vers la mort… »

André Offret a été pris à Kermoroc’h et fusillé à Servel.

Edouard Ollivro écrit : « Le 9, un vendredi, les choses tournèrent au tragique : deux Russes, partis en patrouille, ne revinrent pas et leurs cadavres furent découverts près de Kernu. Aussitôt, les « occupants » de Perros et de Louannec partirent en guerre, fouillant les champs et les bois qui, à ce moment, étaient pleins de jeunes gens et d’hommes mûrs, plus ou moins patriotes et plus ou moins armés. Il y eut bagarre ; tout l’après-midi nous parvint l’écho de coups de fusils et de mitrailleuses. Les Français eurent trois tués. De l’autre côté, il y avait également de la casse : deux Russes furent encore tués dans l’après-midi, aisi qu’un officier allemand qu’Andrieux avait eu le temps de blesser mortellement avant de recevoir une grenade sur la tête. »

ECHO…

FRANCOIS LISSILLOUR A LA TÊTE DES RÉSISTANTS DE LOUANNEC...

François Lissillour, en tenue de fusilier-marin.

« La section de Louannec est très bien commandée par un officier marinier, fusilier-marin, François Lissillour. Ce dernier a participé au recrutement des volontaires. Son autorité n’est pas discutée. Un an plus tard il est toujours le chef de section des hommes de Kermaria-Louannec, etc… dans mon bataillon » (extrait d’une lettre que m’a écrite Corentin André, une des figures des Forces Françaises Libres dans le Trégor. Lettre datée du 1 mai 1989)

Plus tard, en 1953, François Lissillour a été, malgré lui, acteur d’un fait divers qui a eu un grand retentissement dans un Trégor, encore sous le choc d’un triple meurtre, trois ans plus tôt. Un marchand de vêtements à domicile avait alors sauvagement assassiné dans une ferme de Prat trois personnes innocentes. Gustave Maillot, c’est le nom du tueur, avait rôdé dans la campagne plusieurs jours après avoir faussé compagnie aux gendarmes chargés de le retenir. Tout le monde se barricadait le soir craignant la venue de Gustave qui fut le dernier condamné dont la tête fut tranchée à Saint-Brieuc.
25 juin 1953, nouveau meurtre. A Lanmérin, cette fois. Melle Jeanne Le Glas, 75 ans, répond aux appels d’un homme qui demande de l’aide. Sitôt la porte ouverte, le rôdeur se jette sur la victime, la frappe à coups de poings, l’achève à coups de hache et la déleste de la coquette somme de 12.000 francs en liquide. Un marin de 21 ans qui vient d’être libéré, dépense sans compter à la fête de la Saint-Jean et dans les bars de Lannion. Ce qui va le perdre… Quand les soupçons se portent sur lui, Jean Cottel prend la fuite dans la campagne. Le 2 juillet, François Lissillour, inséminateur artificiel, est de service dans une ferme de Kermaria-Sulard où il administre à une vache la semence d’un taureau sélectionné du Centre départemental de Créhen. Alors qu’on annonce la présence de Cottel (« le fauve aux yeux d’ange » comme le dénomma le magazine national « Détective ») dans un champ voisin, François Lissillour ne fait ni une ni deux. Il se lance à la poursuite de l’assassin qu’il neutralise et remet à des gendarmes reconnaissants !

Couverture de Detective, N° 367 du 13/07/1953
Lannion - Le Fauve aux Yeux d´Ange - Jean Cottel qui massacra Jeanne Le Glaz à Lanmérin.

SOUS L´OCCUPATION ALLEMANDE...

Marie Esquenet témoigne...
Marie Le Grossec, épouse Esquenet, 86 ans, passe sa retraite à Truzugal. C’est dans cette maison qui jouxte le Camping Ernest Renan qu’elle a passé son enfance et son adolescence avant de rentrer dans la vie active. Sa carrière, elle l’a passée à Argenteuil en tant qu’enseignante et à l’Ecole Normale d’Auteuil en tant que conseillère pédagogique. Elle se souvient de ces années de guerre.

La maison de Marie à droite jouxte le camping. Sa famille fut priée de quitter les lieux pendant l´occupation et la maison fut transformée en un abri de chantier.

Marie Esquenet : « Au début, l’Occupation allemande n’était pas trop contraignante, mais rapidement dans la vie quotidienne, la présence s’imposait : il était interdit de se rassembler au-delà de trois ou cinq personnes, de s’amuser puisqu’un bal de noces était un acte clandestin. Interdit aussi de circuler pendant le couvre-feu et obligation de respecter la défense passive en calfeutrant toutes les ouvertures laissant filtrer un faisceau de lumière à la nuit tombée. Mise en place des cartes d’alimentation avec tickets de rationnement (alimentaires et vestimentaires), des répartitions de classes d’âges(E, J1, J2, J3, A) déterminaient les rations toujours insuffisantes (pain, sucre, café, charbon, huile…, vin et tabac). Le système de troc fonctionnait mais certains – ou beaucoup – en ont abusé en pratiquant le marché noir !
Personnellement, je n’ai jamais souffert de la faim. Nous vivions en autarcie ma mère et moi et mes oncles étaient agriculteurs… Par contre, j’ai eu froid, souvent. Le charbon était rare et le seul foyer était le fourneau ou parfois la cheminée. Heureusement, le combustible bon marché était à proximité : les branches mortes du Bois de Pins, attenant ou presque et, bien sûr, les pommes de pin.
Les hommes, valides, majeurs, étaient réquisitionnés pour des journées ou corvées de travail obligatoire. Les agriculteurs – ou agricultrices nombreuses parce que les hommes étaient prisonniers- se voyaient imposer la livraison de denrées alimentaires de toutes sortes. C’était la réquisition.
L’armée d’occupation appréciait les produits du terroir et aussi les expédiait en Allemagne. C’était l’exploitation du pays occupé.
J’étais au Collège des jeunes filles à Lannion. Mon père qui faisait les campagnes de pêche à la morue à Saint-Pierre et Miquelon, embarquait au port du Dahouët près de Pléneuf. Avant de partir en campagne, il nous avait fait un abri souterrain dans lequel nous devrions nous terrer en cas de bombardement. Je me demande aujourd’hui si la structure aurait été assez solide pour résister à des obus.

À partir de 1942, on a commencé à sentir un changement. Il y avait de plus en plus de restrictions et de plus en plus d’impositions : fournir du lait, des œufs. Les pères de familles nombreuses qui n’étaient pas partis à la Guerre devaient faire un certain nombre de journées de travail, une sorte de STO en France ! Les Allemands se sentaient les maîtres du pays…
Un Officier allemand qu’on appelait « L’interprète », un personnage imposant se promenait à cheval avec la prestance d’un aristocrate. Cet homme racé parlait aussi le breton et voulait visiblement s’immiscer à la population. On a appris plus tard que cet Officier allemand était de … Quimper et qu’il faisait partie de ces autonomistes qui avaient signé une sorte de pacte avec Hitler. L’Officier et sa troupe représentaient au château de Barac’h une sorte de présence politique tandis qu’à Ker Awel, près du blockhaus, on notait une présence militaire.
Edouard Ollivro écrit au sujet de ce personnage : « Ce gaillard avait tous les vices et les portait bien sur la figure ; il n’était jamais à court de moyens lorsqu’il s’agissait d’épouvanter les paisibles citoyens que, pour la plupart, nous étions demeurés. Il était ivre à chaque fois que nous le voyions et se promenait toujours avec, dans une main, son pistolet chargé, et dans l’autre, une grenade à manche, à moins qu’il ne tînt en laisse un molosse dont les crocs étaient loin de m’inspirer confiance.
A peu près chaque nuit, « l’interprète », accompagné de quelques Russes, partait pour visiter quelques fermes. Le lard disparaissait ; les poules aussi ; et pour fêter ses larcins, notre gaillard ne manquait jamais de faire quelques exercices de tir sur le chemin du retour… Tous les jeunes gens de Louannec avaient fait, au moins une fois, le serment d’avoir sa peau ; mais on le laissa partir en paix… »  

A partir de 1944, les Allemands minent tout le littoral. Toutes les entrées de fermes sont barrées par des traverses de chemin de fer pour entraver l’avancée des chars alliés à l’intérieur des terres en cas de débarquement. Des mines flottantes interdisaient l’accès de la côte aux bateaux. Au même moment où la ferme de « Titig » Trémel a été incendiée, un Officier de la Wermarch est venu nous dire qu’il fallait quitter notre maison. Il était désolé de nous l’apprendre et il s’excusait presque. Il a fallu s’exécuter. Le jour où on m’a appris, en revenant du collège que je n’avais plus de maison, tu ne peux te rendre compte de l’effet que ça m’a fait ! Nos meubles avaient été stockés dans un grenier chez Amédée Le Maillot, au bourg. Notre maison était devenue une sorte d’abri de chantier pour les ouvriers du « STO local » qui coulaient les plots en béton sur la grève avec des camions Todt.
Aux fils barbelés qui barraient l’entrée de notre jardin était accrochée une pancarte peinte en noir : « Achtung Minen » sur laquelle se détachait en blanc l’avenant pictogramme qu’est la tête de mort…)

UN NOYAU IMPORTANT DE RÉSISTANCE A ROSMAPAMON…

« Pour aller à Convenant Sant-Erwann près du Vouster, j’avais l’autorisation de M. Delmasure de passer par l’allée de Rosmapamon. A une condition, celle de faire motus et bouche cousue. Je peux dire aujourd’hui que je me souviens bien de deux hommes qui étaient là : un de Paimpol et un autre de Paris et de François Hamon de Pont-Couennec. Tous étaient à Rosmapamon, sous une fausse identité, pour échapper au STO. J’ai vu des hommes en armes cachés derrière des touffes d’hortensias.
Je sais que Mme Delmasure avait coupé un câble téléphonique souterrain qui passait dans sa propriété. Elle avait rebouché le trou avec tellement de délicatesse qu’on ne pouvait pas reconnaître l’endroit où elle avait accompli son acte de résistance

Claude Londres, 70 ans, est né après le départ des Allemands. Mais Claude a beaucoup écouté et appris de son grand-père et de sa mère. Au détour de l’entretien, on devine et on découvre les connaissances et la culture qu’il a emmagasinées auprès de son grand-père : botanique (Claude est une référence dans ce domaine), littérature, histoire, musique classique, héraldique… « J’ai eu l’éducation d’un aristocrate ruiné ! » plaisante-t-il. Claude s’est aussi intéressé par ce qu’il s’est passé à Rosmapamon pendant la Guerre 39-45. De toute évidence, il s’y est déroulé des actions de Résistance, sans doute en dehors des réseaux traditionnels et locaux qui oeuvraient pour l’essentiel dans la mouvance du Parti communiste. Idéal qui n’était pas la tasse de thé de Félix Delmasure, royaliste et antidreyfusard…

ROSMAPAMON PENDANT LA GUERRE…
LE PRÉPOSÉ AUX COCHONS ÉTAIT…AVOCAT !

Claude Londres commente:
« Ma mère a caché des gens qui venaient d’un peu partout. Quand les Allemands rôdaient dans le quartier, ces gens-là allaient se cacher dans une grotte située au fond du bois de la propriété, dans la vallée du Truzugal. Ils n’en ressortaient que lorsque ma mère soufflait dans un coquillage - une conque – souvenir de Martinique rapporté par mon oncle Jean.
L’un de ses pensionnaires était américain. Malgré les efforts de ma mère pour l’atténuer, son accent fort trahissait ses origines. Ma mère lui conseilla de se taire, d’afficher un sourire en remuant la tête et de nourrir les cochons dont l’odeur éloignerait les importuns. Ma mère le promut donc « idiot du village » qui donna des nouvelles à la fin de la guerre de son cabinet d’avocat aux Etats-Unis ! »

Quelle surprise !
« En 1944, ma mère vit une Jeep remplie de soldats américains arriver à la ferme. Le conducteur en est sorti, s’est dirigé vers ma mère en ôtant ses lunettes. Ma mère dit en souriant : « Grand idiot, tu m’as bien eue ! » C’était mon oncle Jean – donc frère de ma mère – qui, engagé dans le 17ème de Cavalerie américain de Patton, avait fait un détour pour saluer sa famille. Ma mère n’avait pas vu son frère depuis si longtemps … »

Une mini-rizière à Roc’h Gwenn !
Mon grand-père parlait plusieurs langues dont l’anglais littéraire. Un jour, un Officier allemand vint le voir pour lui demander du terrain. Mon grand-père refusa. L’Officier qui n’était pas Nazi lui expliqua que c’était pour occuper des prisonniers annamites (Annam = partie centrale du Viêtnam) qui devenaient nerveux. Que s’ils devaient s’échapper, ils seraient vite repérés de par leur apparence asiatique. Mon grand-père répondit que pour ces soldats, le terrain serait disponible et gratuit. Le lendemain, les Annamites arrivèrent, escortés par des soldats en armes. Mon grand-père dit à l’Officier qu’il ne voulait pas d’armes sur ses terres. Celui-ci accepta à une condition : si un prisonnier s’échappait, mon grand-père serait tenu pour responsable. Les Annamites se mirent à cultiver du riz qu’ils mangeaient en complément des légumes donnés par des agriculteurs chez qui ils participaient aux travaux des champs.
Ma mère préparait leurs repas. Elle tapait dans ses mains pour les prévenir quand c’était prêt. Un prisonnier lui avoua en souriant que, dans leurs coutumes cela ne se faisait pas. On frappait seulement dans les mains dans leur pays pour faire rentrer les poules !
Un seul prisonnier ne travaillait jamais parce que chez eux il était interdit aux intellectuels de participer à des travaux manuels. Il avait des ongles recourbés d’une bonne dizaine de centimètres. Il se laquait les dents en noir et mettait des cales en bois pour garder la bouche ouverte le temps du séchage.
Un autre Annamite surprit beaucoup mon oncle en rattrapant un lapin qui courait dans un champ !
Plus tard, ma mère, Sergent à la DGER (Services secrets de de Gaulle) à Paris, sous les ordres de la cousine du Général Leclerc, rencontra dans un train l’un des Annamites, Bui-Thi, devenu à son tour chef d’un camp de prisonniers allemands cette fois où il revit avec surprise l’Officier allemand qui avait été humain avec eux et qui eut droit à un régime de faveur. »
Note : Pierre Pérazzi se souvient : « Ces prisonniers asiatiques dormaient la nuit dans l’allée de boules du Café Marie Adam au Bourg. Combien étaient-ils ? Peut-être une vingtaine. Ils nous faisaient des bagues avec des pièces de monnaie… »
Avant le remembrement, chaque champ, chaque parcelle cadastrée portait un nom : selon la taille (Park Braz = Grand champ), selon un détail lui afférant (Park Ar Min Gwen = Le champ de La Pierre Blanche), selon sa situation (Park ar Leur = Le champ près de l’aire de battage ; Park ar Chapel = le champ près de la Chapelle), selon une portée historique (Park ar Groug’h = Le Champ où on pendait les coupables, près du Château de Barac’h). Nicole Chapelain dont le père Yves Rolland a tenu la ferme de Roc’h Gwenn rappelle qu’un de ses champs était appelé « Le champ des Chinois », ce qui atteste de la présence de ce groupe « d’Annamites »
Culture du riz à Louannec ? Techniquement possible si l’on se réfère à l’expérience menée actuellement par un certain Alexandre Riès qui s’est lancé dans cette culture dans la région de Dinan.

De gauche à droite, Louise Delmasure, « l’Annamite » Bui-Thi, Jeanne Hoeff-Delmasure et Félix Delmasure.

Grande frayeur…
Un jour, un groupe de Russes blancs engagés dans l’armée allemande par nostalgie du régime tsariste et par haine du système communiste, investit la ferme et pousse à coups de crosses mon jeune oncle Félix et ma mère dans la maison. Les soldats découvrent un poste de TSF que mon oncle, imprudent, avait fabriqué. Tous deux se retrouvèrent devant le bâtiment, tenus en joue par les Russes qui s’apprêtaient à les fusiller. Un Officier allemande arriva juste à ce moment-là et dispersa les soldats. Les jours qui suivirent, ma mère fut quitte de s’aliter avec une bonne jaunisse, conséquence de sa peur…
Ma mère et mon oncle virent un jour arriver à la ferme François Hamon, un ami de la famille dont les parents habitaient à Pont-Couennec. Francis avait été frappé à coups de crosses par les Allemands. Peut-être n’avait-il pas respecté le couvre-feu ? Son visage tuméfié bouleversa ma mère. Elle voulut prendre une arme pour venger Francis. Ses frères l’en dissuadèrent…

Bateau allemand naufragé…
En 1944, mes deux oncles – comme beaucoup – réfractaires au STO (Travaux forcés en Allemagne) furent conduits à Servel où on leur ordonna de creuser des trous de 2 mètres sur 0.80 mètre. Ils ne se pressaient pas pensant creuser leur propre tombe. C’est alors qu’ils virent arriver un groupe de Bretons éméchés et hilares : « Qu’est-ce que vous foutez là ? Ce n’est pas pour vous ! C’est pour les marins d’un bateau allemand coulé. Il y a plein de corps qui vont arriver ! »

Joseph Rolland se souvient qu’un jour, en allant à l’école, il a vu un camion allemand de l’arrière duquel on voyait sortir et pendre des pieds chaussés de bottes. C’était des Allemands qui s’étaient noyés. Ces deux témoignages peuvent avoir concordance…

Joseph Rolland, 80 ans, habite à proximité de la ferme de Goasquéo où il est né. Il a consacré sa carrière à la marine marchande. Pendant plus de 35 ans, capitaine au long cours, il a sillonné toutes les mers du globe ; les dix dernières années, en tant que Commandant. Enfant, Joseph a beaucoup observé et retenu. Par la suite, il s’est informé auprès de son père François. Ses témoignages sont d’une grande limpidité...

SUR LE LITTORAL LOUANNECAIN PENDANT LA GUERRE…

L’arrivée des allemands en 1940…
Joseph Rolland :
« Un jour de 1940, un Officier allemand est arrivé en limousine dans la cour de la ferme de Goasquéo. Il a visité les lieux. Quelques jours plus tard, il est arrivé avec une quinzaine de chevaux de la Garde mobile de Saint-Malo et avec cinq prisonniers dont l’un, Pierre Le Goff, était originaire de Plestin-les-Grèves. Un Allemand, du nom de Fritz, gérait le tout. Il préparait les chevaux pour les Officiers qui venaient les monter ici. Ensuite, ils sont partis à Barac’h. Comme ils occupaient l’étable, l’écurie, mon père avait été obligé de laisser son bétail au champ. Il n’y a que les cochons qui sont restés à la ferme… »

Nantouar. La ferme des Trémel incendiée…
Selon son petit-fils Michel Derrien, les Allemands n’avaient rien à reprocher à « Titig » Trémel, qui exploitait la ferme de Nantouar. Ils voulaient simplement sécuriser la côte et faire place nette. Un jour, ils sont venus le prévenir qu’ils allaient incendier la ferme. Ils lui ont demandé de trouver une solution de repli, de partir avec famille, bagages et bétail.
Selon Joseph Rolland, les Allemands avaient placé plusieurs dépôts de torpilles - fusées au napalm à la hauteur du virage de la côte qui descend à Pen An Hent Nevez (propriété Rigondeau actuellement). Ils souhaitaient faire des essais de tirs et de calculs de trajectoires. Ils avaient pris pour cible la ferme de Nantouar qui pourrait servir de point d’échanges terre-mer. Les Allemands sont arrivés chez Trémel à 4 heures du matin. Je pense que c’était en avril 44. Mon père, prévenu de l’affaire, a accueilli « Titig » et sa famille dans la ferme de Kerguen Vian en attendant qu’on monte à « Titig » une maison en bois de l’autre côté de la route en face de sa ferme partie en fumée. Dans sa ferme d’accueil, « Titig » avait construit un four à pain.
Je me souviens de voir arriver la famille Trémel en charrette, chargée de tout ce qu’elle avait pu sauver et suivie de son troupeau de vaches. Ce matin-là, vers dix heures, depuis la cour de récréation de l’école, on a entendu distinctement le sifflement de l’engin qui a détruit avec précision la maison d’habitation de la famille Trémel.
« Titig » Trémel était un dur à cuire. Ce lutteur breton avait combattu à la Guerre 14-18. Il maniait très bien l’humour trégorrois. A ceux qui lui demandaient son âge, il répondait : Le même âge que Mao Tsé Toung ! (né comme lui en 1893). « Titig » était un passionné de chasse. Il traquait la bécasse avec François Rolland et Germain Darrort. Dans ses vieux jours, « Titig » n’avait pas renoncé à cette passion. Lors de ses sorties, il emportait avec lui une chaise ou un fauteuil pliant pour se reposer quand le besoin se faisait sentir.
On disait à Louannec, quand on voyait deux chapeaux dans une voiture : « C’est « Titig » Trémel et François Rolland ! »

La maison d’habitation de la ferme telle qu’elle a été reconstruite au compte des dommages de guerre.
Les Allemands voulaient sécuriser la côte qui était devenue un « no man’s land ». Cette photo, prise sur l’estran en face du camping, montre les vestiges des blocs de béton dans lesquels s’emmanchaient des lourdes cornières de font pliées à angle droit avec un bout taillé en pointe destinées à crever les coques des embarcations ennemies.qui étaient surmontés de tiges métalliques pour contrer tout débarquement. On appelait encore ces structures défensives « hérissons tchèques ».
Les gens de la côte n’étant pas allés pêcher pendant des années, certaines espèces – comme les ormeaux - se développèrent énormément et proliférèrent. Ce qui explique les pêches miraculeuses que faisaient les « bassiers » lors des grandes marées d’équinoxe dans les années 50.

Bombes sur Petit-Camp…
Un avion allemand parti de Servel s’était trouvé aussitôt décollé en difficulté. A Petit-Camp, le pilote se délesta de deux bombes. « J’ai vu les deux cratères ! » précise Joseph Rolland.
« Le champ de patates de mon oncle Jean-Marie avait été complètement éventré. C’était impressionnant ! » confirme Raymond Le Gall.

Un avion se crashe à Kerjean…
« A la Toussaint 1943, j’étais à Kerjean chez mon oncle Jean Rolland, explique Joseph Rolland. Nous étions dans la cuisine. Tout à coup, on entend un avion dont le moteur avait des ratés. Nous sommes sortis dans la cour et nous avons vu un biplan se crasher dans la lande, juste derrière le transformateur. Beaucoup de curieux ont accouru de Louannec, de Trélévern, de Kermaria. Les Allemands ont dû disperser tous les curieux qui s’étaient entassés sur les talus. On nous a dit que les aviateurs avaient eu la vie sauve. Les jours suivants, la carlingue de l’appareil a été évacuée, ne laissant que quelques débris et quelques fragments de mica. »

Se n’eo mann ebet (= Ce n’est rien du tout !)
Joseph Rolland : « Les gens de la commune devaient une journée de travail aux Allemands - je ne sais plus si c’était une journée par semaine, par quinzaine ou par mois – Chaque fois que mon père, cultivateur à Goasquéo, y allait, il faisait en sorte de recueillir des renseignements. C’est ainsi qu’il apprit par la bande que son champ, juste en dessous du parking de Pen-an-Hent-Nevez, allait être miné. Du coup, il devança les Allemands en y semant du blé. C’était en 1943. Comme il savait que la récolte n’irait pas à floraison, il nous fit conduire les vaches pour brouter le blé en herbe. Les Allemands avaient construit au bas de la route un mur épais en chicane. Les vaches s’étaient tellement goinfrées qu’au retour, elles avaient du mal à passer la chicane ! Arrivés à hauteur de la ferme Corre – ou près de chez Charles-Yves Godé, si tu veux- on entend une forte explosion et on voit une demi-main humaine qui tombe dans la poussière du chemin. Ernest Denis, commis à la ferme, m’accompagnait. Il a pris la main et l’a jetée dans le fossé en disant : « Se n’eo mann ebet ! » (= Ce n’est rien du tout). Je n’ai jamais su s’il a dit cela par haine de l’Allemand ou pour vouloir me protéger, moi qui n’avais que 8 ans. Deux soldats allemands s’étaient fait exploser dans le champ en y installant des mines. Les Allemands qui vinrent constater les dégâts demandèrent à la ferme Corre une couverture pour envelopper les corps, couverture que la fermière se plaignit de n’avoir jamais récupérée ! Cet épisode sanglant ne m’a pas trop choqué… A ce moment-là, il était impossible de descendre à la grève. Il y avait deux canons de 77 dans la lande : l’un juste au-dessus de l’actuelle digue et l’autre dans le blockhaus qui communiquait avec la maison Tassel (bâtiment de commandement) par un tunnel aménagé.
Les champs du bord de mer ont été minés au cours du printemps et de l’été 1943. »

Fouilles à la ferme de Goasqueo…
« Au printemps 1944, les Allemands s’aperçurent que des mines disparaissaient. Or, celles-ci servaient d’explosifs aux Résistants pour faire dérailler les trains. Du coup, le 5 juin 1944, les Allemands sont venus fouiller la ferme en pleine nuit. Ce qu’ils firent aussi chez tous ceux qui avaient travaillé pour eux quelques jours auparavant dans le cadre du travail obligatoire. »

La pompe à vélo…
« Un architecte de Lannion dont je ne me souviens plus le nom, venait souvent à la maison recueillir des informations sur les fortifications de Louannec. Il avait toujours en main sa pompe de vélo. Quand il arrivait, nous les enfants, nous étions priés d’aller voir ailleurs…
En août 44, cet architecte, accompagné de trois Officiers américains est venu à la maison. Après avoir pris l’apéritif, ils sont allés ensemble sur les lieux désertés par les Allemands. Preuve qu’il y avait des relations étroites avec cet énigmatique architecte lannionnais.
Notre père nous a confirmé, après la Libération, que la pompe à vélo servait bien à faire transiter des plans et des documents de diverses origines qui étaient parfois dissimulés à la ferme. »

François Rolland sur son tracteur Ferguson tout neuf en 1947. C’est le début de la mécanisation de l’agriculture dans les fermes de Louannec les plus en pointe.

Un personnage trouble…
« Il s’appelait B. et réparait des vélos à Kermaria-Sulard. Il avait une moto et il ne passait pas inaperçu à cette époque. Le voilà qui arrive à la ferme et annonce tout de go à mon père : « Je viens chercher les roues de la voiture de ta belle-mère ». C’était une 201 Peugeot couleur bordeaux dont les roues avaient été cachées dans la grange dans un grenier au plancher sommaire. Comment B. avait-il eu connaissance de la présence de ces roues chez nous ? « Je prends une échelle et tu vas monter là-haut » lui dit mon père. Une fois B. dans le grenier, il retire l’échelle et ferme la cave à double-tour. Mon père le libéra au bout de quelques heures. Il signifia à B., qu’étant connu pour ses exactions, il allait devoir rendre des comptes à la Résistance qu’il prétendait représenter ! A la Libération, on ne revit pas B….

Au nez et à la barbe des allemands…
Un temps fut, les Allemands montaient la garde sur le haut du clocher. Munis de jumelles, ils scrutaient l’horizon, surtout côté mer d’où ils craignaient le pire. Comme sœur Anne, ils n’ont rien vu venir ! Pas plus qu’ils n’ont détecté les allées et venues des Résistants qui avaient fait, quelques dizaines de mètres en dessous d’eux, une planque d’armes dans un caveau du cimetière…

Fou rire…
« Un soir d’été, vers 23 heures, mon père, « Titig » Trémel et un ou deux autres copains revenaient de Truzugal en se marrant comme pas possible. A cette époque, il y avait un petit train de wagonnets qui allait jusqu’au bout du Kinn chercher des galets qui étaient concassés et qui servaient à la construction des blockhaus et des fortifications érigées par l’organisation Todt. Pour alimenter la locomotive, il y avait à l’emplacement du Camping actuel, un grand tas de charbon qui avait pris feu. Acte volontaire de résistance ou cause accidentelle ? Toujours est-il que, la marée étant basse, ça compliquait le ravitaillement en eau. Un pompier plongeait la crépine dans le ruisseau de Truzugal. Lorsque la pompe fonctionnait, il faisait en sorte de la désamorcer pour faire traîner l’affaire ! Un moment donné, un soldat qui dirigeait les opérations, tournait le dos au pompier qui tenait la lance. Celui-ci reçut le puissant jet et fut propulsé face contre terre dans une rigolade générale ! J’ai le souvenir d’entendre à la ferme mon père et ses amis raconter cette histoire. Ils en riaient toujours… »

PS : Marie Esquenet m’a confirmé que le feu avait été provoqué par un Résistant qui s’appelait Cozannet. Il nous a dit : « Ne craignez rien pour votre maison. J’ai bien attendu que les vents soufflent assez fort de l’ouest ! »

Déminage en septembre 44…
« Les prisonniers allemands allaient déminer, munis de « poêles à frire », encadrés par le service officiel de déminage. Mon père signifia qu’il n’avait besoin d’aucune aide pour déminer son champ près de la mer. Comme il avait surveillé du haut de la falaise au moment de la mise en place des engins, il savait que les mines étaient placées en rangées. A genoux avec Ernest Denis, ils ont coupé la paille noircie à la faucille pour accéder aux mines anti-personnelles. C’était des boîtes en contreplaqué avec un système à bascule qui chassait la goupille et qui devait déclencher le système de mise à feu. Ils avançaient de façon méthodique. Beaucoup de mines qui avaient pris l’humidité ne fonctionnaient plus. A la fin de leur long travail, quand ils ont passé la charrue, ils se sont aperçus qu’ils n’avaient oublié qu’une seule mine qui a explosé quand ils l’ont jetée dans la grève...
Au bout du champ, c’était autre chose. Là, il y avait 300 mines antichars. »

Le départ des Allemands…
« Quand les Allemands ont vu que ça commençait à sentir le roussi pour eux, ils ont quitté Louannec, précise Joseph Rolland. Pour assurer le déménagement vers Servel ou vers Perros – je ne sais plus exactement où – ils ont réquisitionné une charrette et des chevaux à la ferme. Ernest Denis y est allé. Sur le coup de midi, avant de partir, les Allemands ont fait exploser trois dépôts de torpilles. Notre maison a tremblé de toutes parts. Ma mère Julienne qui faisait des beignets s’est retrouvée, hébétée, dans un nuage de poussière ! Le toit de la grange avait été soufflé. Le feu avait pris dans un champ de blé, à proximité…
Le lendemain matin, on a évacué la ferme. Le troupeau de vaches fut parqué dans un champ et les chevaux accompagnèrent la famille dans la vallée du Truzugal. Après avoir fait exploser les dépôts de torpilles, les Allemands ont repris à pied la route de Perros. Ce furent les derniers bruits de bottes à Louannec… »

La propriété de Françoise Le Jannou (Propriété Tassel pendant l’Occupation) s’étend sur un hectare et demi entre la route qui descend à la grève de Pen An Hent Nevez et le chemin piétonnier. C’est là qu’étaient basés une centaine de soldats allemands chargés de veiller sur la côte. Le poste de commandement se trouvait dans cette villa.
Ce bâtiment se trouve dans la propriété de Ker Awel à l’extrémité du souterrain qui remonte depuis le blockhaus. Il servait de toilettes pour les hommes de troupe qui, pense-t-on, bivouaquaient dans le souterrain puisqu’aucun baraquement n’était visible dans la propriété.

AUTRES TÉMOIGNAGES:

Démineurs en culotte courte…
Yves Crocq, 86 ans, carrière d’artisan plombier-chauffagiste à Kermaria-Sulard, habitait dans la côte de Louannec. Il se souvient : « Un jour, juste après la fin de la Guerre, on se promenait dans les champs du côté de Gravélen, Jean-Claude Rolland et moi. Peut-être qu’on cherchait des nids ? On avait 14 ou 15 ans. Tout à coup, on voit un objet bizarre sur le talus. On a reconnu une mine avec sur le dessus un carré rose avec un trou au milieu. Comme on avait vu « Titig » Trémel déminer, on s’est dit : On va faire pareil ! On a posé une mèche, on l’a mise à feu et on est allés se planquer. Nos parents avaient entendu le bruit de l’explosion. On a dû avouer à François Rolland que son champ n’avait plus une seule entrée (toul c’har), mais deux ! »
Yves Crocq dit encore : « Enfant, je n’allais pas traîner du côté de Ker Awel où se trouvait le point de ralliement des Allemands. On avait peur d’eux. Finalement, la vie sur la côte était assez dangereuse. C’est pourquoi nos parents nous confiaient à notre grand-père qui vivait à Tonquédec. »

Deux cochons embarqués à Petit-Camp !
Jean Nicolas, maire honoraire de Louannec, avait alors 7 ou 8 ans. Il habitait à Petit-Camp, côté Brélévénez. Son père élevait deux cochons, ce qui était un luxe par ces temps d’occupation allemande et de privations.
Jean raconte : « Un matin, mon père trouve la porte de la crèche ouverte et remarque des flaques de sang sur le sol. Une enquête avait été menée de façon conjointe par les gendarmes allemands et les gendarmes français. A chaque trace de sang sur la route était placé un petit piquet. La piste avait mené les enquêteurs vers les coupables : deux soldats allemands qui, dit-on, furent déportés en Sibérie… » Sans doute, des Russes blancs…

GUERRE D´INDOCHINE (1946-1954)

Cette Guerre a coûté la vie à trois Louannécains : François Dagorn, Elie Lageat et Georges Le Penven. Rappelons que ce conflit s’est terminé par l’humiliante défaite de la France dans la cuvette de Diên-Biên-Phu.

Georges Le Penven, second maître-mécanicien à bord du remorqueur « Impérieuse », n’avait que 32 ans quand la terrible nouvelle de sa mort a été communiquée à sa famille. Il laissait trois enfants orphelins en bas âge : Jacqueline, Christian et Madeleine qui furent déclarés « pupilles de la Nation » et élevés par leurs tantes au bar-restaurant du Bourg. Quelque temps auparavant, le jeune militaire écrivait à sa famille : « Je me demande à quoi servent les médecins », faisant référence à une maladie dont il essayait dans les lignes qui suivaient de cacher l’issue qui se dessinait. Un télégramme émanant de sa hiérarchie demandait quelques jours plus tard « de prévenir avec ménagement sa famille de la gravité de son état physique ».

Le corps de la victime ne fut rapatrié à Louannec que deux ans plus tard, comme le confirme cet article sous le titre « ULTIME RETOUR » paru dans l’Echo Perrosien (août 1950) :
« Le dépôt mortuaire de Guingamp vient d’aviser la Mairie que, le lundi 21 août à 15 heures, le camion du Centre de dispersion déposera à Louannec le cercueil contenant la dépouille mortelle de M. Georges Le Penven, second maître mécanicien, décédé à Cholon (Indochine) le 10 juin 1948.
Les diverses associations, anciens combattants, FFL, etc… sont instamment priées d’assister à la réunion du corps et ensuite aux obsèques qui auront lieu à 16 heures en l’église de Louannec. »

GUERRE D´ALGÉRIE (1954-1962)

Contrairement à la commune voisine de Trélévern qui a perdu deux de ses jeunes citoyens au cours de cette guerre, Louannec a eu la chance de ne déplorer la mort d’aucun des siens.
Dans ces années de conflit, trop nombreux étaient les jours où figurait dans les pages d’Ouest-France et du Télégramme un article sur deux colonnes avec la photo d’un soldat et avec le titre : Mort pour la France. Rappelons qu’on appelait pudiquement cette période trouble « Evénements d’Algérie » pour n’avoir pas à prononcer le mot « Guerre ».
Si l’on met en parallèle le nombre de soldats tués dans ce conflit (30.000) avec le nombre de communes de France (40.000), on obtient le bilan d’un combattant disparu par commune...

MAURICE LEGRAND DANS L’ENFER DE SOUK AHRAS. IL TEMOIGNE...

Retour d’opérations. Maurice est au volant de son half-track. A ses côtés, le radio.

Né à Paris, dans le XIVème, en 1939, Maurice Legrand est placé par l’ADASS, à l’âge de 13 ans, dans la ferme de la famille Bourdellès à Mabiliès. L’adolescent a en charge le soin du bétail : un troupeau d’une vingtaine de laitières, des génisses et quelques veaux. C’est à ce moment aussi que Louis Bourdellès se lance dans l’élevage intensif de poules pondeuses. Ceci s’ajoutant à cela, il y a de quoi occuper un emploi du temps quotidien sans « creux ».
Le p’tit Parigot assume sa tâche à la satisfaction de ses employeurs. Il les surprend même par sa curiosité intellectuelle, par son esprit d’initiative, par la rapidité avec laquelle il comprend, apprend et parle breton qui était la langue en usage dans les fermes. Du coup, Pierre Bourdellès lui dit : « Tu es moins con que les autres (ndlr : ceux qui l’avaient précédé à ce poste), tu ne resteras pas à la ferme ! Tu feras mieux.» (1)
A 17 ans, Maurice entre en apprentissage au Centre de formation accélérée de Langueux, puis c’est la vie active avec en poche le diplôme de plombier-chauffagiste.
A 20 ans, il est appelé sous les drapeaux. Il fait ses classes dans la Cavalerie en Allemagne, conscient que trois mois plus tard, il sera de l’autre côté de la Méditerranée. Ce qui ne tarde pas à arriver.
Le voici bientôt dans le bled, dans les Aurès. Pilote de blindés, il patrouille du côté de Boud el Frazi , fouille les mechtas, assure en somme la sécurité avec ses camarades de régiment . « Nous étions assez peinards, commente le jeune appelé. Ce n’était pas la grosse guerre. »
Mais les choses vont changer lorsque Maurice est affecté dans un autre secteur, dans l’enfer de Souk Ahras pour veiller sur un barrage électrifié servant de frontière entre l’Algérie et la Tunisie. Cette zone, c’est du pain bénit pour les rebelles qui trouvent rapidement et aisément des solutions de repli. « Tu ne peux pas imaginer, dit-il avec des sanglots dans la voix, comment on se faisait allumer alors que nous faisions des opérations de déminage avec des poêles à frire. Quand il y avait un grand ratissage, nous partions à 5 ou 600. Quand on était encerclés, les radars prenaient les points de départ des tirs adverses. Mais le temps que la réplique vienne, on en avait pris plein la gueule. S’il n’y avait pas eu les frappes de l’aviation, je ne serais en train de te parler de çà aujourd’hui ! Quand on montait à l’assaut, les harkis et la Légion passaient devant. Les jours où ça sentait vraiment la poudre, on nous remettait une petite bouteille qui contenait un liquide sans doute destiné à maîtriser notre peur. Les gradés, pourtant militaires de carrière, nous disaient : Allez, les jeunes, foncez ! Vous n’avez pas de familles, vous !

Un jour, j’étais planqué sous un half-track avec deux copains Aït Chelouch et Gilbert Pazetti. Alors que les éclats d’obus et de mortiers tombaient autour de nous comme de la grêle, on a été pris d’une crise de fou rire ! Ensuite, pendant trois jours, on a vécu une sorte de peur rétrospective qui nous a presque paralysés.
Quand les échanges de tirs avaient cessé et que le calme était revenu, c’était l’horreur d’aller récupérer les corps mutilés et calcinés des camarades de combat restés au tapis.
Bonjour la Convention de Genève qui interdit l’usage du napalm en temps de guerre ! Je reste convaincu qu’un soldat, issu de l’ADASS comme je l’étais, était considéré comme un Breton inculte à la Guerre 14-18. On n’était que de la chair à canon…

J’ai apprécié de retourner en France après plus de 20 mois passés non-stop dans ce guêpier. Cinquante ans après, un copain de galère qui habite maintenant à Aix-en-Provence, est venu me voir à Perros-Guirec. On est tombés dans les bras l’un de l’autre et on s’est mis à chialer. Comme des gosses… »

Une période difficile à évoquer, même 60 ans plus tard...


(1) Autant la profession d’ouvrier agricole est reconnue aujourd’hui et validée par l’obtention de diplômes comme le Bac Pro et le BTS, autant l’ouvrier agricole représentait dans les années 50 le plus bas de l’échelle sociale. C’était devenu la profession de mon père quand la culture du lin a émigré de Bretagne vers la Normandie. Cette catégorie professionnelle, assez nombreuse et miséreuse, était sans aucun doute la plus touchée par l’alcoolisme dans le Trégor et en Bretagne. Très jeune, j’ai accompagné dans les travaux des champs ces gens durs au mal et travailleurs. Le jour où je pouvais leur dénicher une bonne bouteille de cidre ou une bouteille de mauvais vin d’Algérie (Santa Rosa, l’ami de l’estomac ! La Grappe fleurie ou Gappillru), ils m’accueillaient mieux que si je leur avais remis un ticket gagnant du loto ! C’était l’époque où, pour écouler l’excédent des productions des vins d’Algérie, alors département français, le Ministère de la Santé avait décrété que la consommation quotidienne d’un travailleur manuel devait être d’un litre. Beaucoup d’entre eux dépassaient la dose prescrite. Un pinardier « Le Sloughi » faisait la liaison Algérie – port de Tréguier où les négociants du Trégor allaient remplir leurs cuves. Les plus entreprenants de ces journaliers agricoles – ceux qui voulaient remplacer la margarine par un peu de beurre frais dans le fond de leur marmite – se sont engagés comme manœuvres auprès des entreprises du bâtiment. Un saut de puce dans la hiérarchie sociale ! J’ai souvent fait équipe au ramassage de pommes de terre avec un certain René C., moustaches en guidon de course. Je l’ai vu pour une bouteille de vin avaler une vipère en moins de deux ! Il faisait alors partie de l’équipe qui construisait le château d’eau de Mabiliès. A la fin de chaque battage, il restait des mulots sous les dernières gerbes. René C. faisait le spectacle, toujours pour une bouteille de vin, en avalant un ou deux de ces petits mammifères en guise d’amuse bouche. Je l’ai vu prendre, sur le dessus d’une manne pleine, suite à la dératisation d’un poulailler, un rat mort dont il s’est fait un festin ! Je l’ai vu faire encore pire, mais la décence m’interdit de le relater si je veux éviter de vous couper l’appétit pour quelques jours… Comme on avait le temps d’échanger au cours des longues journées de travail qu’on passait ensemble, j’ai demandé à René : Pourquoi fais-tu tout ça ? – C’est simple, me répondit-il. Pendant la Guerre, j’étais dans l’Ile d’Aurigny, une des Iles anglo-normandes qui était sous le blocus des Allemands. Il a bien fallu s’adapter quand tous les vivres avaient été épuisés … Le pauvre René est décédé dans des conditions assez tragiques et atroces pour avoir confondu une bouteille d’acide avec une bouteille d’eau…


LOUANNEC-SPORTS ET JEUX D´ANTAN.

10 - LOUANNEC-SPORTS, LES TRENTE GLORIEUSES

J’ai réservé une place particulière à Louannec-Sports qui a été la fierté de la Cité pendant une bonne trentaine d’années. Le football a été longtemps l’activité unique des Louannécains.
A partir de 1970, l’activité sportive se diversifie. Un nouvel essor se fait, dans un deuxième temps dans les années 90, avec la création de tout un lot d’associations de loisirs et de détente…

LOUIS BOURDELLÈS, UN PRÉSIDENT OMNIPRÉSENT…

On ne peut dissocier Louannec-Sports et le nom de Louis Bourdellès, tant les deux n’en faisaient qu’un ! Louis Bourdellès, agriculteur à Mabiliès, est le frère de Pierre, maire de la commune.
De retour de Pau où il suivi une convalescence d’un an dans un sanatorium, Louis rend officielle l’activité football en créant un club qui adhère à la Fédération Française. Les statuts sont déposés à la Sous-Préfecture de Lannion en 1948 : nom du club, Louannec-Sports ; couleur des maillots : jaune à parements noirs, d’où le nom de Canaris donné aux footballeurs louannécains.

Les débuts sont aussi difficiles que rustiques. Il faut improviser pour dénicher un pré, tondu par les troupeaux ! La situation matérielle s’améliore en 1954 lorsque la commune se dote de son stade municipal. Le Président, toujours à la tâche, veille au bon état de sa pelouse. Il y passe des heures et des heures semant ray-grass. Ensuite, sur son tracteur, il tire tour à tour brise-mottes et rouleau, passe la tondeuse. Reste à tracer le terrain, souvent avec l’aide de Louis Le Calvez... Son équipe fanion formée presqu’uniquement de cultivateurs progresse avec l’arrivée d’une première vague de lycéens comme René Rolland, Lilou Crocq, Jeannot Darrort, Roland Lissillour… Ces jeunes apportent du sang nouveau dans le groupe et une certaine modernité dans le jeu. L’équipe fanion gravit les échelons départementaux. Louis Bourdellès canalise cette progression en faisant signer joueurs et entraîneurs capables d’apporter de nouvelles compétences. Au fil des années, Louannec devient un bastion imprenable et est une exception dans le paysage footballistique du grand Ouest. Tout le monde s’interroge : Comment une aussi petite commune rurale réussit-elle à atteindre un niveau aussi élevé ?
Dans les années 70-80, le stade municipal est envahi par des spectateurs venus de tout l’ouest du département lorsque s’y produisent des équipes comme Paimpol, En Avant (qui ne prend le dessus sur Louannec qu’en 1974, lors de sa première épopée en Coupe de France), Morlaix, le Stade Briochin, Vannes, Le Mans, …

Louis Bourdellès à une réunion de Louannec-Sports, avec Jean-Claude Noël, M. Le Méner,
Claude Pérard et François Saliou.

Louis Bourdellès, dans la vie de tous les jours, élève alors plusieurs milliers de poules pondeuses dans des poulaillers qui se tiennent à l’emplacement actuel des Editions Jack. Dans son « cagibi » (c’est ainsi qu’il appelle le local où il travaille), il conditionne ses œufs et les range dans des alvéoles. Il y reçoit ses amis de passage qui viennent bien sûr parler de football : du lundi au mercredi, on évoque le match passé, à partir du jeudi du match on se projette dans le match à venir ! Sur sa table de travail à côté de sa mireuse à oeufs, des feuilles parfois raturées où figure la formation de l’équipe fanion et d’autres sur lesquelles il a rédigé – toujours avec une pointe d’humour- « Les Piaillements Canaris » : échos du club, appelés à paraître le jeudi dans les pages d’Ouest-France et du Télégramme. Combien de fois les prévisions ont été contredites pendant la Guerre d’Algérie. « Raymond, René, Marcel ou tel autre sera là dimanche » Espoirs déçus pour les supporters inconditionnels que nous étions lorsque le Colonel ne donnait pas la « perm » attendue…
Louis passe, avec passion, 42 ans au service du club : véhiculant tel joueur ou tel autre, ouvrant sa table à d’autres, logeant dans sa maison de Kerscouach un autre. Quand il fait l’inventaire, il constate : « Sur quatre voitures que j’ai eues, j’en ai au moins usé trois pour Louannec-Sports ! »
Sa carrière de dirigeant a été jalonnée de hauts et de bas. Les hauts : toutes les victoires glanées par ses Canaris sur tous les stades de l’Ouest. Les bas : « Les départs qui font mal ! » car Louis vit douloureusement ces mutations qu’il considère comme des désertions ! A certains moments, découragé, il dit qu’il va jeter l’éponge, mais la passion du job reprend toujours le dessus. « Ce qui me plaît, commente-t-il, c’est de voir les résultats de l’équipe, son enthousiasme, mais aussi l’engouement qu’elle provoque tant à Louannec que dans les environs. La camaraderie et l’excellent climat du club sont, j’en suis sûr, à l’origine de ses performances. »
Louis veille jalousement sur son équipe. Quand j’étais responsable des informations sportives à la Rédaction Ouest-France de Lannion, il m’est arrivé de l’avoir au téléphone pour que j’entende son désaccord sur telle ou telle phrase que j’avais écrite. Car Louis lisait entre les lignes ! Ca faisait partie du personnage dont l’épiderme se montrait sensible dès que le commentaire et le jugement ne correspondaient pas aux siens !
Je me suis toujours demandé pourquoi il n’a jamais posé sa candidature pour siéger dans les instances supérieures comme le Comité départemental ou la Ligue de l’Ouest. Son relais habituel avec ces structures était M. Augès, négociant en vins à Tréguier.
La grande silhouette souriante de Louis Bourdellès a cessé d’arpenter les stades du Trégor quand il a quitté la présidence en 1990. Son nom est inscrit en grande lettres à l’entrée du stade municipal.

Caricature de Louis Bourdellès.

La disparition de Louis Bourdellès donne suite à une période d’instabilité à la direction du club. On assiste au niveau de la présidence à quatre changements en 12 ans : Michel Omnès ; Bernard Salvi ; le triumvirat Jean-Yves Le Bozec – Albert Cadiou – Jean-Louis Bobier ; René Rolland. Dans le même temps, des joueurs mutent vers des clubs voisins. Ces handicaps auxquels s’ajoute une situation financière précaire conduisent les dirigeants louannécains à fusionner avec l’US Perros, en juin 2002.
Le nouveau club s’appelle l’USPL (l’Union Sportive Perros Louannec). L’équipe fanion évolue en DRH. Il a une école de foot où 15 adultes bénévoles encadrent une centaines de jeunes.

DES CHAMPS DE BETTERAVES AU STADE MUNICIPAL…

Pour jouer au football, il faut une aire de jeu. On commence avec les moyens du bord. On choisit un champ où les vaches ont pâturé. Peu importe si la pente est prononcée, on fera avec ! Le samedi, Louis Bourdellès enfourche son solex après avoir attaché un sac de plâtre sur le porte-bagage.
Quand le propriétaire du champ souhaite récupérer son bien, rebelote ! Il faut chercher fortune ailleurs, dans un autre pré de la commune. A ce sujet, Louis Bourdellès confie à l’hebdomadaire Le Trégor : « Au moins une vingtaine de prairies ont servi de terrains. On a joué sur des courts, des longs, des étroits, des larges, des en pente des vallonnés, de toutes sortes qui ont servi quelques semaines ou quelques mois en fonction des cultures. »
Pour que s’exprime la vague des jeunes joueurs et pour leur confort, en 1954, un stade municipal est aménagé au bourg.
Le problème est que, dans un premier temps, l’aire de jeu excède de peu (92 m sur 50) les dimensions minimales autorisées. Les équipes battues, mauvaises joueuses, mettent leur défaite sur le compte d’un terrain qu’elles ne jugent pas aux normes. Elles râlent : « On ne peut pas développer notre jeu sur un tel mouchoir de poche ! » Ce qui a le don d’agacer Louis Bourdellès. On dit qu’à plusieurs reprises, il a apporté la preuve par neuf à ses détracteurs, chaîne d’arpenteur en main, que son terrain était règlementaire!

L’équipe de Louannec lors d’un de ses premiers matches dans le stade municipal. En troisième ligne : Pierre Colin, François Guillou dit « Jamier » (caché), Désiré Lucas, trois enfants : Alain Simon, Jean-Paul Simon et Jacqueline Simon. Deuxième rang : Maurice Le Moal, P’tit Louis Damany, Gaby Simon et Louis Le Gall. Accroupis : Yves Rivoallan, Jean Hernot, Raymond Saliou, Bernard Harnais, Edouard Ollivro et Louis Bourdellès. en 1954.

En 1965, alors que l’équipe commence à grimper dans la hiérarchie départementale, la municipalité aboutit après des pourparlers longs et laborieux auprès du propriétaire des terrains voisins à donner des dimensions harmonieuses à l’aire de jeu. Ce qui fait taire les critiques qui avaient cours par le passé !
Le train des Canaris est déjà lancé. Le football connaît un engouement inversement proportionnel à la taille de la commune. C’est le petit qui s’attaque aux gros. Et qui les mate ! Ces combats à la David contre Goliath drainent au stade municipal des foules de supporters venus de tout le Trégor et même au-delà.

LES PIONNIERS…
Les premiers dribbles à Louannec se font en 1923. Un jeune vicaire l’Abbé Le Penven organise dans un champ de Pontallec un match opposant les plus de 20 ans au moins de 20 ans. Parmi ceux-ci, des Louannécains que nous avons bien connus.
Plus de 20 ans : Pierre et Maurice Bouts, Yves-Marie Le Marrec (propriétaire du champ), Yves-Marie Prat, François Rolland (le père de René), Joseph et Amédée L’Hévéder.
Moins de 20 ans : Emile Le Poncin, Pierre Saliou (teilleur de lin), Yves-Marie Daniel, Yves et Paul Nicol, Yves Laeron, Yves Crocq (secrétaire de mairie), Pierre Le Bozec, Yves Michel, Louis L’Hévéder, Arsène Le Martret.
L’Etoile Saint-Yves voyait le jour ce 1 janvier 1923. (D’après un article de Jean-Noël Daniou)

LES VIEUX DE LA VIEILLE…
Ils ont joué sur des prés couverts de taupinières et de bouses de vache. Ils ont tapé dans des ballons pas toujours sphériques. Souvent des « pointus » ! Des ballons qu’on apportait à Petit-Camp chez Pierre Crocq, bourrelier, qui les recousait. Ils se sont quelquefois ouvert le crâne, avec le lacet qui fermait le cuir, en faisant des têtes. Ils ont joué avec des chaussures presqu’aussi dures que des galoches. N’empêche que le plaisir était là et que l’amour du maillot les portait vers la victoire.

Sur la photo de droite: Roger Adam (à gauche) et trois de ses coéquipiers, au début des années 50,
avant un match à Penvénan.
Équipe louannecaine de 1943 à 1948.
Équipe championne de 2ème division en 1956.
L’équipe Louannec battue en finale de la Coupe du Conseil général par Paimpol en 1958.

LES TEMPS FORTS...

La première fois que les Canaris attirent la lumière, c’est en 1958. Louannec-Sports dispute, cette saison-là, la finale du Conseil Général, au Stade Yves Le Jannou de Perros-Guirec, « mouchoir de poche » oblige ! La partie est très disputée. Après 105 minutes de jeu, toujours 0 à 0. Place à la deuxième mi-temps de prolongation. C’est alors que le redoutable avant-centre de Paimpol, Michel Le Bonniec, dit « Moustache », se positionne sur l’aile droite. A ce poste, il fait voir de toutes les couleurs à l’arrière louannécain Yves Trégoat. Jusqu’à marquer 5 buts, à lui tout seul, en l’espace d’un quart d’heure. La note est salée pour les Canaris.
Les Canaris se vengeront de ce premier échec. En 1963, ils disposent de Ploeuc, en finale de cette même épreuve, en l’emportant sur le score de 4 à 0 !

SOUVENIR...
L´ami de Georges Brassens...
Neveu de « La Jeanne » de la chanson, Michel Le Bonniec, le héros de ce match, était un des meilleurs amis de Georges Brassens. J’ai eu l’occasion de rencontrer Michel, dans son appartement, au-dessus de son magasin d’articles de sports à Paimpol. Le fameux buteur a rougi de plaisir quand je lui ai évoqué ce match à Perros-Guirec. Il m’a ensuite raconté une anecdote relative à son ami chanteur qui avait une maison de vacances à Lézardrieux : « Georges venait me voir presque tous les jours. Une fois, il arrive tout heureux. Plus que d’habitude ! – Je lui demande : Qu’est-ce qu’il t’arrive ? - Il me répond : Tu sais, je viens de trouver un mot, une rime que je cherchais depuis deux ans ! » Georges Brassens a toujours dit qu’il construisait ses textes comme son père, maçon, construisait une maison : pierre par pierre.

En 1963, Louannec est champion de première division départementale. Cette année-là, l’équipe compte dans ses rangs Charles N’Doye, joueur de talent, transfuge du Stade Rennais qui tire vers le haut l’ensemble de ses coéquipiers.

Prise de contact entre Louis Bourdellès et Charles N'Doye en 1962.

En 1964, les « Canaris » cassent la baraque en Coupe de l’Ouest. L’équipe en est le Cendrillon, éliminant tout à tour le Stade Paimpolais (3 à 0), le Stade Lannionnais (3 à 1), En Avant de Guingamp (2 à 0), Landivisiau (1 à 0), l’AS Brestoise (1 à 0) avant d’être éliminée, en quart de finale, par Lesneven (0 à 2).
Revenons sur la rencontre face à l’AS Brestoise. A un repas des anciens de la commune en 2006, Jean-Pierre Zérini évoque cette journée épique en date du 19 avril 1964 : « Ce jour-là, devant 2.500 spectateurs, plus de spectateurs que d’habitants dans la commune, les Canaris battent Brest 1 à 0 en Coupe de l’Ouest. L’AS Brestoise est à cette époque l’un des fleurons des grands clubs amateurs de France et elle présente face à nous son équipe-type. Louannec-Sports a la composition suivante : Jean-Yves Lozahic, Marcel Darrort, Lilou Crocq, Jeannot Darrort, Jean-Claude Allain, Jean-Jacques Crocq, Charles Darrort, René Rolland, Charles N’Doye, René-Yves Simon et moi-même (Jean-Pierre Zerini). Sur les onze joueurs, dix habitent Louannec.

Ce jour-là, le public s’installe où il peut. Comme ici sur le toit de la buvette. Ces années-là, on ne parlait pas de mesures de sécurité.
Après le but victorieux de Charly face à l´AS Brestoise.

A partir de cet exploit, l’ascension a été constante vers les sommets de la ligue de l’Ouest qui s’étendait jusqu’au Mans. En montant d’une division en moyenne tous les deux ans, nous avons en 1971 atteint la Division d’Honneur, soit l’élite régionale. On se mesure alors à Vannes, Morlaix, Lamballe, Douarnenez, Saint-Malo et des réserves comme celles des clubs pro comme Rennes, Lorient, Le Mans. Quelle était la potion magique qui animait les joueurs de ce village ? L’esprit de clocher, une grande condition physique, une grande solidarité, de bons entraîneurs. »

Les supporters un jour de match... "Tous avec les Canaris".
L´équipe fanion. 1963-64
Finale de la Coupe du Conseil général à Paimpol en 1963. Louannec bat Ploeuc 4 à 0 ( 3 buts de Jean-Yves Lozahic et 1 de Roland Lissillour)
Coupe de l’Ouest 1964 contre A.S. Brestoise alors vice-championne de France amateurs. Victoire de Louannec-Sports (Promotion d´Honneur) qui marque le début de la merveilleuse ascension des "Canaris"
Le maire jouant avec des footballeurs en herbe.
1965-66. De gauche (bas) à droite (haut) : Charles N’Doye, Yves Colin, Guy Briand, Gérard Quilin, René-Yves Simon. Au deuxième rang : Marcel Darrort, J-Jacques Crocq, Charles Darrort, J-Claude Allain, J-Yves Lozahic, Louis Le Gall, Lilou Crocq.

Le contexte économique est favorable à une séquence sportive plus faste. On est dans une période de plein emploi doublée d’une forte demande de main d’œuvre sur le bassin de Lannion. L’équipe fanion s’étoffe au gré des embauches dans les usines. Elle vit de belles saisons au niveau de la Division d’Honneur, dans les années 70-80.
En plus des joueurs cités dans cet article, on ne peut pas faire l’impasse sur deux éléments qui ont beaucoup apporté au club. Gérard Quilin était un virtuose.

Petit de taille, grand par le talent, c’était un poison pour les défenses adverses. Vif, doté d’un dribble déroutant, il savait mettre l’avant-centre sur orbite. C’était aussi un boute-en-train, un bon camarade. Sa disparition en mer, un jour de grande marée, a été durement ressentie par la famille des Canaris.
Philippe Massot, avec son côté « play boy » était un infatigable pourvoyeur de ballons. Son abattage, son niveau de jeu l’ont conduit ensuite vers la ligue 2 au Stade Lavallois et à Lucé.
Le dernier vol en altitude des Canaris se fait en 1994 en Coupe de France. Louannec (DRH) bat tour à tour Coatréven (Promotion de 1ère division) 1 à 0 ; Plédran (PH) 1 à 7 ; Légion Saint-Pierre (DSR ) 2 à 0 ; Carhaix (DSR) 0 à 4 ; Plounévez-Lochrist (DSR) 2 à0 ; Lanester (DH) 2 à 0 devant 1.200 spectateurs. L’aventure se termina au 8è tour soit 64è de finale, face au Stade Briochin (D2) au Stade Yves Le Jannou de Perros-Guirec devant 3.500 spectateurs.

UN TITRE PASSE SOUS SILENCE EN 1972…
Les cadets a été sacrés champions de l’Ouest en 1972. Ce succès, en son temps, n’a pas fait le « buzz ». Un seul article dans l’album souvenir de Rémi Le Maillot, retenu cette année-là dans la sélection minime de l’Ouest : une photo assortie de 30 lignes. Maigre, le chat ! Pourtant, ces jeunes Canaris, entraînés par Claude Pérard et « couvés » par Jean Chapelain, ont multiplié les exploits. En finale, à La Motte, ils ont battu Lorient (2 à 0). En demi-finale, ils avaient éliminé le Stade Rennais à Louannec (2 à 0) et en quart de finale le Stade Brestois sur son terrain (1 à 0).

Les cadets, en 1972.

Dans les rangs de Louannec , il y avait un joueur qui depuis longtemps est sous les projecteurs nationaux et internationaux : Guy Stéphan, aujourd’hui entraîneur-adjoint de l’équipe de France.

Guy Stéphan.

Guy Stéphan, que j’ai rencontré dans une brasserie des Champs Elysées, près de la Place de l’Etoile à Paris, il y a une dizaine d’années pour les besoins d’une interview, se souvient très bien de cette séquence victorieuse. A l’une des questions bateaux que je lui ai posées : « Quel est le plus mauvais souvenir de ta carrière ? – C’est justement le jour de cette finale. Comme il était acquis que j’allais signer à Perros en même temps que Claude Perard, Louis Bourdellès m’a dit : Eh bien, cette médaille, tu ne l’auras pas ! »
Guy Stéphan, entraîneur adjoint de l’équipe de France, jouait dans cette équipe. Louis Bourdellès vivait son attachement au club avec une telle passion qu’il considérait le départ d’un joueur comme une trahison, comme une histoire de cœur, un divorce qui se termine mal !

Rendons hommage à ces espoirs d’alors et citons : Denis Balcou, Yannick Lascaux, Philippe Saliou, Serge Gelgon, Didier Boeté, Rémi Le Maillot (minime surclassé), Alain Geffroy, Jean-Louis Bouchez, Michel Trémel, Philippe Roussel, Nicolas, Godé. Sont absents sur cette photo : Christian Pezron et Guy Stéphan.
Ont confirmé par la suite Rémi Le Maillot, quatre saisons en N4 à Lannion et autant à Perros ; Michel Trémel qui fit les beaux jours d’En Avant et bien sûr Guy Stéphan, riche d’une carrière professionnelle nationale et internationale en tant que joueur et en tant qu’entraîneur.
Quelques saisons plus tard, Louannec remporte le titre de champion des Côtes du Nord en juniors.

Louannec-Sports 70-71.
En match extérieur en 1975 à Guingamp.

ÉCHOS …

LE BLÉ QUI LÈVE…
Deux manifestations ont contribué à mettre en évidence les futurs talents. La première, c’était lors d’un « Pardon » de Mabiliès, dans les années 50, un match commenté par Edouard Ollivro, opposant les Picous du Bourg à ceux de la campagne.
La deuxième s’est déroulée à Cavan, quelques années plus tard, face à un groupe emmené par Pierre-Yvon Trémel, futur sénateur-maire de sa commune.

MI-TEMPS DANS LES FILETS…
Charlie N’Doye venait d’arriver. Pour son premier match –comme pour les autres d’ailleurs- ses coéquipiers cherchaient à faire bonne figure. C’était à Bégard. Lorsque l’arbitre siffle la mi-temps, tout le monde rentre au vestiaire sauf Maurice G. dit « Coco ». Le gardien était resté faire une petite sieste réparatrice pour finir de se remettre d’une matinée peut-être plus arrosée qu’il ne l’aurait fallu.

DAV DEI … LA TACTIQUE APPROPRIÉE !
A la mi-temps, Charles N’Doye qui avait l’habitude des conseils tactiques des entraîneurs et des schémas au tableau de demander : « Quelle tactique on applique en deuxième mi-temps ? – Dav dei ! » répond du tac au tac son coéquipier Louis Le Gall (secrétaire de mairie à Trégastel). Ce qu’on peut traduire en ces termes : « A fond, les manettes ».
Elémentaire!

LES PÉPECS DE LA COLLINE…
« Les pépecs de la colline », c’est ainsi que les fans de l’US Perros appelaient les Louannécains surtout lorsque se profilait le derby. La réplique était : Et vous, les joueurs de Chicago !
Généralement, jusqu’à Pâques, dans les années 50, Louannec-Sport caracolait en tête de son groupe. Quand arrivait le printemps – c’était un handicap - les joueurs, pratiquement tous cultivateurs laissaient une bonne partie de leur énergie dans les travaux des champs. Ils cédaient alors la première place à une autre équipe. Ce qui s’est produit à cinq reprises en 2ème division de district !

DES JOUEURS DANS LE VISEUR DE CLUBS PROS …
Alors que le club évolue en division de District, Charles Saliou (Coadénec) signe un contrat de non sollicitation au Stade Rennais. En 1956, Raymond Even (Mabiliès), fin dribbleur, suit un stage au FC Nantes après avoir fait une bonne impression dans une sélection régionale qui joua un match amical à Tréguier contre Nantes. Christian Ollivier, gardien de but, a joué une saison au Stade Brestois avant d’être absorbé par son métier d’installateur de cheminées. Philippe Massot, nous l’avons déjà écrit, a été un excellent joueur de Ligue 2. Jean-Yves Mangard a fait partie de la sélection amateurs de la Ligue de l’Ouest à un moment où se disputaient les Interligues.

UN BUT D’ANTHOLOGIE…

Michel Porchou, défenseur, fait confiance à son gardien Rabier, auteur d’un arrêt spectaculaire lors d’un derby Perros-Louannec en 1974.

Match contre le Stade Lamballais à Louannec. Michel Porchou, arrière droit déborde et centre. Reprise de volée instantanée de Jean-Yves Mangard qui fait mouche. Un si beau but que les défenseurs lamballais eux-mêmes sous le charme applaudissent l’action ! Il faut dire que les visiteurs alors initiateurs d’un mouvement appelé « Football Progrès » étaient adeptes du beau jeu. L’un des leurs, d’ailleurs, Claude Trotel est devenu par la suite professeur de football à l’UEREPS de Rennes où sont formés les professeurs d’Education Physique.
Combien de spectateurs parlent encore de ce fameux but !

PLUS POÉTIQUE !
Ce supporter inconditionnel habitait un lieu-dit du nom « Placenn ar Grouc’h » (= l’endroit de la potence). C’est à cet endroit que le Seigneur de Barac’h qui avait droit de justice, pendait les accusés jugés coupables. Emporté par le phénomène Louannec-Sports, le propriétaire des lieux baptisa sa maison : « Ty ar Meleganeg » (= la maison du Canari).

UN CINQUANTENAIRE DIGNEMENT FETÉ…
Ils sont venus de toute la France pour Louannec-Sports. Ils sont tous venus là, même ceux de Bordeaux et de Sète pour fêter les cinquante ans des Canaris. Certains ne s’étaient pas vus depuis des lustres, d’autres ne se reconnaissaient même plus. D’autres ont gardé la ligne de leurs 20 ans, mais pas les jambes. Sur le terrain, ils l’ont senti ! (Ouest-France, 2008)

SOUVENIR...
À LA BONNE FRANQUETTE…

Etant le plus proche voisin de Louis Bourdellès, il m’est souvent arrivé de m’asseoir sur le sac de plâtre et de l’accompagner pour tracer ces aires de jeu rustiques. J’avais 7 ou 8 ans. Ma participation – j’en étais fier – consistait à tenir la chaîne d’arpenteur pour délimiter l’aire de jeu avant que Louis passe les traits de plâtre. Une fois les buts montés, les bouses de vaches les plus fraîches étaient enlevées à la pelle. Une tonne à eau était apportée avec un abreuvoir où les joueurs feraient leurs ablutions après le match. Je me souviens d’une rencontre dans un pré, par un temps glacial, à côté de Coadénec où Louannec avait écrasé Minihy-Tréguier 13 à 1 ! C’était le temps des Becco Porchou, Yves Godé, Pierre Colin, Roger Adam, etc…

DANS LE CAR TARDIVEL…
Les déplacements donnaient lieu à des sorties festives. Le car Tardivel de Perros-Guirec ramassait sur son passage joueurs et supporters à Pont-ar-Saux, à Truzugal, au Bourg et à Mabiliès sous la bienveillante vigilance de dirigeants comme Francis Nédellec ou Alexandre Henry. Pour ceux qui n’avaient pas fait le déplacement, le retour se faisait dans l’attente fiévreuse des résultats. Et ce retour, malgré les faibles distances, se faisait parfois vers 22 ou 23 heures ! Il arrivait même que des supporters soient oubliés en route. Trois d’entre eux durent, une fois, rentrer de Bourbriac à pied ! Ils étaient allés goûter le cidre d’un de leurs amis. Même s’ils nous ont quittés et que, de là où ils sont, ils ne peuvent pas nous entendre, nous ne citerons pas leurs noms… Cette mésaventure n’avait pas échappé au barde de Nantouar, Jean Derrien, qui avait composé en leur honneur une chanson en breton bien enlevée…

REBELLION JUVÉNILE…

Lors des travaux d’aménagement du stade municipal en 1954, nous, les élèves de l’école primaire avions été sollicités, un jeudi matin, pour ramasser les cailloux qui émergeaient en surface. Nous partions de la ligne de but avec chacun un « baner goat » (un panier en bois utilisé pour le ramassage des pommes de terre) si bien qu’avançant tous au même rythme, nous couvrions toute la surface du terrain. Louis Bourdellès était content. Le travail avançait bien. Jusqu’à ce que l’un d’entre nous suggère que toute peine mérite salaire. Boum, un vent de fronde s’est levé dans nos rangs. La question était de savoir si nous aurions notre repas de midi ou si nous aurions un quelconque pécule en récompense de nos efforts. Pierre Philippe qui n’avait pas froid aux yeux et un autre camarade de classe furent choisis pour aller porter nos revendications en haut lieu. Face au refus qui leur fut opposé, je crois que nous avions quitté le chantier prématurément ! Cette rébellion juvénile ne distendit pas le lien – loin de là – entre les jeunes louannécains et le président du club.

RÈGLES DU JEU PAS ENCORE ASSIMILÉES…
Certains Louannécains découvraient le foot pour la première fois et trinquaient fort à la mi-temps. A la reprise, l’un de ces néo-supporters, voyant une de leurs idoles shooter dans l’autre sens de dire : « Il vaut autant rentrer à la maison. Becco est passé dans l’autre camp. Il joue maintenant avec les autres ! »

LE CLUB DES BÉRETS NOIRS…
Ils étaient un certain nombre, supporters ou pères de joueurs, à porter un béret si bien que Germain Darrort, Louis Crocq, Yves-Marie Daniel (dit Kérizout), Attilio Salvi et consorts furent appelés le Club des Bérets Noirs. Détournement de l’expression « Blousons noirs », jeunesse rebelle et sauvageons des années 60 !

LES ENTRAINEURS …

Charles Darrort a été l’un des piliers de l’équipe fanion et même le capitaine. Très athlétique, il aurait pu évoluer avec autant de talent sur une piste de 400 mètres que sur un terrain de football. Il évoque les entraîneurs qu’il a connus tout au long de sa carrière:

Le geste conquérant de Charles Darrort au cours d’un match Louannec vs l’Hermine de Concarneau. L’arrière-plan peut être considéré comme un clin d’œil à l’esprit de clocher qui animait les Canaris.

« Charles N’Doye – Charlie – c’était la classe... Un joueur exceptionnel qui nous est arrivé du Stade Rennais de façon inattendue par le biais de Jean-Claude Allain. En plus, c’était pour moi un excellent ami. Il nous a beaucoup apporté et, c’est grâce à lui, que nous avons réussi plusieurs accessions depuis la première division de district. Je me rappellerai toujours ce but de la tête qu’il a marqué à Rozan, le goal de l’AS Brestoise. »
Charlie n’a pas été entraîneur de l’équipe au sens propre du terme, mais son talent a tellement bonifié et tiré l’ensemble de l’équipe vers le haut qu’il mérite l’éloge de son coéquipier Charles Darrort.

« René Le Couey nous est venu du Stade Briochin. Un homme d’une grande correction qui jugeait bien les joueurs et les matches.

Il était très exigeant dans la préparation physique. On lui doit beaucoup aussi. Il aimait l’ambiance du club et il savait être très près de nous tous. »

« André Malouema qui venait de Berné avait fait illusion. Sa façon d’entraîner n’avait pas convaincu tout le monde. «Malou », comme on l’appelait, n’avait pas fini la saison. Il faut quand même reconnaître qu’il avait marqué quelques jolis buts. Ce fut l’année de ma blessure à la cheville assortie d’une rupture du tendon d’Achille. Malou qui avait eu des problèmes au genou m’avait prêté ses cannes. »
La carrière de Malouéma, ancien joueur de Sochaux, s’est tristement terminée dans la rubrique des faits divers, condamné qu’il fut pour le meurtre de son épouse. Le footballeur congolais, écrivain à ses heures (il avait écrit « Un nègre dans la famille ») est décédé en 1995.

« Claude Pérard (ex-pro à Marseille).
Je me suis toujours bien entendu avec lui. Il nous laissait les coudées franches. Nous avions réussi une entrée fracassante en DH. Nous étions allés à Lorient leur passer quatre buts dont trois de Jean-Paul Le Fiblec. Nous étions revenus sans perdre de temps pour fêter cette ouverture au mariage de René Porchou à Kerreut. Dommage que nous n’ayons pas confirmé ce premier résultat par la suite. Le recrutement avait été un peu juste. »

A noter que Claude Pérard a connu deux séquences bien distinctes comme entraîneur au club.

« Jean-Pierre Zérini. C’est lui qui m’a redonné confiance après ma blessure. Nous avions joué en Coupe à Saint-Brieuc où nous avions pris deux « pions » de ma faute. Jean-Pierre ne m’en avait pas tenu rigueur et il m’avait reconduit à mon poste le dimanche suivant. C’était bien reparti à nouveau. »

« Claude Petyt. Il nous fait d’entrée une grosse impression. Le jour de son arrivée, il nous avait fait un « speech » au Foyer. On a vu tout de suite qu’on avait affaire à quelqu’un qui connaissait bien son métier. Il était sec et autoritaire. Il n’admettait pas le moindre chahut à l’entraînement. Il tenait beaucoup à ce que les consignes soient appliquées. »
Rémi Le Maillot ajoute : « C’était un super entraîneur qui venait de Metz. Il était hors norme techniquement et tactiquement. Il jouait ailier gauche et faisait de supers centres au cordeau. Il montrait l’exemple sur le terrain. J’avais 16 ans et demi quand il m’a titularisé pour la première fois. C’était à Guingamp contre En Avant où nous avions gagné 2 à 1. »
Claude Petyt a été employé municipal à la commune en charge du camping. Aujourd’hui, il fait partie du staff des Girondins de Bordeaux.

Yvon Carré revient à Louannec où il avait été joueur par le passé. Comme entraîneur cette fois : « Je l’aimais bien, dit Rémi Le Maillot. Il était très rigoureux. » Pour Jean-Yves Brient, Yvon « basait son entraînement surtout sur le physique »
Yvon Carré se souvient : « J’avais un bon groupe avec Jean-Yves Brient bien sûr, Pierrot Lescouarc’h et des jeunes que j’avais fait monter en équipe fanion : Christophe Moullec, Yann Satie, les frères Le Maux (de Prat), Philippe Kerhervé de Pleumeur-Bodou). Un week-end, j’ai pris un gros coup sur la cafetière ! C’était un tournoi triangulaire à Cléguérec pour la montée en DSR. On a loupé la montée de peu. Pour une erreur bête : Pierrot Lescouarc’h tente un dribble dans nos propres six mètres et se fait piquer le ballon. But ! Du coup, c’est Dinard qui est monté en DSR… »

Pierrot Lescouarc’h, ancien joueur de Dunkerque, vu par Jean-Yves Brient : « Louis Bourdellès l’avait recruté pour remonter le club. Avec lui, on travaillait beaucoup la possession de balle. On voyait qu’il avait eu l’expérience du football professionnel. »

Christian Le Maillot a terminé vice-champion de DSR avec les Raphaël Dubouays, Patrick Rupert, Arnaud Salvi, Alain Le Balch, Philippe Le Bourdon, Rémi Le Bourdoulous, Christophe Royant, Rémi Le Maillot, Jean-Yves Brient. Il se souvient : « Nous avons battu le champion, le Stade Briochin chez lui (4 à 2). On avait fait un grand match. Jean-Yves Brient avait mystifié Patrice Carteron qui par la suite est devenu professionnel. »

Parmi les forts joueurs qui ont évolué au club, Christian Le Maillot dit avoir apprécié des gars comme Guy Mordellès et Christian Pezron, joueurs très collectifs et débordants d’activité sur le terrain.

Alain Le Balch, professeur d’EPS, relate de ses trois saisons passées à Louannec, le souvenir de certaines valeurs propres au club : « Il y a là une forte identité, un aspect culturel prégnant et des valeurs ancrées dans le milieu de vie louannécain. Beaucoup de convivialité, de sacrés joueurs comme Jean-Yves Brient, capables d’exploits individuels. Ma première saison, on jouait la montée en DH avec Perros. Jusqu’en avril. Quelques joueurs ont alors donné la préférence aux sports d’hiver, ce qui a plombé notre parcours. »

Alain garde aussi le souvenir d’un match contre le Stade Briochin à Louannec en Coupe de France : « Nous étions mené 3 à 0 à la mi-temps et nous sommes remontés à 3 à 2. Jean-Yves Brient avait donné le tournis à Carteron et à Sattora qui avait même été expulsé ! »

Yvan Le Quéré a mené le club vers une belle aventure en Coupe de France en 1994, sous la présidence de Michel Omnès. Aventure qui s’est terminée au 8è tour, à Perros-Guirec face au Stage Briochin (0 à 5), qui évoluait alors en Ligue 2. Jean-Yves Brient dit de lui : « Yvan était un bon entraîneur. Tout était basé sur le ballon, sur le collectif. Il avait un bon sens tactique et il savait mettre en place des situations par rapport à l’adversaire. »

Raphaël Beauvillain revient comme entraîneur au club où il a fait ses premiers dribbles. Minime talentueux, il signe à En Avant de Guingamp tout en poursuivant ses études en Sports Etudes Football au Lycée Brétigny de Rennes. Après avoir joué quelques matches en Ligue 2 sous le maillot de Guingamp, il préfère plutôt que de passer pro assurer son avenir par le biais des études. Il suit une formation d’ingénieur à l’Enssat Lannion et intègre Alcatel (aujourd’hui Nokia). Après deux saisons en D4, il revient comme joueur à Louannec. « Rapha » explique : « C’est Bernard Salvi qui m’a proposé le poste d’entraîneur. Sans grands moyens, ce qui posait problème pour les déplacements, on a fait deux saisons correctes. La troisième a été galère suite aux départs de Samuel Abalam, d’Alexandre Prat, de David Hamel et suite à une période de flottement au niveau de la présidence. »

Tony Laplagne a été le dernier entraîneur de Louannec-Sports. Ancien joueur de l’AS Tréguier, éducateur au Lycée agricole de Pommerit-Jaudy, Tony Laplagne est venu à Louannec à la demande de René Rolland qui en garde un très bon souvenir : « C’était un gars bien. Il a fait du très bon boulot au club »

LEUR MATCH DE RÉFÉRENCE …

J’ai interrogé des joueurs de chaque génération leur demandant quel match ils garderaient en mémoire s’ils ne devaient retenir qu’un seul. En se livrant à cet exercice, je me suis rendu compte que le philosophe a eu raison d’écrire : la mémoire est une faculté qui oublie.

Yves Pezron, 86 ans maintenant, père de Christian, était un excellent joueur de tête. Il était très physique et se montrait à son avantage sur les terrains gras : « Je ne me souviens plus très bien contre quelle équipe de l’intérieur c’était. Je crois que c’était Callac. Je suis sûr que c’était un match de coupe et qu’avant le match, nos adversaires se moquaient de nous en disant fort : Aujourd’hui, il n’y aura pas de prolongations ! Quand j’ai marqué le premier but, j’ai dit aux défenseurs : Voilà pour vos prolongations ! Tout de suite après, Raymond Saliou marquait un deuxième but. Ca leur a rabaissé le caquet ! »

René Rolland : « La qualification contre l’AS Brestoise évidemment. On était en première division de district et on bat l’une des meilleures équipes amateurs de France. On a été présents sur l’homme et on a mérité notre victoire. Lors de la présentation des joueurs, Pierre Symoneaux disait pour chacun d’entre nous : né et formé à Louannec. Ce qui était vrai pour la plupart d’entre nous. Il a même dit ça pour Charlie (N’Doye). Ce qui a déclenché un fou rire parce que tout le monde savait que Charlie venait du Stade Rennais ! On avait tout fait pour accueillir un maximum de spectateurs. On avait installé des charrettes de l’autre côté du mur dans l’actuel terrain annexe ! »

Yves Colin : « La montée en DH, c’était important pour le club. Pour moi, c’est donc la victoire à Louannec contre Le Mans. Je déborde sur la droite, je centre sur Gérard Quilin qui marque. Je ne m’en souviens pas beaucoup plus, tu sais. »
Cette année-là, Yves, joueur très opportuniste, est le meilleur buteur du club. Un article du Télégramme qui lui est consacré titre : « Monsieur un but par match ». J’ai encore lu quelque part : « Le Skoblar louannécain », en référence à Josip, l’opportuniste attaquant marseillais.

Guy Mordellès : « J’ai commencé à jouer en première en cadet 2. Je devais être junior quand on a joué contre le Stade Paimpolais de Garandel. Je pense que c’était en DSR. J’avais marqué ce jour-là quatre ou cinq buts ! »
Guy Mordellès. Joueur très collectif, doté d’un physique au-dessus de la moyenne, avait, le 26 octobre 1975, « claqué » 5 buts aux Paimpolais (victoire 7 à 1) ! Deux mois plus tard, Guy récidivait en marquant trois buts face à Loudéac...

Jean-Yves Brient: meilleur buteur de la DSR, a été très courtisé par En Avant de Guingamp où tous les observateurs pensent qu’il aurait réussi à s’imposer. Mais, comme le bigorneau accroché à son rocher, il est resté fidèle à ses couleurs.

Le match dont il garde le meilleur souvenir est celui contre Lanester, en 1994, au 7è tour de la Coupe de France : « C’était un match de folie à Louannec avec 1.200 spectateurs. Il y avait des binious et des bombardes. On gagne 2 à 0. Je crois que je marque le premier but. »... Pas tout à fait exact, Jean-Yves, ta mémoire t’a trompé car le premier but a été marqué par Youn Le Quéré sur coup franc et le second, par toi, d’un tir croisé !
Avant de recevoir Lanester, match que retient Jean-Yves Brient. Les Louannecains, entraînés par Yvan Le Quéré, réalisent une belle performance.

Jean-Yves, au sujet de qui Rémi Le Maillot dit : « J’ai rarement vu un joueur aller aussi vite tout en restant collectif. Après toute une série de dribbles, il savait donner le ballon. C’était facile de jouer avant-centre avec lui tant il distribuait des caviars. »

Rémi Le Maillot : « Pour moi, c’est un match de DH contre Morlaix à Louannec devant près de 3.000 spectateurs. A la mi-temps, on était menés 3 à 1. Ce n’était pas du goût de Claude Petyt qui, en rentrant au vestiaire, a balancé par terre toutes les bouteilles d’eau que le soigneur (Jos Robin) avait mises sur la table de massage. Ecoutez les gars, nous a-t-il crié, vous avez vu tout le monde qu’il y a dans le stade. Pour qui vont-ils nous prendre ? Vous avez intérêt à faire mieux ! En deuxième mi-temps, nous étions transfigurés. Nous avons gagné 4 à 3 ! »

Yann Guiomar, 32 ans, est un peu le gardien du temple aujourd’hui. Il est entré en équipe fanion pour les deux dernières années de la vie de Louannec-Sports et il est toujours là avec l’Entente, quatorze années après, en tant que capitaine.

Ce Camlézien, n°6 défensif, a fait ses débuts au club voisin de Rudonou. « Personnellement, j’ai le souvenir de deux coups francs que j’ai marqués à huit jours d’intervalle à Hénanbihen, je crois, et à Grâces. J’y ai connu deux entraîneurs, Yvon Carré puis Tony Laplagne. Pour moi, la référence à Louannec, c’est Jean-Yves Brient bien que je n’aie pas eu la chance de jouer avec lui. De mes coéquipiers, j’ai été assez impressionné par Christian Lagrée qui était un battant. » commente Yann qui, dans la vie de tous les jours, est commercial en menuiseries.

11 - TENNIS DE TABLE : DEUX ÉQUIPES EN NATIONALE

Jusqu’à la fin des années 60, tout louannécain est footballeur. Dans les années 70, suite à la première vague d’arrivants sur la commune, de nouvelles associations sportives se créent dans un climat politique local assez tendu. L’opposition droite-gauche est frontale. La création de l’ARAL (club des retraités), de l’AL Tennis de Table, de l’AL Cyclotourisme et de l’AL Hand-Ball sont considérées comme des initiatives émanant de la gauche. La municipalité en place répond du tac au tac en créant l’école de gymnastique, le club de tennis et l’école de voile…
En 1976, le club de tennis de table qui a connu une première vie en 1964, renaît sous l’égide de l’Amicale Laïque. C’est l’affaire de Louis Le Martret et de Jean-Paul Simon. Par bonheur, ils récupèrent François Le Levier, ex-joueur de Nationale à l’ASPTT Lannion, qui accepte de repartir au plus bas de la hiérarchie départementale avec sa nouvelle équipe. Le club gravit les échelons sans aucun mal.

François Le Levier était sollicité par les meilleurs clubs bretons. Il a préféré signer au club de Louannec qui était en train de se créer au moment où il faisait construire à Mabiliès.

Passage au niveau régional avec la précieuse signature de Jeannot Mercier, l’un des meilleurs joueurs de Bretagne et aussi entraîneur, et aussi celles d’Erick Potin et de Vincent Le Moal. Les matches ont lieu le dimanche matin dans la salle de jeux du camping. Un véritable chaudron. Comment fait-on pour y installer deux tables et loger souvent plus d’une centaine de spectateurs enthousiastes ? Les équipes adverses n’en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles ! Une pause est faite sur le coup de 10heures 30 pour rafraîchissements. L’équipe poursuit sereinement sa progression jusqu’à la nationale.

Caricature des joueurs de l´AL Louannec par Glorion, parue dans le Trégor en 1980. Avec de gauche à droite: Jean-Paul Simon, Francois Le Levier, Jeannot Mercier, Jacky Mercier, Christian Nédellec, André Crenn et Bernard Salvi.

Roland Geffroy -deux mandats de maire à Saint-Quay-Perros et dirigeant très actif du club- commente la phase « nationale » et la période Entente avec le TTCG Perros : Au cours des années 80, sans abandonner l’objectif de relancer l’ascension de son équipe fanion masculine qui butte sur la Régionale 2 et tout en poursuivant ses actions en faveur de l’animation conviviale au sein de la commune (tournois, groupes loisirs, « gentlemen », sorties familiales), l’effort principal se porte sur le développement et de la structuration de l’école de tennis de table.
Le précieux renfort de Jeannot Mercier produit ses effets en quelques saisons et le club de « ping » de Louannec élève son école de tennis de table au meilleur niveau des clubs bretons. Rapidement, ce vivier est reconnu et plusieurs éléments montent même sur les podiums aux championnats de France : Sandrine Simon (argent en minimes et bronze en cadettes), Solenn Salaun (argent en minimes), Katell Turpin (bronze en cadettes) et deux sélections en équipe de France jeunes tandis que, en garçons, Kevin Mercier obtient un titre de champion de France benjamins. Dès 1985, un premier challenge « Tirel » (trophée remis au meilleur club formateur de Bretagne) récompense les efforts fournis par une équipe d’entraîneurs bénévoles qui s’étoffe au fil des années. Deux autres victoires suivront et, honneur insigne, Louannec TT se voit décerner le challenge « Tirel » à titre définitif en 1994 !
Ces résultats interpellent la ligue de Bretagne qui encourage la création d’une Section Sports Etudes au Collège Charles Le Goffic de Lannion où sont regroupés les meilleurs espoirs trégorrois.

Par équipes, en bonne partie grâce à des jeunes formés au club, l’AL Louannec atteint en 1987 le niveau national. Chez les féminines, avec Sandrine Simon, Morgane Lochou, Clara Morvan et Gwen Turpin, l’équipe a une moyenne d’âge de 15 ans et de l’ambition à revendre ! Et « comme un bonheur n’arrive jamais seul », la même année, les garçons accèdent aussi au niveau national avec des « anciens » bien sûr : François Le Levier, Jeannot Mercier, Erick Potin, Vincent Le Moal, mais aussi avec l’appoint de deux cadets : Jérôme Le Contellec et Frédéric Geffroy.

Jeannot Mercier.

Les saisons 87/88 et 88/89 voient tous les quinze jours, les matches couplés de Nationale 4 accueillir au Foyer ou au Centre de Loisirs entre 100 et 200 spectateurs venus passer une bonne soirée en appréciant le suspense et le beau jeu tout en gardant des yeux de Chimène pour ses favoris(tes). Au grand dam des adversaires souvent médusés et parfois déstabilisés par l’ambiance enthousiaste !
Si les garçons reviennent au niveau régional au bout de deux années, les filles, elles, tiennent cinq ans en Nationale avec à la clef un titre de championnes de France de Nationale 4 en 1990 et deux saisons dans l’élite de Nationale 1.

A.L. Louannec Tennis de Table en 1978.
Saison 1978/1979 en D2.
Saison 1979/1980 avec le passage de D1 vers la R3.
Et le passage en régionale en 1980.

Mais on le sait, les bons résultats augmentent les dépenses. Les dirigeants doivent constamment se battre pour équilibrer le budget en quémandant l’aide du Département qui complète parfois le soutien indéfectible de la commune avec Jean-Pierre Morvan comme avocat de la défense et le précieux apport des mécènes locaux (Institut Pascal, Centre Leclerc, « Le Village »). Malgré tous ces efforts, il faut quand même lancer en septembre 1994, un « emprunt populaire » auprès des dirigeants et des supporters du club qui permet de franchir le gué. Initiative exceptionnelle !
Pour réaliser pendant une quinzaine d’années des dizaines de milliers de kilomètres par an (parfois plus que les 40 000 kilomètres du tour de la Terre !), le club fait l’acquisition d’un premier véhicule en 1987, puis d’un second quelques années plus tard, les « trafics » faisant ainsi connaître Louannec à travers toute la France. Une épopée !
Aux championnats des Côtes d’Armor, Louannec fait régulièrement une moisson impressionnante de victoires et de podiums pendant cette même période (1985-2000). Certaines années, le club remporte plus de la moitié des titres tant chez les jeunes que chez les seniors : 13 titres en 1995 sur les 20 décernés !
En 1989, pour permettre une Entente immédiatement opérationnelle avec le TTCG Perros afin de former une équipe fanion masculine capable de viser une accession rapide en nationale, le club qui était une section de l’Amicale laïque prend son indépendance pour devenir Louannec TT. Pari réussi dès la première saison avec la Nationale 2 au bout des raquettes trégorroises. Un bel exemple de capacité à fédérer les talents autour du joueur de base de l’époque : Marc Le Penven (TTCG) qui est en 1990, champion de France UFOLEP sous les couleurs de Louannec TT !
De retour au bercail, les Louannécains avec Vincent Le Moal, Jeannot Mercier et la jeune génération : Fred Geffroy, les frères Augès, Jean-Louis Geffroy puis Kévin Mercier entament une nouvelle montée vers les sommets. Ils accèdent une nouvelle fois à la Nationale 2 en 1994. Et là encore les filles sont au rendez-vous de la Nationale avec une équipe rajeunie autour de Clara Morvan et de Katell Turpin avec l’apport des sœurs Salaun, Rozenn et Solenn.
Même s’il faut parfois repasser par le purgatoire de la Régionale 1, cette nouvelle épopée dure six ans avec le même engouement d’un public toujours aussi fidèle au Centre de loisirs. Cette période connaît aussi une deuxième entente avec le TTCG Perros, un brillant parcours en Coupe d’Europe « Wack Sport » et bien sûr de nombreux titres départementaux et régionaux.
Pendant toute cette période d’une vingtaine d’années, le club a des effectifs qui dépassent les 100 licenciés. Il est capable de proposer à parité avec le foot la pratique d’un sport aux jeunes de Louannec et aussi d’accueillir les « espoirs » des communes voisines et de nombreux dirigeants et entraîneurs… non louannécains.

1982. Morgane Lochou, Gwénaëlle Turpin, Sandrine Simon et Muriel Paugam en ont fait voir de toutes les couleurs à leurs adversaires de Bretagne et de Navarre.
Championnats de France à Mont-Saint-Aignan en 1985: Jeannot Mercier, coach ; la Caennaise Sandrine Derrien, championne de France minime; Sandrine Simon (A.L. Louannec), vice-championne de France ; Gwénaelle Prigent et Katell Turpin (A.L. Louannec).
Les pongistes louannécains devant le foyer rural en 1985.
Pongistes louannécains à la section sports-études de Lannion en 1986.
Lors d´un stage de Jeunes en 1986.
L´équipe masculine de R2 pendant la saison 1986.
Vincent Le Moal, Erick Potin, François Le Levier avec l’appoint de deux jeunes : Fred Geffroy et Jérôme Le Contellec. En 1987.
Trois Louannécaines en équipe de Bretagne à Saint-Dié en 1987. Morgane Lochou, Sandrine Simon et Muriel Paugam.
Les joueuses de Nationale: Sandrine Simon, clara Morvan, Morgane Lochou et Gwénaëlle Turpin.
Les pongistes louannécains devant le nouveau complexe sportif louannecain, en 1988.
Nationale 4 masculine en 1987.
Equipe de Nationale 3. En haut, à gauche, on reconnaît Jean-Louis Geffroy qui a remporté un titre de champion de Bretagne seniors à Questembert (56) en 2001.

Quelques grands principes ont marqué la réussite du club : souci de la formation, recherche de l’élite sans oublier la base, le bénévolat sans mesurer son temps et la convivialité.
Dès 1987, le club se dote d’un journal (autofinancé par la publicité et « fait main » pendant cinq ans – Salut Henri !) qui sort pendant une quinzaine d’années à raison d’un par trimestre.
Les secrétaires successifs de Louannec TT (Jean-Paul Simon, Roland Geffroy et Pierre Salaun) tiennent la rubrique Tennis de Table dans Le Trégor assurant ainsi la promotion d’un sport au départ assez confidentiel.
Les responsables du club tiennent aussi toute leur place dans les instances dirigeantes de leur sport. Jo Paugam devient le Président du Comité des Côtes d’Armor. Jean-Paul Simon, élu à la ligue de Bretagne, est Rédacteur en chef adjoint de la revue fédérale « France Tennis de Table » pendant vingt ans.
Le club montre aussi ses capacités d’organisation en accueillant à plusieurs reprises les Régionaux UFOLEP, les Critériums départementaux; le Trophée Burgiard, les Interclubs, le Challenge Bernard Jeu. Toute la fine fleur du tennis de table breton est venue un jour ou l’autre à Louannec !
A partir de 1997, une page se tourne dans l’histoire du club qui commence à souffrir d’une baisse du bénévolat. Une première fusion est mise en place avec le club de Plouaret, puis avec l’ASPTT Lannion. Le nouveau club embauche des professionnels pour assurer une partie de plus eu plus importante des entraînements. .. Et pourtant, l’âge d’or du club se termine et les deux générations glorieuses des deux décennies ne sont pas remplacées.

DERNIÈRE VAGUE DE CHAMPIONNES
Le club de Louannec a toujours été reconnu pour la qualité de ses pongistes féminines. Les dernières pépites de son histoire ont été Eloïse Corre, Audrey Le Morvan, Gwénaëlle Cousyn et les sœurs Quélin.
Eloïse a été une parfaite équipière à tous les niveaux où elle a évolué. Elle a remporté deux titres de championne de Bretagne : en cadettes et en juniors. Du coup, elle a été repérée par le club pro de Quimper où elle a signé.
Après une belle carrière à Louannec, la jeune Audrey a trouvé dans le handisport un terrain où faire éclater ses qualités. Elle a participé à trois jeux Paralympiques : Athènes (2004), Pékin (2008), Londres (2012) et à deux championnats du Monde : en Suisse (2006) et en Corée du Sud (2010). Mise sous les projecteurs de l’actualité, elle a été élue, en 2005, la Trégorroise de l’année. « J’ai trouvé dans le club de Louannec, nous dit-elle, une bonne intégration. Ce parcours, je le dois à mes entraîneurs : Louis Le Martret, Michel Turpin, Clara Morvan et Michel Machomet. »

Au premier plan de ce joyeux groupe, à gauche, trois jeunes pongistes qui se préparent à un bel avenir : Eloïse Corre, Audrey Le Morvan et Gwénaëlle Cousyn.
Les championnes Eloïse Corre et Audrey Le Morvan en salle d´entrainement.
Eloïse, Audrey et Aurélie à l´écoute de Gwen lors d´un stage départemental.
Les poussins Gwénaëlle Cousyn et Tanguy Tremel victorieux au championnat départemental en 1997.
Tangui, Marion et Guillaume.
Audrey Le Morvan, médaillée de bronze par équipes, aux jeux Paralympiques d'Athènes en 2004.
Audrey Morvan au retour des Jeux Paralympiques d´Athènes.


Gwénaëlle Cousyn et les sœurs Quélen : Andréa et Loriane ont aussi bataillé sur des tables de Nationale.
Au fait, ce groupe garde un très fort souvenir d’une épreuve qui leur a souri. A Mèze, en minimes et à Vichy, en cadettes, les filles ont été vice-championnes de France Interclubs.
Les temps ont changé. En 2016, le nom de Louannec ne figure qu’une seule fois dans les résultats des critériums départementaux. La balle de Celluloïd ne tourne plus aussi rond dans la cité de Picou.
Aujourd’hui, on ne compterait plus qu’une dizaine de licenciés. Mais il reste de beaux souvenirs…

« LE PLUS BEAU JOUR DE MA VIE… »
Un des meilleurs joueurs de l’équipe de France handisport me disait : « Le plus beau jour de ma vie, ça a été mon accident de moto où j’ai eu une jambe sectionnée… » Ce blessé de la route avait privilégié le tennis de table pour sa rééducation. Il est devenu l’un des meilleurs mondiaux dans sa catégorie. Son propos peut donner froid dans le dos !
Lui était heureux d’avoir donné un nouveau tour à sa vie par le biais du sport et d’avoir trouvé un équilibre dans la convivialité de son groupe, dans les voyages partout dans le monde, dans les stages, dans les compétitions et dans les victoires.

ILS ONT ÉTÉ PRÉSIDENTS DU CLUB…
Se sont succédé à la présidence Louis Le Martret, Pierre Cojean, Roland Geffroy, Michel Turpin, Jean Mercier, Jean- Jacques Cousyn, Pierre Vayssié, Christian Corre, Michel Quélin, Damien Gonzalez. Le maire, Gervais Egault a joué dans une des équipes.
En 2003, le club a fusionné avec Plouaret et en 2007 avec l’ASPTT Lannion.

SOUVENIR...
UNE DISCIPLINE EXIGEANTE…

A Mulhouse, en 2003, Agathe Costes est vice-championne de France seniors sous le regard de son frère Arnaud, alors international de rugby. Alors qu’Agathe monte sur le podium, le rugbyman me dit : « Je suis admiratif du travail que ma sœur a dû faire pour arriver là. Près de 20 heures d’entraînement par semaine depuis plusieurs années après avoir commencé à jouer en club à 7 ou 8 ans. Moi, je suis arrivé au rugby à 16 ans. Comme j’étais assez costaud, j‘ai franchi les différentes étapes de progression jusqu’à l’équipe de France. »

Les pongistes de Louannec ont inspiré deux auteurs : Kris et Eric T. et un dessinateur et coloriste Nicoby
dans la BD " Les ensembles contraires" comme le témoigne cette planche...

SOUVENIR...
DANS LE CHAUDRON DE LA SALLE DU CAMPING…
Bien qu’habitant à Guingamp, je faisais en sorte de ne manquer aucun match des pongistes de Louannec dans les années 80. Quelle ambiance ! Les rencontres avaient une saveur particulière, dans une salle du camping surchauffée. Impossible, ou presque, pour les visiteurs de dicter leur loi aux Louannécains. De véritables figures, soutenues bruyamment par un public accoutumé à vivre les parties comme un match de foot. A chaque point important des François Le Levier, Jeannot Mercier ou Erick Potin, les applaudissements étaient accompagnés de commentaires, rappelant qui était le patron. Surtout lorsque l’adversaire du jour était le voisin et « ennemi » perrosien.
Ce zeste de chauvinisme donnait un surcroît de motivation aux gars du cru.
A la vue d’un Jeannot Mercier serrant les poings après un top rageur, Jean-Paul Simon trouvait la concentration pour placer une attaque imparable.
A ces joueurs de tempérament, plusieurs fois titrés au niveau régional, est venu se joindre Vincent Le Moal, un pongiste au toucher de balle incomparable… et une forte tête. Les arbitres se contentaient, alors, de marquer les points. On avait pourtant changé de salle. Mais, au Foyer rural, l’ambiance restait chaude…
Jean-Michel Jouan, journaliste à Ouest-France.

12 – AUTRES DISCIPLINES SPORTIVES ET ACTIVITÉS DE LOISIRS

GYMNASTIQUE

Les Sternes dans les années 70... Et de nos jours.

Le club municipal de gymnastique, les Sternes, a été créé par Elisabeth Guéziec. On peut applaudir à la fidélité et la constance d’Elizabeth toujours présente dans une association sur le point de souffler ses quarante bougies. Le club recueille un succès de fréquentation et attire surtout des éléments féminins : jeunes Louannécaines et camarades des communes voisines. Cette association, affiliée à une fédération affinitaire, obtient de bons résultats au niveau départemental et régional.

CYCLOTOURISME

Sortie à Huelgoat en 1978.

Le club cyclotouriste a vu le jour en 1976. Michel Darrort a été le premier président. L’activité a perduré depuis. Saluons la récente performance de trois Louannécains (Benoît Saliou, Michel Gallais et Rémi Hamelin) qui ont réalisé avec succès Paris-Brest-Paris. Actuellement, une vingtaine de cyclos sillonnent régulièrement les routes du Trègor.

TENNIS

Initiation au cours de tennis sur un des 2 courts, derrière la mairie.

Marcel Guéziec est le premier président du club. Les deux courts aménagés auprès de la Mairie sont très occupés. Un autre servira au club dans la salle omnisports. Des cours sont dispensés. Le tournoi annuel d’été devient une date incontournable dans le calendrier sportif de la commune. Cette saison, l’association que préside David Landais, annonce son record de licenciés : 98 adhérents.

HANDBALL

L´équipe de handball louannécaine, en 1976.

Le handball a eu une première vie à Louannec grâce au regretté Pierre Cabot qui crée le club en 1976 sous l’égide de l’Amicale Laïque. Ce professeur de chaudronnerie au Lycée de Lannion, trouve des relais auprès de jeunes de la commune comme Jean-Marc Fabre. Le handball renaît dans la commune en 1991 sous le nom de Mell Zorn. Il évolue au niveau départemental où il aligne 6 équipes. Il fait preuve d’un réel dynamisme si l’on juge par la qualité de son site Internet. Le bureau directeur est présidé par Olivier Le Méléder.
Pierre Cabot, fondateur du club en 1976.
L’équipe seniors en 1977-78

ÉCOLE DE VOILE
Annexée au Camping, l’école de voile s’adresse surtout aux résidents en été et aux enfants désireux de s’initier au sport de voile sur optimists, catamarans, kayaks, planchers à voile. De nombreuses écoles de la région parisienne sont venues sur le plan d’eau du Lenn dans le cadre des classes de mer. Des éducateurs brevetés d’Etat enseignent à temps partiel sous la direction de Philippe Le Menn. Sur ce plan d’eau se sont déroulés, le 9 mars 2016, les championnats de France universitaires de canoë-kayak (épreuves en ligne).

L´école de voile. Le Lenn.

Plus récemment, de nouvelles associations de loisirs ont vu le jour : Danse Passion qui annonce 47 couples inscrits ; la Gavotte louannécaine (une trentaine d’adhérents) dont le but est d’enseigner les danses bretonnes et l’histoire culturelle ; Trégor véhicules anciens présidée par Gilles Le Calvez ; le club de tarot ; Baby gym ; la chorale des Voix liées ; le club théâtre des Louannigous ; « Ateliers et chemins » qui propose couture, tricot et marche ; les anciens combattants de l’UNC Louannec-Kermaria- Trélévern ; l’AGEL ( Association Gymnastiique d’Entretien Louannec) que préside Annie Le Bellec, annonce 93 adhérents ; Bad’Loisirs (club de badminton) regroupe une soixantaine d’adhérents ; le CAL (Comité d’Animation de Louannec) ; l’école de musique ; les ateliers peinture pour enfants.
Ce tissu associatif très dense et à large palette est devenu aux yeux de certains un plus dans le choix de venir vivre et s’installer à Louannec. « Compte tenu de ce nombre important d’associations, il nous faut jongler avec les salles pour trouver des créneaux pour tout le monde, précise Pierre Vaissié, maire-adjoint. Nous sommes parfois obligés de faire des choix et des arbitrages. »

Des solutions nouvelles se présentent à l’adjoint au maire délégué aux sports avec l’ouverture de la salle omnisports du Carpont. L’inauguration a eu lieu le 25 juin 2016. Cette imposante construction est en fait une extension de la salle initiale qui date de la fin des années 80, François Nicolas étant maire et René Rolland le porteur de ce projet.
La nouvelle salle, équipée pour le volley-ball, le badminton et le tennis, compte deux aires de jeu et une tribune de 120 places. Outre les cadres des différentes associations, les éducateurs des Temps d’activités périscolaires et ceux des activités intercommunales trouveront d’excellentes conditions pour exercer leur travail puisque la capacité maximale d’accueil de cette extension est de 294 pratiquants.
Cette réalisation est à mettre au crédit de l’équipe municipale conduite par Gervais Egault, élu maire en 2014.

La nouvelle salle omnisports de la commune, inaugurée en juin 2016.

13 – JEUX ET ACTIVITÉS D’HIER

ON PERD LA BOULE…
Une activité est en train de disparaître dans notre commune : la boule bretonne. Auparavant, à la moindre occasion, le Comité des Fêtes organisait des concours. Chaque bistrot –il y en avait beaucoup- se réservait une date dans l’année. Fini ce temps faute de demande. Alors que dans d’autres communes du Trégor comme Saint-Quay, Trélévern, Tonquédec, Plestin-les-Grèves, cette pratique est restée vive. On y joue dans des boulodromes hauts de gamme. Le 14 juillet, pendant que les boulistes se défiaient dans au moins 16 allées, autour du stade municipal, les enfants défilaient sur des vélos fleuris.

COURSES CYCLISTES « SAUVAGES »…

Dans mon jeune âge, le Comité des fêtes organisait des courses cyclistes « sauvages » qu’on appelait le « Tour du Croajou » On peut se demander aujourd’hui comment des organisateurs pouvaient lancer sur la route un peloton aussi hétéroclite. Certains concurrents avaient des vélos de course, d’autres des demi-courses, d’autres des routiers. Et tout ceci sans aucune couverture assurance ! Il faut dire qu’à l’époque, rares étaient les voitures à circuler dans la commune. Le départ était donné au bourg. Les coureurs filaient vers Mabiliès, puis Pen-ar-C’hoat pour revenir au Bourg. Une vingtaine ou une trentaine de tours à boucler. Parmi les lauréats, je me souviens de Louis L’Hévéder, Yves Le Jannou, Yves Morin… Une belle journée pour nous, les enfants, qui croyions vivre une étape du Tour de France !

LA LUTTE BRETONNE...
Mabiliès, quartier de Louannec, a été un haut lieu de luttes bretonnes. De 1920 à 1960, le deuxième dimanche d’août, on y a fêté le Pardon ! Certes, le terme n’est pas approprié à ce qui était tout simplement une fête profane.
Le Mabiliès d’alors est un tout petit hameau d’une dizaine de maisons. La gare de chemin de fer, étape sur la ligne Lannion-Tréguier, est le poumon du quartier. Alentour, une ferme, celle de Pierre Bourdellès, maire de la commune. Une entreprise de battage, celle de Jean Le Garrec. Un débit de boissons, celui de René Simon. Un commerce de produits de la terre er d’engrais, celui d’Auguste Adam qui emploie cinq ouvriers.
Rien à voir avec l’actuel quartier : ses 122 maison et ses 300 résidents !
Le pardon de Mabiliès, c’était une initiative d’Auguste Adam. Ce sens de l’organisation de manifestations avait valu à ce conseiller municipal d’être le président du comité des fêtes de la commune.
Dès les années 30, Auguste a remarqué l’intérêt que portent les jeunes ruraux envers la lutte bretonne. Serge Falézan, spécialiste des sports bretons, précise : « Auguste a créé le premier club officiel de lutte bretonne du département qui comptait une quinzaine de lutteurs. C’était le CAM, Club Athlétique de Mabiliès » Les noms des champions louannécains restés dans les mémoires trégorroises sont ceux de « Titig » Trémel et ses deux fils Pierre et Victor, « Yffig » Rolland (Roc’h Wenn) qui a inscrit son nom au palmarès des champions de Bretagne. Les tournois de Mabiliès étaient si bien organisés que le Docteur Cotonnec, président-fondateur de la FALSAB (1930) fait d’Auguste Adam le vice-président de la Fédération.
Nous autres, les enfants du hameau des années 50, nous attendions le « Pardon » avec autant d’impatience qu’à cet âge on attend Noël. Pour le jour de la fête, le grand hangar était nettoyé et aménagé pour le bal. « Certaines années, nous avons fait plus de 1.000 entrées » m’a dit Roger Adam. Sur le champ du tournoi, trois pistes circulaires étaient tracées et recouvertes d’une épaisse couche de sciure de bois. Des mâts surmontés du drapeau tricolore et du drapeau « gwenn a du » étaient plantés aux abords de l’entrée. Avant de combattre, les lutteurs défilaient pieds nus sur les chaumes piquants – ce qui nous impressionnait-, puis ils prêtaient serment : « Je jure de lutter en toute loyauté, sans traitrise, sans brutalité, pour mon honneur et celui de mon pays. En témoignage de ma sincérité et pour suivre la coutume de mes ancêtres, je tends à mon émule et ma main et ma joue »

Yves Vaucher, de nombreuses fois, champion de Bretagne et champion Interceltique en catégorie poids lourds, ne manquait jamais le rendez-vous de Mabiliès.

Un lutteur retenait l’attention plus que tout autre : Yves Vaucher. Une force de la nature !
Poids lourd au cou de taureau et aux muscles d’acier. Inamovible champion de Bretagne et plusieurs fois champion Inter-celtique à l’issue de tournois disputés Outre Manche.
Pierre Symoneaux a assuré l’animation de cette journée à plusieurs reprises : « C’était impressionnant. D’abord à cause du nombre de spectateurs qui venaient là. C’était une fête rustique, une fête de la paysannerie bretonne dans une ambiance extraordinaire ».

JEUX DE FORCE…
Le soir venu, les « gros bras », les costauds de la commune et des environs se mesuraient dans des épreuves comme le lever de perche, le tir à la corde, le lever de civière, le « bazh a benn » (le bâton face à face), autant de jeux attestés depuis le Moyen-Age.
Le lever de perche. Il s’agit de lever à la verticale une perche de 5 à 6 mètres. Lorsqu’il faut départager les concurrents, on leste la perche à son extrémité en y accrochant des poids.

Le lever de perche.

Le tir à la corde. Un jeu plus classique, qu’on a pu voir à la télévision lors des rencontres Intervilles.
Le lever de civière. Sur une sorte de brouette sans roue sont entassés des sacs de sable. Le vainqueur est celui qui soulève le plus grand nombre.

Le lever de civière.

Le « bazh a benn » (le bâton face à face). Deux concurrents portés chacun par 4 personnes, tiennent un bâton chacun à son extrémité. Le gagnant est celui qui tire le bâton à soi.

Le peintre Marcel Le Toiser a peint une représentation très réaliste du « bazh a benn » sur un tableau qui décore le Foyer Rural. La forme du bâton à ses extrémités est critiquable sur ce document si l’on se réfère à la façon dont se déroulait le jeu à Louannec.

SANS ÉCHAUFFEMENT…
Autre animation qui, avec le recul, nous fait dire qu’elle présentait un danger. Les jours de fête, au stade municipal, était organisée une course à pied des plus de 60 ans. Ceux-ci, qui sortaient de table après un repas arrosé, couraient endimanchés, avec leurs chaussures de ville, sans aucun échauffement préalable ! Leur robuste constitution, l’habitude de s’affronter à de durs travaux ont fait qu’heureusement aucun accident cardiaque n’est arrivé…

DES JEUX CONTESTABLES…
« Lipat ar gleurc’h » ou « lécher la plaque à faire des crêpes ». Cette plaque, pendant au bout d’une ficelle, était enduite d’une sorte de graisse, sur laquelle étaient plaquées des pièces de monnaie. Le jeu consistait à faire tomber avec la langue les pièces qui devenaient la propriété des concurrents.
Au final, les « habits du dimanche » -comme on disait alors- étaient dans un triste état.

Dénicher les nids était une des occupations favorites des écoliers que nous étions. Les meilleurs dénicheurs avaient des colliers d’œufs de plus de cinq mètres : œufs de merles, de grives, de pies, de corbeaux, de geais, de pigeons, de tourterelles, de poules d’eau... Un jeu de massacre qui n’interpellait personne à l’époque. LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) et Ecologie, où étiez-vous ?

ENCORE PLUS BARBARE !
« Dic’hougan ar c’hog » ou « Décapiter le coq ». Un coq bien vivant, à la crête rouge et à l’œil vif, était pendu à une corde la tête en bas à deux mètres du sol. Aux concurrents, armés d’un gourdin et aux yeux bandés, étaient imposés quelques tours sur eux-mêmes pour les « saouler », avant d’être véhiculés dans une charrette à bras… L’objectif était de décapiter le coq. Celui qui réussissait à écourter l’agonie de l’animal sanguinolent l’emportait chez lui pour le mettre à la casserole. Cette épreuve était proposée à la fin des années 50 dans le stade municipal, les jours de fête. SPA (Société Protectrice des Animaux), où étais-tu ?

Il y avait aussi le mât de cocagne auquel ne pouvait prétendre que les plus habiles –dénicheurs de nids au printemps- tant le mât sur lequel il fallait grimper était enduit de savon.

La course en sac était une épreuve habituelle au programme des festivités.


FIGURES LOCALES ET MÉTIERS D´HIER.

8 - DES PERSONNALITÉS QUI ONT JALONNÉ LA VIE DE LOUANNEC…


Yves Héloury, (1253–1303), béatifié sous le nom de Saint-Yves.
« Sanctus Yvo erat Brito, advocatus sed non latro, res miranda populo! ».
(Saint-Yves était breton, juge mais pas voleur, apprécié de tous.)

En 1292, un nouveau recteur est nommé dans la paroisse : Messire Erwan Héloury. Il est official, c’est-à-dire juge en titre. Il aura de quoi s’exercer à Louannec car les gens sont chicaniers. Après onze années de présence dans la paroisse, sous le règne de Jean 1er de Bretagne, il meurt épuisé. Sa chasuble se trouve dans l’église de Louannec. C’est une vieille pièce d’étoffe venue de Syrie ou peut-être plus simplement de Venise par les relations des Croisades.

Jusqu’aux années 50, le soir du 19 mai, une procession avec bannières partait de l’église vers Poulajou. Les maisons sur le parcours étaient pavoisées et le sol orné de dessins faits en pétales de fleurs ou en sciures de bois de couleurs. Des jeunes cultivateurs avec charrettes tirées par des chevaux se répartissaient les fermes de la paroisse pour quêter fagots de bois et d’ajoncs, puis ils confectionnaient une sorte de bûcher pour le feu de joie (tanted). Le recteur, l’abbé Jean-Baptiste Guégou mettait le feu au tas de bois et les fidèles rapportaient chez eux un tison pour protéger, selon eux, leur maison par l’intermédiaire de Saint-Yves.
L’Abbé Guégou, disait-on, avait gardé quelques séquelles de la Guerre 14-18, traumatisé par les conditions de vie dans les tranchées et la fureur des combats. On raconte qu’il s’était acheté une moto durant son sacerdoce à Louannec. Le premier jour où il aurait essayé sa machine, ne sachant pas comment l’arrêter, il aurait tourné en rond jusqu’à plus une goutte de carburant ! A l’époque, il enseignait le catéchisme, le jeudi et le dimanche après-midi, aux élèves de l’école publique. Très soupe au lait, il piquait des colères mémorables à l’encontre des élèves les moins zélés. Le lendemain, à la ferme de ces mêmes garçons, devant la bolée du meilleur cidre qui lui était offert. « Comment va mon fils au catéchisme ? – Très bien, très bien ! » répondait-il, ayant mis son mouchoir sur l’incident de la veille.
Avec sa voix chevrotante, il était loin d’être un ténor, mais je crois que la population l’aimait bien…


Ernest Renan (1823 –1892) Philosophe, historien, écrivain.
Ernest Renan et la propriété de Rosmapamon.

Ernest Renan passe les huit derniers étés de sa vie à Rosmapamon. Il s’installe à Louannec parce que sa ville natale, Tréguier, ville épiscopale, le renie. Le clergé ne lui pardonne pas d’avoir écrit : « Jésus, cet homme incomparable » Rosmapamon devient le rendez-vous de l’intelligentsia française et bretonne. Par la même occasion, Renan contribue à la naissance et à l’essor du tourisme à Perros-Guirec.
Extrait du bulletin municipal semestriel de Louannec - Décembre 2015.
Félix Delmasure, propriétaire de Rosmapamon de 1929 à 1958.
Félix Delmasure, jardinier, à côté de ses châssis en 1937.
Félix Delmasure et sa fille au milieu des plantations avec leurs chiens en 1937.
De 1929 à 1958, Rosmapamon a été la propriété de Félix Delmasure. Son petit-fils, Claude Londres, 70 ans, qui habite une bâtisse des XVII et XIX è siècles au haut de l’allée qui mène à la propriété, raconte : « Mon arrière grand-père, issu d’une riche famille d’industriels, avait une filature de laine de mouton à Roubaix. Son fils –mon grand-père – a développé, avec ses frères, l’entreprise qui est devenue florissante. Avant de subir des dommages de guerre entre 1914 et 1918 et d’être balayée par la crise de 1929. Il voyageait dans le monde entier pour sélectionner les variétés de laines traitées dans leurs usines.
A la fin des années 20, mon grand-père est venu visiter la Bretagne qu’il ne connaissait pas. Sa voiture tomba en panne à Perros-Guirec. En attendant la réparation de son véhicule, il logea avec ma grand-mère dans un hôtel situé près du lac. Il fut enchanté par les paysages du Trégor et décida d’y acquérir une maison qu’il voulait grande.
Un notaire dont l’étude était située près de l’hôtel, lui proposa le château de Costaéres qui était en vente. Ils se rendirent sur l’ilot à marée haute par une mer très agitée dans la barque d’un pêcheur. Ma grand-mère, qui s’était mariée après une courte carrière de chanteuse d’opéra, n’avait pas le pied marin. Elle souffrit de cette courte traversée au point de déclarer à son époux : « Il est hors de question que je vienne habiter sur ce machin ! »
Une deuxième proposition du notaire le conduisit vers Rosmapamon. Cultivé, mon grand-père connaissait les écrits de Renan, sans pour autant être en accord avec sa pensée. Avant la guerre de 1914, il faisait partie du Yatching Club de Léopold II à Ostende en Belgique. Comme beaucoup de personnes de son milieu, il était royaliste et antidreyfusard. Tous les 21 janvier, date anniversaire de la mort de Louis XVI, il assistait à une messe qu’il avait recommandée.Pendant la première guerre mondiale, il servait dans l’aéronautique sur les avions entoilés, les ballons captifs, les ballons libres et les dirigeables, affecté au service des « aérostats, observation des lignes ennemies », mission qui consistait à aller photographier et espionner les positions adverses.
Au début de la guerre 39-45, les revenus devenus plus modestes, ma mère et ses deux frères, mes oncles Jean et Félix, se sont mis à exploiter la ferme de Roc’h Gwenn, travail pour lequel ils n’étaient pas forcément préparés.

Théophile Salaün (1857–1909) Peintre né à Truzugal.
Autoportrait de l´artiste et son tableau le plus connu «Les mendiantes de La Clarté».

Il excellait dans les portraits, dans les scènes d’intérieur, dans les natures mortes, dans les gouaches, dans les aquarelles. Il était quelque peu solitaire mais lors de ses longs séjours d’été dans le Trégor, il aimait réaliser des esquisses des gens humbles et de leur travail, comme les couturières à Ploumanach. Son maître était le peintre figuratif Jean-Léon Gérôme. Son gendre Léon Dubreuil, inspecteur de l’Education Nationale, s’est penché sur l’histoire locale de toutes les communes de Trégor.

Le Professeur Lesné (1875-1962) Le Professeur Lesné et sa famille sont venus en villégiature à Keryvon, 40 années d’affilée.
Il disait que ses « promenades préférées à Louannec étaient celles par temps de crachin ! »
Ce Professeur de Médecine, chef de service à l’Hôpital Trousseau à Paris, crée en 1898 l’un des premiers centres de vaccination antidiphtérique. En 1908, il est cité comme précurseur dans le BCG (vaccin contre la tuberculose). En 1923, dans ses publications, il insiste sur le rôle de la lumière, des ultraviolets et sur les bienfaits de l’huile de foie de morue. On lui doit la pasteurisation et la conservation du lait par le froid. Il encourage la création de centres héliomarins : Roscoff et Trestel. Conseiller technique du Ministère de la Santé Publique, il est nommé Officier de la Légion d’Honneur en 1950.
 
Cette demeure du Professeur Lesné (voir ci-dessus) fut auparavant occupée par André Chevrillon (1864-1957) qui fut élu à l'Académie Française en 1920, au fauteuil 21.


L’Abbé Le Floc’h (1909-1986), écrivain et poète en langue bretonne.

Il a été recteur de Louannec pendant 30 années. Il est aussi connu sous le nom de « Maudez Glanndour ».
Ce personnage d’une très haute culture est l’oncle de Loïk Le Floch-Prigent.


Edouard Ollivro (1921-1982), écrivain et homme politique.

Orphelin de père à l’âge de 7 ans, orphelin de mère à 13 ans, Edouard est élevé par une tante, Françoise Rivoallan (Soahz ar Vilin) au moulin de Truzugal où l’on teille le lin. Etudes secondaires à Saint-Joseph à Lannion. Etudes universitaires à Paris et à Rennes. Nommé professeur d’Histoire et de Géographie au Lycée de Lannion.
Personnage très attachant, Edouard est toujours à l’écoute des gens, sachant se tourner vers les plus démunis et les plus humbles. Ses succès littéraires, en complément de ses qualités humaines, facilitent son entrée dans la vie politique. Il s’impose en tant que conseiller municipal puis maire de Guingamp. Il est élu député, vice-président du CELIB, président du groupe des parlementaires centristes à l’Assemblée Nationale.
En février 1948, il souffre d’une double pleurésie. Il est soigné en sanatorium dans les Alpes, puis à Fontainebleau où il contracte la typhoïde. « Ca a duré 1 688 jours » précise-t-il. Il se met alors à écrire. Durant sa convalescence à Kerespertz, il termine son livre « Picou, fils de son père ».
Kerespertz, très belle bâtisse avec son grand parc, domine la baie de Perros. Dans les années 50, la propriété appartient à Pierre Saliou, teilleur de lin à Kerscoach.
Durant ces quelques années, Edouard se fait animateur de la vie communale. En 1954, je me souviens de le voir présenter le soir de Noël un jeu inspiré de « Quitte ou double », émission alors très écoutée à la Radio. Suit une pièce de théâtre de sa composition. Suzanne Damany (de Goascabel), l’une des actrices, déchaîne les rires d’un public entassé dans l’allée de boules du bar Le Village, à l’emplacement de l’actuel immeuble de la rue Saint-Yves.
L’année suivante, au « Pardon de Mabiliès », Edouard commente au micro avec talent un match de football opposant les « Picou du Bourg » aux « Picou de la campagne ». Des rangs de ces deux équipes de jeunes sortiront les joueurs qui formeront l’ossature de la grande équipe de Louannec-Sports.
Outre « Picou », Edouard Ollivro a écrit un autre roman « Grand bal à Cadolan », deux pièces de théâtre (« Grégoire est mort » et « Une histoire de chapeau »). Il a publié de nombreuses nouvelles dans l’hebdo « L’Echo de Lannion », dans « Marie-Claire », dans « Lectures pour tous ». Il a écrit des chroniques dans « Le Monde ». Jacques Chancel lui a consacré une émission de « Radioscopie »

ENTREVUE

Ce qui suit est un échange qu’a eu l’auteur de « Picou » avec l’une de mes classes de sixième, le 19 décembre 1981, au collège Charles Le Goffic de Lannion. L’intervenant n’a jamais vu l’exploitation que firent les collégiens de ses propos puisqu’il fut terrassé un mois plus tard, le 27 janvier 1982, par une crise cardiaque.

Le livre « Picou, fils de son père » a été plusieurs fois réédité. Il a été traduit en breton, en allemand sous le titre « Der Rote Jim », en turc sous le titre « Babisinin Oglu ». FR3 en a fait un film pour la télévision.
Dans ce livre, Edouard Ollivro raconte avec humour, dans des textes bien léchés, la vie d’un collégien malicieux qui évolue en période scolaire à Saint-Joseph de Lannion et à Louannec pendant les vacances.
Vérité, tendresse, humour, âpreté de la vie se mélangent tout au long de cette œuvre dont on ne se lasse pas de relire les meilleurs chapitres. Je pense à « Départ pour Biribi », « le Mur de la Mort », « la Roue de Ben la Cloche », « les Deux Grillons », « Picou et la Gloire », textes qui fourmillent d’anecdotes et qui mettent en scène des personnages hauts en couleur.

Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire « Picou » ?

Après avoir été soigné dans les Alpes, je suis revenu à Louannec. Vous savez que Louannec, c’est le plus beau pays du monde… Après le vôtre, bien sûr ! J’étais dans une maison au bord de la mer, à Kerespertz. J’avais beaucoup d’amis à Louannec – j’en ai toujours d’ailleurs – qui venaient me voir sans arrêt. Ils ne tenaient pas à ce que je meure ! Ils se disaient : « Il vaut mieux l’encourager… » Les uns apportaient un Camembert. C’était au lendemain de la Guerre et on n’avait pas toujours ce qu’il fallait dans notre assiette. D’autres du poisson acheté à Perros. D’autres du lard, du pâté. On mettait tout ça en commun et on mangeait. Le repas fini, ils disaient toujours la même chose : « Edouard, raconte-nous une histoire. » Mon dieu, j’étais obligé de les remercier pour être venus si gentiment me voir et je leur racontais une histoire… C’est comme ça que j’ai commencé à écrire « Picou ». Je n’étais pas fier de moi ! Quand on écrit, on a toujours l’impression que c’est bon ; mais quand on se relit… Quand on écrit, on se met toujours dans les mots. On écrit comme on est. On ne peut pas tromper quelqu’un. C’est votre esprit, c’est votre cœur qui passent dans le stylo. Quand on parle, on peut quelquefois tromper les gens. J’ai mis trois ans à écrire « Picou ». Je n’ai osé le lire que trois ans plus tard. J’étais comme une poule qui aurait pondu un œuf et qui n’ose pas regarder quel genre d’œuf elle aurait pondu ! J’étais professeur à Guingamp quand je l’ai relu. Je dois avouer que j’ai bien ri !
Les premiers chapitres ont été publiés dans « L’Echo de Lannion », l’ancien hebdo « Le Trégor »…

Comment avez-vous réagi à la parution de votre livre ?

J’étais fier. Quand j’étais petit, je rêvais d’avoir mon nom sur un livre comme Alphonse Daudet.

Picou, c’est vous ou c’est un personnage imaginaire ?

J’écris le livre. Picou ? Le nom a existé. Le père de ma femme ètait de Pluzunet – qu’on a battu facilement au football, 8 à 0, quand je jouais à Louannec ! – Vous vous rendez compte ? Picou était donc un forgeron de Pluzunet qui aimait jouer des tours. Donc, tout naturellement, comme j’avais affaire à un jeune garçon sympathique, vivant, un peu turbulent, je lui ai donné ce nom de Picou.
Je ne trouvais pas un titre au livre. Picou, c’est trop sec. Un jour, je me promenais sur la route du Bourg à Louannec, près de la ferme de Goascabel, près d’un transformateur. Je ne sais pas si j’ai été éclairé ! Mais, au milieu de tout, un titre a sauté dans ma tête : « Picou, fils de son père ».
Est-ce que c’est moi ? Ah, il y a quand même de moi, mais il n’y a pas que moi. Il y a mes amis du collège – J’étais à Saint-Joseph-, il y na les professeurs. Donc, c’est moi ; donc, ce n’est pas moi ! Heureusement, parce que quelquefois, ma femme me disait : « Comment on t’a gardé au collège si tu as fait toutes ces bêtises !

Dans quel but avez-vous écrit ce livre ?

J’avais une petite vie de jeunesse à résumer. Je l’ai racontée. C’est un peu la vérité »du pays que je raconte en même temps que ma petite vérité…

Etant jeune, avez-vous vraiment joué au foot ?

Au foot ? Oh, mais j’étais une vedette !

Edouard Ollivro au centre avec le ballon. (Collection Serge Urvoas)
Edouard Ollivro avec son ami Milo. (Collection Serge Urvoas)

Qui est Floch ?

Vous savez qu’il m’est venu tout naturellement, celui-là. Il m’est venu plus facilement que Picou. C’est bizarre, hein. Picou, il fallait que je le crée puisque c’était lui l’animateur. C’était lui le chef, quoi. Il fallait donc que je le mette à inventer des choses. Floch, c’était plus facile parce que Floch suit. Il suffisait que Picou se mette en marche et Floch était derrière. On trouve beaucoup plus de Floch qu’on trouve de Picou. On trouve beaucoup moins de gens à marcher devant. J’ai connu dans les collèges des gens qui mangeaient comme lui ! C’est sûr. Ca, ce n’était pad grignoter quelques trucs comme font les filles maintenant. Non, c’était manger : des saucisses, du chocolat, des gâteaux. Tout quoi…

Comment se déroulait la vie au collège à cette époque ?

Ecoutez bien ce qu’était l’Institution Saint-Joseph à ce moment-là. On se levait à 5 heures et demie le matin. Jamais de feu. La cloche sonnait 14 fois dans la journée. En rangs. En silence. Au travail, avec la cour de récréation de temps en temps. Autre chose encore. Vous allez trouver cela stupéfiant puisque les choses ont beaucoup changé. Pratiquement pas de vacances ! On ne sortait jamais en fin de semaine. En plus, il y avait cette chose formidable : les murs ! On était là-dedans 5 ou 6 semaines sans sortir, sauf pour les promenades du jeudi et du dimanche après-midi. Si bien qu’on avait un petit peu besoin de s’éclater. Du reste, certains de nos professeurs étaient de connivence avec nous. Ils étaient un peu complices ! Ils savaient bien qu’un garçon de 13-14 ans ne pouvait pas rester comme ça des semaines et des semaines sans essayer de prendre un petit peu de bon temps. Les externes, on les jalousait. Ces messieurs, à 4 heures ils avaient fini les cours. Ils partaient les mains dans les poches en sifflant tandis que nous, on restait entre les murs, derrière la grille. De l’autre côté de la rue, on les voyait prendre leur paquet de Gauloises, allumer une cigarette et partir libres comme l’air dans les rues de Lannion. C’est pour ça que la cigarette reste pour moi le symbole de la liberté.

Vous avez décrit ce que les personnes ressentaient. Comment pouvez-vous savoir ça ?

Picou, c’est un peu mon histoire puisque je suis un peu Picou, je vous l’ai déjà dit. C’est aussi tout le monde. Comment ressentir ce que les autres pensent ? Je crois qu’il suffit de les regarder et aussi de les aimer.
Si on observe les gens, on peut parler d’eux après. Il faut observer sans critiquer, avec le sourire et de la gentillesse. Figurez-vous que des gens sont venus pendant les vacances à Louannec pour chercher la maison natale de Picou ! Ils croyaient que Picou était vivant. Au fons, c’est moi qui écris ce livre, mais c’est un peu le livre du pays de Lannion, le livre de chacun et de chacune d’entre vous.

L’épisode du Mur de la Mort est-il vrai ?

Aujourd’hui, la télé vous fournit le loisir pendant des heures et des heures. Nous, on était obligés d’inventer nos jeux, nos loisirs.

Pa Penhoat incarne-t-il l’image du Breton ?

Dans notre région, les hommes sont assez vantards. Les femmes, je dois dire que non. Vous n’avez qu’à écouter les hommes évoquer leurs souvenirs, la plupart du temps ils ont fait des exploits considérables que personne ne peut vérifier…
Pa Penhoat est un Trégorrois. Tous les hommes du monde sont pareils. Ils ont les mêmes défauts et les mêmes qualités. Mais dans chaque région, il y a ce qu’on appelle une originalité…

Y avait-il beaucoup de motos comme celle d’Octave ?

Non, à l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’autos ne de motos. Il y a un petit bois à Louannec, à Truzugal. Les jeunes du village, on y allait et on attendait qu’arrivent les voitures. On était là-haut. Ca ne passait pas beaucoup. On disait : « La première sera à toi, la deuxième à toi et ainsi de suite ». Au milieu de tout on entendait arriver une belle voiture, une Rosalie. Après arrivait un vieux camion. Les voitures étaient très rares.

Aimez-vous jouer aux boules ?

Aux boules, tu peux toujours venir ! Il est vrai que j’ai été dressé par un vieux de Louannec qui m’a appris à jouer, même avec du plomb. Quand je ne jouais pas bien, j’aime autant te dire que je me faisais attraper. Oh oui, j’aime bien jouer aux boules.

Pourquoi Nat et Ma apparaissent-elles peu dans votre récit ?

C’est une question que je me suis posée. Je pense que c’est comme je n’avais pas de famille bà l’époque puisque… les choses s’étaient passées ainsi. Je pense que je n’ai pas connu de sœur ni connu de mère.

Pourquoi à la fin du livre y a-t-il des passages tristes ?

C’est vrai. On ne fait pas exprès d’écrire comme ça. Un jour, on a envie d’écrire une chose gaie et le lendemain une chose triste. Ca dépend un peu des histoires que vous avez entendues. Ca dépend peut-être aussi du temps. Quand il fait beau, tout le monde chante. Aujourd’hui, regardez ce temps gris et pluvieux, peut-être on a moins envie de siffler, de chanter.
Sur le plan général, nous sommes dans une région où il y a les paysages de la mer. Le Breton est un peu comme la mer. Un jour, on la voit toute bleue jusqu’au bord. Il y a du soleil dessus et des milliards de pierres précieuses. C’est formidable. On est contents, on est heureux. Quelques heures après, la mer s’est retirée. On voit des rochers plus ou moins noirâtres, le goémon. Alors ce n’est plus pareil, on est plus tristes. C’est ainsi dans mon livre. Il y a la joie, la tristesse. Il y a la vie aussi.

Conclusion à l’adresse des jeunes collégiens qui l’ont interrogé.

Vous avez une chance formidable de faire des études. Mai vous ne devez pas faire des études seulement pour vous, également pour aider les autres, plus tard pour bâtir – c’est là le mot un peu compliqué : une CIVILISATION.
Les uns aidés par les autres... Comme des galets sur une plage et non pas coupés les uns des autres.

Les travailleurs auprès desquels Edouard Ollivro a passé sa jeunesse.
C´était au moulin de Truzugal qui était un teillage de lin
.
 
Georges Thibaut du groupe vocal « Les Quatre Barbus ».
Georges Thibaut (vêtu de vert) était Maître de chapelle à l’église Saint-Germain-des-Prés avant de faire partie du groupe.

Apparenté à la famille Gayet, très connue à Louannec, Georges Thibaut, l’un des chanteurs du groupe « Les Quatre Barbus » venait, l’été, se ressourcer chez nous. « Les Quatre Barbus », groupe vocal fondé en 1938, a connu le plus grand des succès dans les cabarets parisiens au cours des années 50, avant l’apparition de la télévision dans nos foyers. A leur répertoire, chansons à boire, chansons anarchistes et chansons paillardes. Des titres comme « L’homme de Cromagnon », « Ah ! Que nos pères étaient heureux » « J’ai de la barbe… Tu as de la barbe… » sont des paroles restées dans beaucoup de mémoires, même si leur nombre s’atténue.
Françoise Falchier-Quentric se souvient des séjours de l’artiste qui louait certaines années un espace chez elle : « Georges Thibault venait seul. Il aimait raconter des blagues. Un jour, il écossait des petits pois avec moi dans la cuisine et il me faisait chanter. Trouvant ma voix assez belle, il m’avait même encouragée à participer à un radio-crochet à Perros-Guirec. J’avais remporté le premier prix sur un podium monté devant l’Hôtel de Ville de Perros ! Mme Duguet, mon professeur de piano faisait partie du jury… » Née à Beyrouth au Liban où son père était militaire, Françoise m’a montré un diplôme tout à fait surprenant : une prime d’un montant de 300 francs versée sur livret de Caisse d’Epargne en récompense de sa précocité (elle marchait et parlait à l’âge de sept mois et demi !) « C’était une somme supérieure au salaire de mon père ! » précise-t-elle.

Alexandre Quentric, facteur à Louannec, chez qui il est arrivé à Georges Thibault de passer ses vacances d’été.
On voit ici Alexandre remettre le courrier à Pierre Bourdellès, le maire, en plein dans les travaux des champs.

Georges Thibault assistait aux matches de Louannec-Sports sans doute à l’invitation d’Edouard Ollivro. Un soir, son groupe s’était produit au Casino de Perros-Guirec – comme le faisaient alors toutes les vedettes du music-hall français. Dans une espèce de « troisième mi-temps », les Quatre Barbus ont terminé la soirée au chez Augustine Carluer, restaurant, à l’emplacement de la demeure qui jouxte l’escalier du cimetière, au haut de la côte du bourg. Ils ont chanté, tapant sur leurs assiettes ou sur des casseroles en guise d’accompagnement, devant la clientèle qui ne s’attendait pas à une aussi agréable surprise. On dit même qu’Augustine, véritable cordon bleu, a mijoté ce soir-là la recette que tout le monde lui enviait : le homard à l’armoricaine ! Comment pouvait-il en être autrement. D’autres artistes du moment y ont fait étape comme André Verchuren, l’accordéoniste qui, pour rien au monde, n’aurait manqué la fameuse recette d’Augustine…
Monique, l’une de ses six enfants de Georges Thibaut, partage sa retraite entre la Suisse où elle réside et Le Croajou en Louannec où elle passe les quatre mois de la belle saison. Elle dit : « Mon père est né en 1911. Sa mère était originaire de Lannion. C’était une Gayet. Les « Quatre Barbus » chantaient beaucoup dans les cabarets de Paris. Ils faisaient aussi des tournées à l’étranger, dans les pays francophones comme la Suisse, la Belgique, le Maroc. Le quatuor a mis fin à ses activités en 1967 ou en 1968 d’un accord commun. Mon père n’était pas un bavard. Je pense qu’il gérait bien ses comptes même si les cachets d’alors n’étaient pas aussi importants que ceux d’aujourd’hui. On vivait bien. On avait une maison de vacances en Savoie. Je viens ici depuis 22 ans. Louannec pour moi, c’est quelque chose de diffus, de confus. Un sentiment imperceptible transmis par des récits, un héritage presque inconscient. La retraite pour moi, c’était forcément ici, pas sur la Côte d’Azur à Saint-Trop’ ! »
Cet attachement au pays se retrouve aussi chez les Gayet. Des neuf frères et sœurs qu’ils étaient presque tous sont revenus à Louannec. Quand on était enfants, on les enviait un peu quand on les voyait voguer et tirer des bords devant la grève de Pen An Hent Nevez aux commandes de leur dériveur : « C’est notre père, précise Alain, qui construisait nos premiers bateaux à Boulogne-Billancourt. On les envoyait ici par le train. Je crois qu’ils prenaient un peu l’eau ! Plus tard, on s’est acheté un vaurien de série… »

Jacques Etienne (1923 – 2004), une grande plume de la presse du football.
Jacques Etienne. A droite, escapade dans l'arrière-pays lors de la Coupe du Monde de football au Mexique en 1970. Le vainqueur a été le Brésil. (Photos L'Equipe / Droits réservés).

Originaire de Giens (Loiret), Jacques Etienne commence sa carrière de journaliste à « Témoignage Chrétien ». Il rentre ensuite à « L’Equipe » comme secrétaire de Rédaction. On confie bientôt à cet ancien athlète de demi-fond (400 m et 800 m), la rubrique football où il travaille avec Philippe Tournon, l’actuel responsable-communication de l’équipe de France de football. Il devient ensuite grand reporter. Il « couvre » cinq coupes du Monde de football (Angleterre en 1966, Mexique en 70, Allemagne en 74, Argentine en 78 et Espagne en 82) pour le compte de « L’Equipe » et de « France Football ». Jacques Etienne a vécu cette période où le journaliste était très proche de l’athlète. Il voyageait dans le même avion que l’équipe de France ! On lui doit la première interview de Diego Maradona tout jeune ou celle de Michel Platini qu’il était allé voir chez lui à Nancy.
Jacques Etienne a fait de Louannec son lieu de résidence de vacances en 1971. « On passait par là à vélo, nous dit son épouse. On recherchait un terrain en bord de mer et nous avons trouvé ici ce qui nous convenait » Jacques a vite trouvé le chemin du stade municipal, tout près de chez lui. Il y a renoué des liens avec Claude Petyt qu’il avait connu dans les rangs professionnels. Il s’est lié d’amitié avec Louis Bourdellès, le président de Louannec-Sports. Ce grand reporter me disait un jour : « Si je ne devais retenir qu’un seul match de toute ma longue carrière, ce serait le France-Allemagne de Séville en 1982 ! » Une rencontre à rebondissements en effet avec la blessure de Battiston victime d’une faute grossière du gardien Schumacher, de la qualification de la France que l’on croyait dans la poche lorsqu’elle menait 3 à 1 en deuxième mi-temps de la prolongation, l’égalisation de l’Allemagne et sa victoire finale aux tirs au but …
Parallèlement à sa carrière de journaliste, Jacques a été élu de la ville de Bobigny dans les années qui ont suivi le programme commun de la Gauche, initié par François Mitterrand. Jacques Etienne a été inhumé, en 2004, au cimetière de Louannec.

NOTE : S’agissant de journalisme, faisons aussi une place à Jean-Charles Pérazzi, né à Louannec en 1936.
Sens du contact avec autrui et plume alerte ont fait de lui, au meilleur de sa carrière, un grand reporter à Ouest-France. Dans son livre « Reporter en Bretagne – 25 ans d’Histoire contemporaine au Quotidien » (Editions An Here), le journaliste relate, tout en s’appuyant sur la multitude de ses reportages, la vie de la Bretagne de 1970 à 1995. Passionnant !
Jean-Charles Pérazzi mène une paisible retraite à XXX, tout près de Quimper.

Erwoan Pezron, directeur d’une « business unit » de la multi-nationale Arkema.
Équipe fanion de Louannec-Sports 82-83. Erwoan Pezron est debout au deuxième rang à gauche, juste à côté du Président Louis Bourdellès (Photo collection Hubert Saliou).

Erwoan Pezron est un Louannécain qui a su mener de pair études et sport. Claude Petyt avait fait monter ce jeune « canari » dans la sélection départementale. Ensuite sous la direction de Claude Pérard, Yvon Carré puis Pierrot Lescouarc’h, il a évolué en équipe fanion de Louannec. « Un dimanche, se rappelle-t-il, nous étions trois Pezron dans le onze de départ: mon frère Dominique, mon cousin Christian et moi» … Jusqu’à ce qu’une rupture de ligaments mette un terme à sa carrière sportive. Erwoan a alors 23 ans. Mais ce bon footballeur est aussi un bon étudiant qui, entre-temps, a franchi les obstacles universitaires avec l’aisance d’un sauteur de haies : math sup, math spé, des études d’ingénieur en Physique Chimie à Paris, puis une thèse de Doctorat avec comme président de jury Pierre-Gilles de Gennes, qui obtiendra peu après le Prix Nobel.
Le jeune chercheur fait ses armes à l’Institut de chimie des surfaces à Stockholm (Suède). Sa carrière le mène ensuite chez Total aux Etats-Unis (six années à Kansas City). Puis, pendant cinq années, il dirige un centre de recherche en Normandie où son équipe remporte plusieurs prix d’innovation. Depuis 2008, Erwoan est le directeur d’une « business unit » chez Arkema. Dans cette sorte d’entreprise dans l’entreprise, le Louannécain a en charge plusieurs milliers d’employés répartis dans des équipes commerciales internationales, dans huit usines (Chine, Etats-Unis, France) et dans quatre centres de recherche (Chine, Japon, Etats-Unis, France). Arkema est une multinationale, cotée en bourse, spécialisée dans les matériaux et plastiques de spécialité. « Nous diversifions nos secteurs de recherche. Par exemple, nos matériaux sont utilisés dans la fabrication de panneaux solaires, ou les batteries au Lithium. Comme nos matériaux sont légers, souples et élastiques, on les retrouve également dans le sport de haut niveau. Pour la petite histoire, les chaussures de Griezmann lors de l’Euro (des Puma) ont été faites à partir de nos produits… Mes journées sont très variées. Je fais de la finance, de la recherche, du commercial et du relationnel. Pas de routine ! ».
Entre ses déplacements partout dans le monde, Erwoan et son épouse Isabelle, professeur à l’Université de Technologie de Compiègne, et leurs deux enfants Juliette et Sébastien, viennent rendre visite à Croaz Nevez au papa, Jean-François, ancien artisan menuisier et à maman, Annick, ex-tenancière d’Unico au bourg de Louannec.

Mélanie CRAIGNOU, Vice-Dauphine de Miss France 2010.
À gauche : en 2008, Mélanie qui vient d’être élue Miss Côtes d’Armor, a été fêtée à Louannec. Elle pose à côté de Jean Nicolas, Maire. À droite : Mélanie, à gauche, pose aux côtés de Miss France 2010 et de la première dauphine.

Miss Armorique 2009, Miss Bretagne 2009, vice-dauphine de Miss France 2010, Mélanie Craignou est issue d’une famille louannécaine depuis plusieurs générations. Son arrière-grand père maternel, Auguste Lozahic, exploitait la ferme attenante au château de Barac’h.
La finale nationale de Miss France à Nice, cérémonie suivie par des millions de téléspectateurs, a donné à la charmante Louannécaine une formidable exposition médiatique et sans doute ouvert quelques portes. Mélanie a, suite à cette distinction, participé à des défilés de mode. Elle en a organisé. Elle est hôtesse protocolaire sur le Tour de France depuis cinq ans et, on peut la voir, au soir de chaque étape, remettre au champion le maillot à pois.
Pour Mélanie, Louannec représente la commune de son enfance et de son adolescence. Elle se souvient d’avoir été championne de Bretagne, avec son club de gym « Les Sternes ».
Dans un article « Mélanie porte haut les couleurs de sa Bretagne » qui lui est consacré, on peut lire : « Autant dire que Mélanie Craignou ne passe pas inaperçue du haut de son mètre soixante-dix-sept. Vous êtes attirés par ses yeux d’un bleu limpide et scintillant, par une silhouette de mannequin. Tout cela se traduit par une aisance exceptionnelle sur le podium. »

VIEUX MÉTIERS ET TRADITIONS…

Teilleur de lin…
Les teilleurs de lin étaient une partie de l’année ouvriers agricoles quand il s’occupaient des différents travaux liés à cette culture : arrachage, séchage et ramassage du lin. Ensuite, à l’entreprise tenue par Pierre Saliou, à Kerscouach, ils étaient comme les employés d’une PME. Il s’agissait alors de traiter la tige pour en extraire l’étoupe qui servirait à faire de la toile. Les ouvriers concluaient la plupart du temps un marché avec le cultivateur avant d’arracher la zone plantée de lin. Ce qu’on appelait « travailler à la tâche ».

Teilleurs de lin au travail. Photo de gauche AWEL DRO - Yves Le Troadec.

La plante était ensuite étalée sur un champ ou sur un pré pour sécher, comme le foin, pendant environ trois semaines. Je me souviens avoir travaillé à retourner les andins. C’était un travail bien plus agréable et plus facile que le ramassage des pommes de terre par exemple. Il suffisait de glisser un long bâton sous l’andin et de retourner l’empan que nous avions soulevé. Une fois, à l’entreprise, ces tiges étaient dégrossies pour en extraire la partie dure, la chènevotte que l’on brûlait, le soir, dans les cheminées. Par poignées, les ouvriers passaient les fibres dans des spatules qui tournaient à une grande vitesse. L’un des collègues de mon père, Jean Talbot, avait un crochet en guise de main suite à un accident de travail. Louis Le Calvez m’a dit : « Son bras était allé dans les spatules. Quand j’ai vu ça, j’ai jeté à terre la courroie de transmission. Sa main est sortie comme du pâté ! »
C’était impressionnant de voir les teilleurs travailler dans le bruit et dans la poussière. A peine si on voyait le bout de l’atelier. « J’y ai avalé de la poussière. Plus d’une brouettée et plus de deux aussi. J’ai commencé à chiquer à l’âge de 14 ans pour faire sortir toutes ces saletés ! » disait Louis Le Calvez. Le sol était comme encaustiqué, ciré naturellement par l’huile de lin. Les lourds ballots de filasse, 100 kilos chacun, étaient entreposés dans une pièce annexe avant d’être acheminées vers les filatures du Nord de la France.
En morte saison, les ouvriers allaient égrener le lin dans les fermes où la nourriture était très frugale. « Un jour, nous avons trouvé des œufs sur le tas de lin. Comme la nourriture était juste, nous en avons mangé deux ou trois chacun avant de porter le reste à la maison. La fermière nous a dit : Je croyais que mes poules étaient devenues des coqs puisque je ne trouvais plus d’oeufs ! » m’a rapporté un des ouvriers.

Le taupier…
Pierre Dagorn qui fut en son temps le doyen de Louannec exerçait le métier de taupier. Le « grand valet » de la ferme de Cabatous lui ayant, un jour, lancé un os à la figure, Pierre Dagorn perdit, à 12 ans, l’usage d’un œil. Devenu borgne, il n’en était pas pour autant myope comme une taupe. Ce n’est pas dans la figure de style qu’était son rapport avec l’animal des champs. Il la chassait. « O mon dieu, on était pauvres à l’époque. Moi, mon vieux, je gagnais mieux ma vie qu’un journalier en attrapant des taupes. J’avais sur le dos 52 pièges et une houe. A chaque taupe que j’attrapais, le fermier me donnait un sou et après j’avais 5 sous pour chaque peau. J’attrapais à peu près 200 taupes par semaine. Les peaux partaient chez Ravilio-Frères à Paris. Je n’allais pas attraper les taupes quand il y avait les grands travaux à la ferme : les foins, la moisson, le lin, etc.. » Pierre Dagorn a travaillé jusqu’à l’âge de 80 ans.
Il a été le doyen de la commune. « J’ai fait un peu de tout sur ce morceau de terre à patates » m’a-t-il dit en me confiant le secret de sa longévité : manger de la viande, beaucoup de pain, boire un peu de vin et marcher beaucoup.

La récolte du goémon…
Les sols de l’Armor - la frange côtière de la Bretagne- sont beaucoup plus fertiles que ceux de l’Argoat, l’intérieur, parce que les paysans de la côte ont enrichi et amendé leurs terres en y apportant des algues. Début janvier de chaque année, le conseil municipal prenait une délibération pour fixer la date d’ouverture de la coupe de goémon de rive. Il y avait aussi le goémon d’épave que la marée déposait sur la grève. Tous les cultivateurs qui avaient des terrains sur la commune avaient droit de coupe. Chaque ferme avait ses rochers. « J’ai assisté à des discussions très vives pour des rochers de la taille d’une table de cuisine ! Au bout d’une quinzaine de jours, il n’y avait plus rien à grignoter. Les rochers étaient mis à nu comme le carrelage de la pièce où nous sommes » m’a dit Pierre Lannou, un témoin de l’époque.

Cette récolte se faisait sous la surveillance du garde-champêtre qui veillait à ce que les opérations se passent dans les règles. Il était interdit de commencer avant le lever du jour. Chaque cultivateur n’avait pas le droit d’employer plus de deux personnes étrangères à la commune. Des personnes venaient prêter main forte parce qu’elles étaient redevables de servitudes : s’alimenter en eau à la fontaine de la ferme, utiliser le lavoir alimenté par la fontaine. Une fois sur place, les paysans coupaient le goémon à la faucille. Ils le transportaient auprès des charrettes dans des civières et ils le chargeaient à la fourche. « Les gens souffraient, les chevaux aussi. Chez nous, il y avait une jument qui s’appelait Cocotte, elle aurait étouffé dans la côte plutôt que de faire marche arrière ! » Les charretiers les plus expérimentés dirigeaient des attelages de quatre à cinq chevaux.
Certains allaient en bateau à Tomé ou aux Sept Iles et ils revendaient ensuite leur récolte. Le goémon, riche en potasse, convenait surtout aux betteraves. Ces journées se terminaient par une petite fête car bien souvent on avait tué le cochon à cette occasion…
Dans une de ses nouvelles « La grande moisson de la mer », Edouard Ollivro écrit : « C’était quelque chose, en ce temps-là, que la coupe du goémon. Aujourd’hui, un peu partout, on répand des engrais sur les terres. A l’époque dont je parle, le goémon des rivages était le seul engrais connu, et, au jour de la coupe, de toutes les fermes, les charrettes descendaient vers la côte en un cortège interminable. Les maisons se vidaient. Hommes, femmes, jeunes gens et jeunes filles, même les enfants, même les vieux qui réchauffaient leurs vieux os près de l’âtre, tout ce qui pouvait travailler s’armait de serpes et de fourches et s’en allait au goémon. Chaque ferme avait son lopin de mer, fixé depuis des siècles par la coutume… La coupe du goémon, c’était à la fois la fête des riches et des pauvres… »

Les lavandières…
Yvonne Philippe était une de ces lavandières. C’était une voisine qui avait eu une vingtaine d’enfants. D’une voix forte, elle parlait à moitié breton à moitié français. Je crois qu’elle n’était jamais allée à l’école. Certaines journées, elle venait laver le linge. Le linge sale était entassé dans une brouette. Yvonne allait au lavoir de Kerscouach quel que soit le temps. Elle s’installait à genoux dans sa caisse sur une couche de paille. Elle lavait le linge avec de gros savons cubiques de Marseille. Quand elle rentrait, on faisait bouillir le linge dans une lessiveuse. En suite, elle le mettait à sécher dans la courette sur des fils.

Couturière à domicile…
A force de les porter, les pantalons s’usaient au niveau des genoux et du fessier, les vestes s’usaient au niveau des coudes. Nos périples dans les champs et dans les bois y faisaient plus souvent qu’on ne l’aurait souhaité des accrocs dans nos vêtements. Madame Cadran qui habitait au Croajou, venait à la maison réparer tout ça. Et puis, il fallait aussi accommoder à la taille de l’un un pantalon devenu trop petit pour l’autre, faire des blouses grises neuves pour la rentrée des classes. Plus tard, c’est notre sœur aînée, qui s’acquittait de cette tâche. Nous étions fiers de la machine à coudre électrique qu’elle avait achetée en remplacement de la machine Singer à pédale…

Le rémouleur…
« Couteaux, ciseaux, rasoirs ! » c’était le rémouleur qui annonçait son passage. Il poussait une meule montée sur une espèce de carriole pour aiguiser les outils...

Livraison de pain à cheval…
Emile Dissez était boulanger à Kermaria-Sulard. Comme il était porté sur la bouteille, nous disions qu’il habitait à Kermaria-Soulard ! Certains jours de la semaine, il passait livrer le pain avec une charrette tirée par un cheval.

Colporteurs à domicile…
C’étaient des Algériens, portant blouse comme notre instituteur, qui allaient à pied de maison en maison portant sur le dos un lourd balluchon. Ils vendaient des draps et des habits divers. La population, peu habituée à voir des étrangers, se montrait méfiante devant ces colporteurs qui étaient appelés –pardon de l’écrire - « bicots » ou « Mon z’ami ». Je ne pense pas que leur commerce était florissant… Il y avait aussi un colporteur qui vendait des tamis. On l’appelait « Rideller ». Quelquefois, quand nous étions en groupe au retour de l’école, nous le poursuivions et nous l’insultions. Un jour, je crois même que nous – garnements que nous étions- avons crevé plusieurs de ses tamis…

Le vannier…
« Brins d’osier, brins d’osier, courbez vous assouplis sous les doigts du vannier »
Un de nos voisins, Siméon, travaillait l’osier. Il fabriquait des paniers pour faire les courses ou transporter des œufs, des mannes pour transporter des pommes de terre.

Le cordonnier…
Quand les semelles étaient usées, nous apportions nos chaussures à Pen-ar-C’hoat (= le bout du bois) chez le cordonnier François Rémond. Il collait une pièce en remplacement de la partie usée et, pour ralentir la future usure, il y fixait avec  de petites pointes des fers. Nous aimions aller y porter ou chercher des chaussures parce qu’il y avait un baby-foot. Nous étions autorisés à disputer quelques parties.
Il m’est arrivé de porter des chaussures dont on coupait le bout, au niveau des orteils, quand elles étaient devenues trop petites ! Quant à nos sabots, c’est notre père qui y cloutait des pièces en caoutchouc, parfois des morceaux de pneus…

Le bourrelier…
Quelquefois, j’allais chez Jean-Pierre Crocq à Petit-Camp. Son père était bourrelier. Son travail consistait à réparer les harnais et les colliers des chevaux. Il recousait les pièces avec des morceaux de cuir qu’il perçait avec une sorte de poinçon, une alêne. Pour éviter que son fil ne pourrisse sous l’effet de l’humidité et de la sueur des bêtes de trait, il le passait dans une sorte de poix. Ces années-là, les chevaux étaient nombreux sur le territoire de la commune puisqu’il n’y avait pratiquement pas de tracteurs ni de voitures.

La forge…
Au Croajou, il y avait une forge avec le foyer où le fer était chauffé à blanc avant d’être façonné. Le forgeron remplaçait les pièces défectueuses des charrettes ou des outils comme les charrues, les herses, les brise-mottes…

Le maréchal-ferrant…
C’était un métier très proche de celui de forgeron. Le maréchal-ferrant était plutôt spécialisé dans le ferrage des chevaux et dans le cerclage des roues de tombereaux qui étaient des charrettes avec des roues très hautes leur permettant de circuler sur des terrains boueux et détrempés. Il y avait une forge dans la rue que l’on prend pour aller à Poulajou.

Le tueur de cochons…
Il s’en allait de ferme en ferme, avec sur le porte-bagages de sa bicyclette, tous les outils nécessaires à la cruelle « cérémonie » de la mort du cochon. J’ai le net souvenir de deux ou trois de ces charcutiers itinérants dont Hippolyte Nicolas. Lorsque le cochon voyait la lame effilée s’approcher de sa gorge, il comprenait pourquoi on l’avait tant gavé de pommes de terre, de farine d’orge et de petit lait ! L’animal dépecé allait poursuivre sa carrière sous forme de jambons, de saucisses, de pâtés. Une partie de la viande assurait les « fricots » donnés lors des mariages, des communions ; le reste subvenait aux besoins de la famille pendant des semaines. La tradition voulait aussi que dans un quartier chaque cultivateur espaçât cette journée pour ne pas avoir à conserver la viande trop longtemps. Comme il n’y avait pas de réfrigérateur, on échangeait cette nourriture entre voisins. Ce calendrier bien au point permettait à chacun de bénéficier de viande fraîche une grande partie de l’année.

Photos - Robert Gernot / www.robert-gernot.fr

Son fils, Hilaire, qui vient de prendre sa retraite après toute une carrière passée à la charcuterie de Louannec, se souvient : « Dès l’âge de 7 – 8 ans, je suivais mon père dans les fermes de Louannec, Trélévern, Kermaria, Saint-Quay. Certains jours, il tuait et dépeçait jusqu’à trois cochons. En été, on n’abattait pratiquement pas de bêtes à cause de la difficulté de conserver la viande en période de grandes chaleurs. Dans ces moments qui correspondaient aux foins et à la moisson, mon père devenait ouvrier agricole. Je pense qu’il vivait mieux de son travail de charcutier car, en plus de son salaire, on lui donnait pour rentrer chez lui un rôti ou de la saucisse ou du pâté. C’est donc, vois-tu, tout jeune que m’est venue cette envie de devenir, moi aussi, charcutier. »

ET FINIR EN CHANSON…

Le barde de Louannec, Jean Derrien.

Le barde louannécain Jean Derrien (de Nantouar) était l’une des têtes d’affiche lors des « Vielhadeg » (Veillées) dans la troupe de Maria Prat. A ce titre, il composait surtout ses chansons en breton. Il savait aussi le faire en français comme le témoigne cette chanson.

SI LOUANNEC…
Si Louannec se trouvait en Provence,
Tous les boulistes seraient au rendez-vous
Pour faire la pétanque tous les dimanches
Dans les allées de boules au Croajou.
Et là, tous les mordus de la pétanque
S’amuseraient à longueur de journées.
Et Bernadette dirait : Eh, tu la manques
Change ton tir et paye la tournée !

Si Louannec se trouvait en Provence,
A Penn-ar-C’hoat pousserait le melon
Et l’on aurait les plus beaux fruits de France
Tout aussi beaux que ceux de Cavaillon.
A Coadénec pousseraient des tomates
Certes les plus belles sous le soleil.
A Kérizout, il y aurait des patates
Comme on n’en a jamais vu de pareilles.

Si Louannec se trouvait en Provence,
Louannec-Sports jouerait au rugby.
Sur les terrains au bord de la Durance,
Il ferait bon battre ceux du Midi.
Les supporters diraient : Allez, les jaunes !
Nous avons encore gagné, mon bon.
Allons donc boire un bon Côtes du Rhône
A la santé des p’tits gars du ballon.

Si Louannec se trouvait en Provence,
Mabiliès serait plein de soleil
Et nous aurions, mes amis, quelle chance !
Un député à l’accent de Marseille.
Il nous dirait les belles galéjades
Qu’ils se racontent à la Chambre à Paris.
Nous, on rirait à en être malades
En dégustant le pastis avec lui.

Si Louannec se trouvait en Provence,
Tout finirait bien sûr par des chansons.
Et Jean Derrien pousserait sa romance
En nous chantant : Sur le pont d’Avignon.
Il chanterait dans le port de Marseille
Aux pescadous, les pêcheurs de là-bas.
Il chanterait dans l’accent de Mireille
Sous les platanes et les beaux mimosas.

Mais Louannec, ce n’est pas la Provence.
C’est beaucoup mieux, c’est le pays breton.
C’est mon pays sur les bords de la Manche
Où l’on respire l’air pur à pleins poumons.
Si Nantouar n’est pas la Canebière,
Si Truzugal n’est pas Le Lavandou,
Je l’aime bien, mes amis car, peuchère,
C’est tout de même la pays de Picou !

Ce n’est pas la campagne provençale
Mais nous avons nos genêts, nos ajoncs.
Nous n’entendons pas le chant des cigales
Mais nous avons le cri-cri des grillons.
Chez nous aussi, on chante et on rigole,
On boit un coup et les hommes sont gais.
Les filles aussi dansent la farandole
Dans les pardons quand vient le mois de Mai.

Jean DERRIEN (15-5-1970)

Pierre Salaun, ex-professeur de breton, a réalisé pour le journal Le Trégor toute une série d'interviews dont celle de Jean Derrien:

LE COURRIER DU LECTEUR.

Merci beaucoup Jean-Paul pour ce formidable travail de mémoire. A la fois acteur (déjà au pied du château d’eau de Mabiliès en 1954 comme on le voit sur une photographie) et chroniqueur de la vie locale tout au long de ces années, tu étais le mieux placé pour raconter l’histoire et les histoires (petites et grandes) de Louannec. Nous avons beaucoup de chance.
Tu le fais avec précision et rigueur et surtout sans nostalgie. Avec toujours ce regard bienveillant sur les aventures et les hommes, tu nous aides à comprendre d’une manière très concrète, les évolutions, les mutations et les transformations de ces cinquante dernières années.
« L’universel, c’est le local moins les murs ». C’est le titre de la conférence que prononça Miguel Torga en 1954 pour parler de sa province du Portugal. Cette même année paraissait le « Picou » de Edouard Ollivro. Deux hymnes aux terres natales « les pieds plantés dans l’humus de son village » où on parle de sacs de châtaignes, de jambons, des bagarres au couteau, de processions, de la roue de Ben La Cloche, du mur de la mort… « L’authentique qui peut être vu sous tous les angles et qui, sous tous les angles est convaincant, comme la vérité ». Deux hymnes à la simplicité et à la fraternité.
Je quittais Louannec en 1955 à l’âge de deux ans et demi. C’est dire si ma mémoire du lieu des origines est lacunaire. Les récits inexistants. Seules quelques images : des oriflammes jaunes – une procession certainement - un comice agricole sur le terrain de football… La couche d’humus est mince.
Ton travail vient combler un vide et quelques trous. Et ça fait du bien. (Julien Simon)


Précision : Né le 08/07/1952 à Cacousiris en Louannec, Julien Simon est auteur dramatique et comédien. Il a notamment écrit une trilogie « Langage et mémoire » :
« Comme un ange après temps de misère » Editions Ubacs 1993
« Un drôle de silence » Lansmann Editeur 2008
« Dans l’air » Editions Isabelle Sauvage – parution automne 2016
Ces textes ont été montés à France Culture et à la RTBF Bruxelles.
« Ils sont partis comme ça… » le film documentaire de Catherine Bernstein et Julien Simon a été réalisé en 2014 à partir du dernier volet de la trilogie.

*

Cela m’a fait grand plaisir de lire ton site si documenté ainsi que la retranscription des propos de Papa. Je suis dans le Trégor et, si tu en as le temps, je serais très heureux de pouvoir me déplacer à Louannec pour te rencontrer. (Jean Ollivro)


Précision : Jean est le fils d’Edouard Ollivro. Géographe, il enseigne à Rennes et à Sciences Po Rennes. Il est le président du think tank (= laboratoire d’idées) « Bretagne prospective ». Economiste reconnu, on a pu le voir exposer ses arguments dans plusieurs émissions à la télévision dont « C dans l’air ».

*

Tout d’abord, je tiens à signaler que ce dossier est très bien rédigé et captivant. Je me suis laissé prendre à sa lecture. C’était très intéressant. Les adultes se souviennent de leur passé tandis que les plus jeunes, comme moi, peuvent découvrir le Louannec d’antan. De plus, le dossier est on ne peut plus complet. C’est selon moi, une bonne idée que de l’avoir découpé en différentes parties. Les anecdotes du passé apportent une touche réaliste et elles sont souvent très amusantes. La partie sport est captivante. Voir ce que mon grand-père (ndlr : Charles Darrort) a fait ou dit quand il était joueur de foot m’a fait sourire. Peut-être manque-t-il un petit paragraphe sur le tennis ? Le seul bémol que je peux noter est parfois une suite d’images sans notes. Je pense qu’il faudrait rajouter quelques légendes. Pour finir, ce dossier est remarquable et bien réalisé. Il fait honneur à notre petite ville et à son histoire ! (Simon Le Cabec, Stivel)


Réponse : Venant d’un ado qui va vers ses 16 ans, ce courrier me fait énormément plaisir. « La valeur n’attend pas le nombre des années… » Même si cet alexandrin est devenu un cliché, je l’utilise, Simon, à ton intention. Je vois que tu as fait de mon dossier une lecture exhaustive et très affûtée. Dans l’appréciation que tu portes, tu fais preuve dans ton jugement d’une grande maturité. Tu as même su mettre le doigt, sans concession, sur quelques faiblesses dont je vais, bien sûr, tenir compte. Comme ce dossier est évolutif, donc aucunement figé, il me sera facile d’apporter les retouches que tu juges nécessaires.

*
Eh bien, je ne sais trop quoi dire. J’ai presque les larmes aux yeux à la lecture de ce dossier.
Mon mari va en faire deux tirages. Il va en adresser un à mon père à Kermaria-Sulard.
(Maguy Vogt Crocq, Trégorroise expatriée en Lorraine)

*
Je suis très émue… (Sylvie Le Pierrès, Louannécaine qui réside en Guadeloupe)

*
Excellent ! Merci… (Yves Symoneaux, Quimper)

*
Il a étudié « les 50 années qui ont changé Louannec ». Viscéralement attaché à sa commune, Jean-Paul Simon en a analysé la métamorphose. Et notamment le boom démographique qu’elle a connu ces dernières années. (Ouest-France)

*
Merci pour ce magnifique travail. Nous avons, mon père et moi, pris plaisir à lire tout le dossier.
Il est vraiment complet. (Annie Godé)

*
Superbe boulot (Joseph Robino)

*
Bravo pour le site. Franchement, c’est un super boulot pour nous, les Louannécains expatriés.
J’ai transféré à d’autres Louannécains. C’est génial !
Je ne connaissais pas du tout l’histoire de Lindbergh. On voit qu’à l’époque, il y avait une véritable vie
de village que j’ai connue, jeune. Une autre époque… (François Pezron à Bayonne)

*
Beau travail, Jean-Paul. Nos souvenirs de jeunesse à Mabiliès. (François Le Merrer)

*
J’ai beaucoup apprécié ton étude et je te félicite pour ce travail. J’aime tous ces gens qui, comme toi, restent fidèles à leurs origines avec des racines bien ancrées dans leur sol natal. (Guy Prigent, Ploulec’h)

*
Un beau travail de recherche. C’est d’autant plus intéressant à lire quand on connaît les lieux et l’histoire de la commune. (Christine Truong, Chevilly-Larue)

*
Beau boulot. J’ai particulièrement apprécié la rubrique « Figures locales et métiers d’antan ».
(Philippe André, Courbevoie)

*
Bravo pour ce dossier que je trouve très intéressant. (Carmen Gomez, Banyuls)

*
Merci pour cette vague de souvenirs, tout au long du récit. Retour en enfance et à notre jeunesse, même si pour moi Louannec, ce n’était que pendant les vacances. Une petite précision. Il me semble que l’ARAL a été fondée en 1976, oui. La première présidente a été Marie-Rose Burel, de 1976 à 1980. Madeleine Porchou lui a succédé en 1980. C’est un détail. (Françoise Le Fouler-Le Roy, Louannécaine à temps plein depuis cinq ans)

*
Je trouve ce dossier très bien documenté et complet. J’ai téléphoné à Louannec. Il semblerait que tout le monde en parle d’après ce qu’on m’a dit. (Tam Tang, Saint-Jean de la Ruelle)

*
Louannec. L’étude qui dit tout sur la commune. (Affichette du présentoir Le Trégor)

*
Mémoire d’ici. Jean-Paul Simon dévoile les petits secrets de Louannec. 50 ans ont changé Louannec. Une étude fouillée passe ces décennies au crible. (Hebdomadaire Le Trégor)

*
En tant qu’ancien habitant de Louannec, j’apprécie énormément ce dossier. Je me permets d’adresser mes sincères félicitations à Jean-Paul Simon. Oui, quel plaisir nous a apporté Louannec-Sports. (Michel Fressier, Mayenne)

*
Marcheurs de Bourbriac (écho dans Louannec-Sports) Je suis marié depuis 1953 à Louise Le Boulanger, fille d’Eugène, de Kerambellec. Mon beau-père était l’un de ces marcheurs. Ma femme lira avec attention ces jours prochains ce livre de souvenirs. (Hugues Genest, Paris 13ème)

*
LOUANNEC-SPORTS.
Jean-Paul Simon, Louannécain pur jus, a fait un travail très intéressant sur l’évolution de Louannec ces 50 dernières années. Un chapitre est consacré à Louannec-Sports. Le club était étroitement lié à la vie de la commune et à ses habitants. Ayant pris part à cette histoire, je vous invite à visiter le site www.50-ans-louannec.fr (Albert Cadiou, co-président de l’US Perros-Louannec - monclub.net/USPERROS-LOUANNEC/index.php?page=accueil.php)

*

Excellente initiative qui mériterait d’être étendue à l’ensemble de nos communes comme témoignage de l’histoire locale afin de constituer une sorte de mémoire collective. Une action indispensable alors que notre époque ne valorise que l’instant présent. Elle peut être, en particulier, utile aux nombreux résidents originaires de diverses régions qui s’installent dans le Trégor. Pour la retraite ou pour raison professionnelle.
Peut-être faudrait-il développer un peu plus le paragraphe sur Rosmapamon et Ernest Renan car ce dernier a été une figure intellectuelle marquante de la seconde moitié du XIX ème siècle. Citer quelques personnalités présentes lors de la période estivale. Il est peut-être intéressant de signaler que les derniers propriétaires ont restauré et meublé cette maison comme du temps de l’occupation de Renan. (Yves Acquier, Lannion)


Réponse : Ta remarque est très pertinente. Elle me conduit à inclure et à rajouter à ce dossier un article que j'ai récemment écrit sur Renan et qui a été publié dans le Bulletin municipal de Louannec.

*
Tu retraces parfaitement l'évolution de la commune depuis l'arrivée des télécoms dans notre pays. Tu nous rappelles les grands souvenirs sportifs de Louannec-Sports et du tennis de table entre autres. Bravo à toi. War arok bepred ! (Christian Le Maillot)

*
Félicitations pour ce travail sur Louannec. (Marie-Paule Saliou)

*
LOUANNEC-SPORTS.
Mon père, Alfred Pérazzi, boulanger à Pen Lan Vihan, a joué un rôle dans les débuts de l’activité football dans la commune. Comme il faisait la tournée de pain dans la commune à partie de 1936, il rencontrait des jeunes et il pensait qu’une activité sportive leur conviendrait. Mon père était né en Argentine en 1906. Il était de nationalité suisse. Les buts étaient faits ici avec du bois de la forêt de Barac’h offert par M. Le Bihan. Mon père gonflait aussi les ballons et passait les lacets pour ajuster l’enveloppe de cuir. Combien de fois ne l’ai-je pas entendu crier : « Merda ! Puta la Madona ! » quand par maladresse il crevait la vessie ! Mon père a tout laissé tomber quand un membre de l’équipe dirigeante a dit un jour : « Toi, le P’tit Suisse, tu n’as rien à faire ici ! » (Pierre Pérazzi)


Réponse : Merci, Pierre, pour cette précision. Il est bon de rendre à César ce qui appartient à César…

*
Quel travail tu réalises. C’est impressionnant !
Pour le Guillors, les témoignages que tu as publiés vont sans doute permettre d’affiner le récit que Daniel Potin détient de sa famille. C’est intéressant de refaire l’histoire de cette façon…
Je me pose la question de savoir à quel moment mon père (ndlr : Yves Goasampis) a été pris en otage à Cabatous et retenu une semaine au blockhaus de Pen an Hent Nevez avec d’autres Louannécains. Ils ont été libérés grâce à une intervention de Pierre Bourdellès auprès de la Kommandantur. (Yvette Le Goff)


Réponse : L’épisode vécu par ton père fait suite à l’accrochage du Guillors. Les Allemands qui avaient subi des pertes humaines ce jour-là recherchaient activement les Résistants qui leur avaient tenu tête. J’ai appris qu’Yves-Marie Pezron (ferme de Kerespertz) et Louis Crocq entre autres faisaient partie des Louannécains arrêtés en même temps que ton père. Ils avaient été conduits au blockhaus de Pen An Hent Nevez pour ensuite subir un interrogatoire en bonne et due forme à Servel. C’est là qu’on leur a remis une pelle pour creuser des tombes. Ils ont eu très peur car ils croyaient que c’était la leur. En fait, on avait fait d’eux des fossoyeurs qui préparaient les sépultures de marins allemands, noyés en grand nombre au large de nos côtes au cours d’un affrontement.


Merci, Jean-Paul, de reconstituer tout ce factuel dont tous les intéressés n’ont pas eu connaissance. Mon père, en tout cas, n’avait pas objectivé le sens des événements que tu rapportes. Les recherches que tu effectues et leur mise en relation donnent une vraie dimension à l’histoire locale. Passionnant, ce travail ! (Yvette Le Goff, née Goasampis)

*
Un concentré d’histoire locale… Des sujets intéressants et variés, bien traités.
(Pierre Goasampis, Mayennais, originaire de Kermaria-Sulard)

*
Il y a cinq ans, les propriétaires de Coat-Gourhant m’avaient vaguement dit que des Résistants se cachaient dans la ferme. Nous n’avions jamais entendu parler de cela quand on y habitait. Papa s’est installé dans cette ferme juste après son mariage en 1959. Il y a travaillé dur avec Maman. Et nous aussi d’ailleurs, les cinq enfants. On a fait les moissons, le maïs, le cidre après la récolte des pommes. Ah, j’ai tourné la baratte aussi. Il y avait un bon troupeau de vaches, quelques cochons, des chevaux pour les travaux des champs et plein de volailles. Mon père travaillait aussi au manoir de Kerigant chez M. Beauverger, sur la route de Lannion. Il a quitté ce travail et la ferme en 1976. Il avait trouvé un travail de carrier, un peu mieux payé à La Clarté. Que de bons souvenirs dans cette ferme. Nous avons connu Marthe Potin, les Hamel et bien d’autres… (Armelle Picolo Cuziat, Louannécaine installée dans le Sud-Ouest)

*
Merci pour ce super album. J’en fais la diffusion autour de moi. (Gérard Body)

*
Ton site est connu. Il m’a été signalé par trois sources différentes. (Erwoan Pezron, Région parisienne)

*
Je suis ravi d’apprendre tant de choses grâce à ton remarquable travail. Pour l’anecdote de ce qui s’est passé dans notre maison ( ndlr : l’intrusion des Allemands ; la remise d’espadrilles à François Potin, en fuite et activement recherché par ces mêmes Allemands), il n’y a pas eu beaucoup de témoins à pouvoir nous en parler, sauf… Marthe Potin elle-même. J’ai une fois eu l’occasion d’évoquer avec elle des faits de guerre, mais ce fut évasif, fugitif même. J’avais très vite compris qu’elle ne souhaitait pas s’étendre sur le sujet. En tout cas, un grand merci pour cette information qui ne laisse pas insensible le curieux que je suis, surtout en ce qui concerne les détails à caractère historique. (Pierre Le Dauphin, Ar Vouster)

*
C'est par hasard que j'ai découvert le document que tu as réalisé sur LOUANNEC. Je tenais à te féliciter pour les recherches effectuées. C'est du bon boulot et j'ai pris beaucoup de plaisir à me replonger dans le LOUANNEC que j'ai connu jusqu'en 1974. Bien que nos racines réelles ne sont pas louannaicaines (papa de Coatreven et maman de Langoat) je me sens personnellement originaire de LOUANNEC.
Je suis nostalgique du LOUANNEC d'autrefois. Je garde en mémoire les mois de vacances à Keryvon, les bains de mer à la grève de Pen ar n'en nevez, les jours de battage chez une tante de Coatreven, les talus magnifiques qui bordaient les routes, le josken du Boucher du bourg (est-ce que l'on mange toujours du josken ?) les pots de lait que l'on allait chercher à la ferme de Marcel Saliou, avec son centimètre de crème sur le dessus), l'odeur du pain dans la camionnette du boulanger de Kermaria...
Je ne vis plus à LOUANNEC, (la vie en a décidé autrement) mais je te remercie de m'avoir fait replonger dans cette époque là. J'ai aimé les photos anciennes, j'ai retrouvé des anciens copains ou connaissances. J'ai surtout appris beaucoup de choses. Je l'ai partagé avec mes frères et sœurs et mon cousin Christian Ropars.
Kenavo Ar vechall. (Martine Prigent Carre, Puerto de Soller - Majorque - Espagne)

*
Au sujet de la langue bretonne.
Je trouve très intéressant ce que tu as écrit. J’ajouterais que la langue bretonne est également enseignée dans des écoles publiques (div yezh) et privées (dihun). J’ajouterais encore que j’ai vécu tout ce que tu écris et que j’ai beaucoup souffert dans mon enfance de parler breton (moqueries très fréquentes à cause de mon accent breton). J’ai retrouvé le bonheur de parler breton en fac de lettres à Rennes où j’ai côtoyé un groupe de bretonnants très actifs et mordus de la langue. J’ai pris ma revanche sur le passé lorsque j’ai eu mon poste d’enseignante bilingue à Tréguier. (Marie-Anne Geffroy, Buhulien)

*
Au sujet de la langue bretonne.
Quand j’étais enfant, beaucoup de monde parlait breton à Louannec. Mais pas moi. D’ailleurs, je ne le comprenais pas à part quelques tournures sympathiques qu’on adresse aux enfants. « Fri lous ! » quand ils rentrent crottés du jardin. « Da gousket » quand il se fait tard. Et aussi « war raok bepred » qu’on lisait sur le blason de la mairie. Et même « Na neus ket ur sant evel Sant Erwan » chanté à l’église par des voix de plus en plus chevrotante au fil des années.
Jean-Paul est né en 1944. Je suis née en 1976. Entre nos deux enfances, le monde avait changé. Pour les enfants des années 1980, une enfance à Louannec, c’était encore une enfance où on jouait dans les champs, on grimpait sur les talus. Les vaches traversaient le bourg et les automobiles roulaient à vive allure, négociant habilement le virage devant le marchand de tabac. A la supérette ou à la boucherie, j’entendais le breton.
L’apprendre ? Mais qu’est-ce que tu vas faire avec le breton ? Tu veux garder les vaches ? Ça ne sert à rien. Netra. Mann ’bet. Nada. Il faut apprendre des langues in-ter-na-tio-nales. Ce sera bientôt l’an 2000. Toute le monde devra parler anglais et allemand et espagnol. Pas breton.
Le bac en 1994 est le sésame pour découvrir le vaste monde. Etudes à Brest ou à Rennes, chacun suit son cap. Le mien me conduit souvent à l’étranger. En quelques mois, étudiante ou travailleuse, j’acquiers facilement la langue. Quand je reviens, je ne sais pas le breton. Logique. Je repars. Petit à petit, je me rends compte qu’ailleurs, parler deux langues dans un même pays est normal. J’apprends des langues nouvelles et je reste les bras ballants parce que je ne sais pas la langue de mon pays. C’est absurde.
J’ai 25 ans. Je rentre et j’ai le pressentiment que tous comptes faits, je ferai ma vie en Bretagne. Cet été-là, dans les halles de Douarnenez, j’attrappe une feuille volante. Elle dit que je peux apprendre le breton au Greta de Carhaix. Dix semaines de cours. Le conseil régional finance la formation. Je m’asseois sur les bancs du lycée Sérusier à Carhaix.
Le vendredi soir, retour au bercail. Je fréquente les veillées Dastum, héritières des fameuses veillées de Maria Prat. Tout le monde se gondole et je ne comprends rien. Il faut dire qu’il y a autant de différence entre le breton du Trégor et le breton de la salle de classe qu’entre l’anglais de la bi-bi-ci et celui que j’ai entendu en Ecosse. Dalc’h mat ! Si tu ne veux pas être vendue au Marc’hallac’h à Lannion, ’faut que tu t’accroches ma petite ! En plus des veillées bretonnes et des cours de grammaire, rien ne vaut les leçons prises autour d’un bol de café chez une voisine ou chez la grand-mère des copains. Quand j’ai un jour de libre, je prends rendez-vous pour « ur bannac’h kafe du » et j’écoute leurs histoires. En 2003, je reviens vivre à Louannec ; au Croajou, ma voisine, Marie-Renée est généreuse en café, en bons mots et en temps passé. Mon accent reste galleg, j’ai toujours un temps de retard pour saisir les blagues, mais grâce à elle, je commence à partager l’hilarité des veillées.
Apprendre le breton est difficile. La langue n’est pas difficile. C’est compliqué de trouver des situations où les gens acceptent de me parler. Le bain linguistique, cette potion magique qui m’a tant aidée à l’étranger, s’est évaporé à Louannec. On ne parle plus breton à la supérette. Je ne fréquente plus l’église. Il n’existe aucune radio à écouter, aucune série télévisée, aucun club sportif pour vivre en breton. Il faut accepter la situation. Peu à peu, j’essaie de lire les articles que Nicole Chapelain rédige dans le bulletin municipal. On m’offre un album du Chat de Geluck en breton. Mon cerveau français demeure imperméable à l’humour belge traduit en breton. Est-ce une malédiction ?
Il faudra du temps pour comprendre et dépasser la phrase rituelle « n’eo ket memes brezhoneg » : ce n’est pas le même breton. Je n’ai pas appris le breton sur les genoux de ma mamm-gozh. J’en tire un complexe. Et devant moi, les anciens qui ont appris avec leur grand-mère ont un complexe parce qu’ils ne savent pas lire et écrire en breton. Je n’ose pas. Ils n’osent pas. Nous n’osons pas. Et puis, il y a la honte. Les vieux souvenirs d’humiliation quand enfants, ils arrivaient à l’école sans causer français et qu’ils se retrouvaient à la fin de la journée avec le symbole. Tous racontent la même histoire. Tous. Celle d’enfants punis pour avoir parlé breton à l’école. Souffrances enfouies.
Quand avec plusieurs familles et le soutien du maire qui ouvre la cantine municipale aux élèves, nous créons une école Diwan à Louannec, c’est une chance immense. Malgré les énormes trous dans la raquette, nous allons continuer à transmettre le breton. Mes enfants seront bilingues et ils seront alphabétisés en breton comme en français. C’est vrai que nous, les parents, devrons nous impliquer bénévolement pour faire de ce projet fou une réalité. Nous n’avons pas tous les mêmes parcours, les mêmes idées, nous ne sommes pas certains de réussir, mais nous allons essayer. Ce n’est pas facile de faire vivre une école gratuite et laïque avec si peu d’argent. Ce n’est pas élitiste, mais on s’enrichit. Humainement, c’est riche.
Nous sommes en 2016. L’école Diwan a dix ans. J’ai quarante ans. Dans mon nouveau quartier, je n’entends plus le breton, mais tous les jours, je peux le parler avec mes enfants. Ils comprennent les anciens, les Vannetais avec leur drôle d’accent, même les Léonards on dirait ! Quand on s’approche de la cour, à l’heure de la récréation, on entend des rires et parfois des chicanes. L’association Skol al louarn propose des cours du soir. Cet été, j’ai lu la bande dessinée Persepolis en breton : un régal ! Je ne serais jamais capable de faire rire l’assistance dans une veillée, mais en petit comité, je peux jouer avec les mots. L’accent galleg me colle aux joues. Je fais avec.
Ce n’est pas le même breton ? Mais quand je parle français, je ne parle pas comme ma grand-mère. Quand je parle français, ça ne sonne pas comme à Marseille, comme à Montréal ou à Bobo Dioulasso. ‘Blam da bera kaozeal brezhoneg ? Peogwir eo brav ! Plijus ! Ce n’est pas plouc de parler breton. Ça devrait être permis à tout le monde. Çe ne devrait pas être réservé aux pennoù koad de mon espèce, ça ne devrait pas être réservé aux enfants qui ont la chance d’être scolarisés dans une école Diwan ou dans une classe bilingue. S’engager ou se résigner. Ça revient à choisir entre la découverte ou l’ignorance. (Stéphanie Stoll, ancienne écolière de la communale, 1979-1987)

*
Au sujet de la langue bretonne – Un lecteur écrit : « La langue bretonne continue et continuera encore longtemps à faire couler beaucoup d’encre entre partisans et adversaires. Et pourtant, elle est un élément important de notre patrimoine qu’il est un devoir de conserver comme toutes les autres langues du monde. En effet, nul ne peut contester aujourd’hui que le bilinguisme est une richesse et qu’un apprentissage précoce des deux langues favorise celui d’autres idiomes par la suite. Tout un chacun a en soi la faculté d’apprendre plusieurs langues. Les générations futures qui voyagent partout dans le monde se devront d’être au moins trilingues. Le breton peut naturellement contribuer à cette préparation à utiliser des systèmes linguistiques différents. Quand on sait que le Trégor est le terroir où la pratique de la langue bretonne est encore la plus forte en Basse-Bretagne, l’acquisition du breton peut se faire encore à présent au contact de locuteurs locaux. Certes, moins facilement qu’il y a une ou deux générations, mais la résistance culturelle de notre région contre vents et marées a été assez importante pour offrir cette chance.
C’est pourquoi dans un combat de longue haleine, mené par les défenseurs de la langue bretonne, des écoles bilingues français-breton ont pu être ouvertes. On aurait pu souhaiter que cet enseignement soit offert à tous, en Basse-Bretagne au moins, mais il ne reste pour l’instant qu’une option saisie par les familles qui en font le choix. Cette décision a pu donner l’impression qu’il s’adressait à un public trié sur le volet dans la mesure où les premières familles à tenter l’expérience appartenaient à un milieu d’élites. C’est le cas pour bien d’autres innovations qui ont connu par la suite une grande popularité. Etant donné les bons résultats de cette filière, ce sont aujourd’hui des enfants de tous les milieux sociaux qui y adhèrent. »

 

 


Mes remerciements à tous ceux qui ont répondu à mes questions et qui se sont reconnus dans ce texte ; à Vincent Tilly, employé municipal ; à Rozenn Cabel, employée municipale ; à Charles-Yves Godé ; à Nicole Chapelain ; à Albert Cadiou, co-président de l’US Perros-Louannec ; à Maguy Vogt Crocq pour ses photos du Louannec d’autrefois ; à René Even, correspondant du Télégramme ; à Annick Le Gall, correspondante au Trégor ; à Jean-Michel Jouan, journaliste à Ouest-France ; à Roland Geffroy ; à Pierre Salaun ; à André Le Morvan ; à Michel Derrien ; à Yvon Dénès ; à Pierre Le Dauphin ; à Serge Falézan…